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	<title>Djaphil &#187; métaphysique</title>
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		<title>Les réductionnismes scientifiques</title>
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		<pubDate>Mon, 20 Dec 2010 00:34:38 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le thème du jour sera le réductionnisme (scientifique). Pourquoi aborder ce thème ? Tout simplement parce qu&#8217;à la suite de mon billet consacré aux atomes et à la question de leur existence (Cf. http://djaphil.fr/sujets/les-atomes-existent-ils-rapport-entre-sciences-et-monde-296), le réductionnisme s&#8217;est avéré à chaque fois être le coeur du problème dans les très nombreux échanges partant du billet en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<a href="http://djaphil.fr/sujets/les-reductionnismes-scientifiques-399/attachment/charles_nicolle_at_microscope-3" rel="attachment wp-att-443"><img class="alignleft size-medium wp-image-443" title="Scientifiques et réductionnisme" src="http://djaphil.fr/wp-content/uploads/2010/12/Charles_Nicolle_at_microscope-300x205.jpg" alt="Scientifiques et réductionnisme" width="300" height="205" /></a>Le thème du jour sera le réductionnisme (scientifique). Pourquoi aborder ce thème ? Tout simplement parce qu&#8217;à la suite de mon billet consacré aux atomes et à la question de leur existence (Cf. <a title="http://djaphil.fr/sujets/les-atomes-existent-ils-rapport-entre-sciences-et-monde-296" href="http://djaphil.fr/sujets/les-atomes-existent-ils-rapport-entre-sciences-et-monde-296" target="_blank">http://djaphil.fr/sujets/les-atomes-existent-ils-rapport-entre-sciences-et-monde-296</a>), le réductionnisme s&#8217;est avéré à chaque fois être le coeur du problème dans les très nombreux échanges partant du billet en question.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s&#8217;agira donc de définir le réductionnisme et de montrer en quel(s) sens il s&#8217;avère être, dans certains cas, une illusion métaphysique, du moins une <strong>thèse métaphysique</strong> que ses partisans ne voient que très rarement comme telle.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-399"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Qu&#8217;est-ce que le réductionnisme ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le réductionnisme, c&#8217;est le fait de <strong>réduire l&#8217;explication des choses, du monde au plus simple, au plus élémentaire</strong> : on pourrait ainsi expliquer le monde et les différents évènements grâce au <strong>niveau d&#8217;organisation le plus élémentaire</strong>. Dans ce cadre, la pensée, par exemple, peut être expliquée suffisamment par son organe, le cerveau, et, au coeur de celui-ci, par les échanges électriques au niveau des éléments physiques. C&#8217;est notamment la thèse de J-P CHANGEUX, in <strong>L&#8217;homme neuronal</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">In fine, <strong>la physique</strong> serait la science suprême, la seule autorisée à prononcer un discours cohérent et sensé sur le monde et tout ce qu&#8217;il contient. Tout peut se réduire à de la matière et donc à une explication physico-chimique. Et cette explication physico-chimique permet de rendre compte de tout phénomène de manière suffisante. Si nous n&#8217;y parvenons pas encore dans certains domaines, c&#8217;est juste une question de temps avant d&#8217;avoir une connaissance suffisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Pierre Jacob exprime ainsi cette croyance : cela revient à penser que &laquo;&nbsp;<em>tous les phénomènes chimiques, biologiques, psychologiques, linguistiques, culturels et sociologiques sont des phénomènes physiques qui obéissent aux lois fondamentales de la physique</em>&nbsp;&raquo; (<strong>Esprit et cerveau</strong>). Cette thèse est celle dite du <strong>physicalisme, </strong>mais assi dans une certaine mesure du<strong> matérialisme.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous allons voir que cette thèse peut se comprendre selon plusieurs perspectives gnoséologiques</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Réductionnisme méthodologique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Réduire les phénomènes à du physico-chimique, analyser le monde en le décomposant en briques élémentaires est la méthode même des sciences dures. C&#8217;est grâce à cette méthode que leur objet s&#8217;est précisé, affiné et que les conséquences pratiques (techno-sciences) peuvent rythmer notre quotidien.</p>
<p style="text-align: justify;">Il s&#8217;agit, d&#8217;un point de vue épistémologique, de &laquo;&nbsp;remonter&nbsp;&raquo; à des principes simples pour mieux expliquer le monde dans sa complexité. La réductionnisme, en ce sens, consiste à simplifier le monde et son apparence pour en élaborer une connaissance scientifique qui permet, entre autre, d&#8217;agir sur celui-ci pour &laquo;&nbsp;s&#8217;en rendre comme maître et possesseur&nbsp;&raquo; (Descartes, <strong>Discours de la méthode</strong>).</p>
<p style="text-align: justify;">Nous obtenons donc ici la définition suivante du réductionnisme : <strong>c&#8217;est une méthode, la méthode scientifique par excellence, qui consiste à réduire les phénomènes à des objets physico-chimiques dont nous pouvons expliquer les interactions grâce à un nombre limité de principes et de lois</strong>. C&#8217;est une méthode qui permet d&#8217;<strong>organiser le réel</strong> afin de pouvoir <strong>produire des explications</strong>, <strong>élaborer des prédictions</strong> et <strong>agir sur la nature avec une puissance gigantesque</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce réductionnisme peut être qualifié d&#8217;<strong>heuristique</strong> : il permet de générer de nouvelles connaissances, d&#8217;en augmenter la portée&#8230; etc.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Il ne sera pas question, dans ce billet de critiquer ce réductionnisme</strong> puisqu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;essence même des sciences dures : critiquer le réductionnisme méthodologique ou épistémologique reviendrait à s&#8217;opposer aux sciences dures. Restons rationnels !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Réductionnisme ontologique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Outre ce premier réductionnisme, on trouve un second réductionnisme que l&#8217;on confond malheureusement à tort avec le premier : le <strong>réductionnisme ontologique</strong>. Nous avons vu avant que le réductionnisme méthodologique est, comme son nom l&#8217;indique, une méthode pour développer des connaissances de la nature. Mais nous n&#8217;avons pas confondu <strong>méthode et réalité</strong>. Cette confusion, c&#8217;est l&#8217;erreur que commet le réductionnisme ontologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour ce dernier, le monde est <em>réellement</em> constitué des briques élémentaires et des relations élémentaires que l&#8217;on a &laquo;&nbsp;découvert&nbsp;&raquo; avec les sciences dures. Pour ce second réductionnisme, les sciences physiques et chimiques nous décrivent le monde de manière neutre, objective : elles nous donnent à voir le monde tel qu&#8217;il est essentiellement. <strong>Au fond, le monde est physique. Surtout, il n&#8217;est QUE physique.</strong> Nous croyons à tort que le monde est complexe, mais la science nous permettrait d&#8217;apercevoir le coeur même du monde : les atomes et les différentes lois physiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cette position n&#8217;est pas, en tant que telle, scientifique mais&#8230; métaphysique</strong>. Rien, dans les sciences, ne permet de dire que le monde se limite aux objets qu&#8217;elles considèrent. C&#8217;est une erreur de se croire scientifique quand on est réductionniste au sens ontologique : on défend au contraire déjà une vision métaphysique du monde.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conséquences du réductionnisme ontologique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A priori, un réductionniste ontologique aura tendant à défendre une <strong>conception déterministe du monde.</strong> Puisque tout est physique, puisque, par ailleurs, le réel est régi par des lois universelles que mettent au jour les sciences dures, alors tout est, en théorie, prévisible. Un événement peut toujours s&#8217;expliquer par un événement antérieur dont il découle selon une relation de causalité déterminée et connaissable. Un événément physique mais aussi un événement concernant la vie de l&#8217;esprit aura toujours une cause physique antérieure. Selon ce réductionniste, il sera à terme possible d&#8217;expliquer par la physique le fonctionnement du cerveau, organe de la pensée humaine. Pour un tel réductionniste, une pensée n&#8217;est explicable, par exemple, qu&#8217;en tant qu&#8217;état physico-chimique du cerveau. Intimement, le monde de la pensée n&#8217;est que physico-chimique. Et si, finalement, tout comportement, toute idée pouvaient être expliqués par la seule physique ? Doux mais inquiétant rêve d&#8217;un total déterminisme du monde des représentations. Fantasme au combien révélateur d&#8217;une approche unifiante et unifiée de la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">Découlant de la remarque précédente, <strong>la suppression de la notion de liberté </strong>accompagne ce réductionnisme : la liberté n&#8217;est qu&#8217;une illusion, conséquence de notre connaissance pour l&#8217;instant imparfaite des lois physique de la pensée. Si le réductionniste est conséquent, il nie la valeur intrinsèque de l&#8217;art et l&#8217;utilité d&#8217;activités telles que la politique. De même, la morale n&#8217;a plus d&#8217;intérêt. Seule la physique explique et, finalement, justifie les comportements et choix humains.</p>
<p style="text-align: justify;">Le réductionniste, on le voit, établit une <strong>échelle de valeur dans l&#8217;ordre de la connaissance et des activités humaines</strong> : toute autre science que la physique est dévalorisée (comme approche épistémique). Remarquons d&#8217;ailleurs ici le fréquent dédain pour la philosophie, discipline abstraite, sans argument réels, c&#8217;est-à-dire&#8230; physiques. Tout autre activité que les sciences dures est finalement dépréciée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Epistémologiquement et ontologiquement, le réductionniste est moniste</strong> : pour lui la réalité est une (monisme ontologique), pour lui la science légitime est une et prend la forme de la physique (monisme épistémologique).</p>
<p style="text-align: justify;">On le voit, <strong>le réductionniste réduit finalement&#8230; le monde lui</strong><strong>-même</strong>. Si tout se réduit à la physique, la réalité humaine notamment implose littéralement. Le réductionniste ne comprend pas l&#8217;art, il ne comprend pas le monde humain en général (s&#8217;il est cohérent avec sa théorie métaphysique).</p>
<p style="text-align: justify;">La liste des conséquences contre-intuitives de ce réductionnisme est longue. Nous la laisserons arbitrairement en l&#8217;état.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Critique du réductionnisme ontologique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Quasi systématiquement, ce réductionniste va justifier sa thèse par une exigence scientifique et par la méthode même de la science : il faudrait selon lui n&#8217;analyser le monde que par le prisme des sciences dures. Mais le réductionniste fait un saut non scientifique, encore une fois, en étendant son réductionnisme au-delà de la sphère de la méthode. Ce faisant, <strong>il se contredit lui-même puisque cherchant à n&#8217;être que scientifique, il en vient à adopter une position métaphysique qui n&#8217;est pas démontrée ni démontrable par la science elle-même</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien souvent, il aura recours à l&#8217;<strong>argument du rasoir d&#8217;Okham</strong> (&laquo;&nbsp;<em>pluralitas non est ponenda sine necessitate</em><em>&nbsp;&raquo; ) </em>pour justifier son physicalisme et le fait de réduire le monde aux seules entités physiques. Mais ce principe est appliqué en dehors de la sphères des sciences (discours se voulant ontologique, décrivant le monde dans son essence) avec, cependant, un sens scientifique. Bien évidemment qu&#8217;il faut privilégier les explications simples en sciences et éviter les théories ad hoc (Cf. en contre-exemple le phlogistique). Mais le principe n&#8217;a aucune portée ontologique, seulement une portée logique.</p>
<p style="text-align: justify;">Une autre critique, plus importante, consiste à rappeler que dans de très nombreux cas, <strong>le tout n&#8217;est pas la somme des parties</strong>. Autrement dit, il est faux de penser que l&#8217;analyse et la réduction à des briques élémentaires permet d&#8217;expliquer le monde et les phénomènes. Ce n&#8217;est pas parce que la pensée a, bien évidemment, un pré-requis physique (le cerveau , les neurones, les échanges électriques&#8230;) qu&#8217;une explication physique est suffisante et satisfaisante. Expliquer les représentations humaines n&#8217;a aucun sens pertinent si l&#8217;on en reste à l&#8217;échelle physique. L&#8217;esprit humain est un objet d&#8217;étude scientifique (au sens de sciences dures). Mais c&#8217;est AUSSI un objet des sciences humaines. Il suffit de regarder (si l&#8217;on reste dans les sciences dures) la biologie pour se rendre compte que la prise en compte d&#8217;une échelle plus globale (et pas seulement atomique) est nécessaire dans bien des cas, notamment à l&#8217;échelle macroscopique. Du nouveau peut apparaître avec les systèmes d&#8217;organisation complexe.</p>
<p style="text-align: justify;">La pensée en est un parfait exemple. Bien sûr que la pensée présuppose le cerveau et son fonctionnement explicable en termes physiques, mais à cette échelle d&#8217;organisation, l&#8217;approche purement physique manque la complexité du réel en le réduisant en des briques physiques élémentaires. A côté de la physique, nous pouvons analyser la pensée grâce aux approches sociologiques, philosophiques, psychologiques&#8230; Nous ne rentrerons pas ici dans le détail des arguments concernant la causalité de la pensée sur le corps et vice-versa. Descartes s&#8217;y était déjà cassé les dents. Nous n&#8217;avons certainement pas les outils conceptuels adéquats pour penser de manière unifiée et satisfaisante la complexité du réel.</p>
<p style="text-align: justify;">Soyons honnêtes : ll faut faire preuve de débilité (au sens étymologique) pour prétendre apporter une explication suffisante de la morale, de l&#8217;esthétique ou de la pensée par la seule physique. C&#8217;est non seulement une position non scientifique, mais surtout <strong>une thèse arrogante et méprisante</strong>. A l&#8217;inverse, c&#8217;est une preuve d&#8217;ouverture d&#8217;esprit que d&#8217;accepter le réductionnisme méthodologique comme nécessité pour les sciences, à côté des autres approches du réel. J&#8217;oserai la thèse suivante : le réductionniste ontologique ignore le sens de l&#8217;art ou de la morale lorsqu&#8217;il prétend en rendre compte par la seule physique. Il fait l&#8217;explication de ce qu&#8217;il croit (à tort) être la morale et l&#8217;art. Mais il ne fait aucunement une explication de ce qu&#8217;est l&#8217;art et la morale selon un approche intellectuellement suffisante.</p>
<p style="text-align: justify;">Et si la <strong>présence croissante de l&#8217;informatique </strong>dans nos sociétés était finalement l&#8217;une des causes de l&#8217;importance croissante de ce genre de théories, devenant finalement le paradigme illusoire de la pensée humaine ? A force de parler d&#8217;intelligence artificielle et de déléguer une part importante de notre travail aux machines, on en est venu à une <strong>mé-compréhension de la pensée et à une simplification</strong>, une réduction simpliste de celle-ci. <strong>La pensée ne serait que ratiocination, calcul</strong>. Un ordinateur pourrait finalement à terme reproduire le mécanisme de l&#8217;intelligence humaine et de ses différentes productions. Cette thèse (que l&#8217;on retrouve par exemple dans le computationnalisme) part d&#8217;une compréhension erronée de l&#8217;homme car simplificatrice à l&#8217;extrême.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, si le réductionnisme est fortement heuristique, il devient <strong>dangereux et appauvrissant</strong> lorsqu&#8217;on l&#8217;applique en dehors de sa sphère légitime. Souscrire au réductionnisme ontologique, c&#8217;est construire un monde humain bien terne et intellectuellement très pauvre. C&#8217;est très certainement rassurant pour le réductionniste ontologique : il pense avoir saisi la susbtantifique moëlle de l&#8217;univers et s&#8217;y accroche comme à une bouée au milieu de l&#8217;océan. Il conviendrait néanmoins d&#8217;interroger les raisons qui peuvent expliquer un tel attachement au savoir scientifique, une telle force de la croyance en la Vérité scientifique.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu&#8217;il en soit, le réductionnisme ontologique constitue <strong>un mythe</strong> auquel l&#8217;être humain peut être tenté de s&#8217;attacher au cours de sa vie intellectuelle. Des pensées telles que celle de Friedrich NIETZSCHE ou d&#8217;Edgar MORIN s&#8217;avèreront bénéfiques pour se diriger au contraire vers une approche non simplicatrice et démystifiante du réel dans sa complexité.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Hans Jonas : la responsabilité et l&#8217;utopie technologique au format PDF</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Apr 2010 09:46:10 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Prévue depuis de nombreuses années, la mise à disposition de la version électronique de mon mémoire consacré à l&#8217;oeuvre majeure de Hans JONAS (Le principe Responsabilité) a enfin trouvé la rencontre de ma volonté et de mon temps libre ! Un lien est désormais présent sur chaque billet consacré à mon mémoire, ainsi que sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-et-lutopie-technologique-au-format-pdf-263/attachment/images" rel="attachment wp-att-452"><img class="alignleft size-full wp-image-452" title="Hans Jonas" src="http://djaphil.fr/wp-content/uploads/2010/04/images.jpg" alt="Hans Jonas" width="259" height="194" /></a>Prévue depuis de nombreuses années, la mise à disposition de la version électronique de mon mémoire consacré à l&#8217;oeuvre majeure de Hans JONAS (Le principe Responsabilité) a enfin trouvé la rencontre de ma volonté et de mon temps libre ! Un lien est désormais présent sur chaque billet consacré à mon mémoire, ainsi que sur la présente page. N&#8217;hésitez pas à me contacter si des points ne sont pas clairs ou pour m&#8217;adresser vos critiques, négatives voire positives.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-263"></span>Par la même occasion, j&#8217;en ai profité pour améliorer la navigation au sein de la version online de ce mémoire en insérant systématiquement les liens vers les différentes parties de ma réflexion.</p>
<h2>Plan de l’étude de Hans Jonas * :</h2>
<div id="plan">
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/memoire-consacre-a-hans-jonas-introduction-17" target="_blank">Intro</a></li>
<li>I- Les fondements biologiques de l’éthique de la responsabilité
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-i-les-fondements-bilogiques-de-lethique-de-la-responsabilite-biologie-et-mecanisme-19" target="_blank">A- Biologie et mécanisme</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-les-fondements-biologiques-de-lethique-de-la-responsabilite-critique-du-dualisme-cartesien-24" target="_blank">B- La critique du dualisme d’origine cartésienne</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-les-fondements-biologiques-de-lethique-de-la-responsabilite-monisme-et-specificite-humaine-28" target="_blank">C- Monisme et spécificité humaine</a></li>
</ul>
</li>
<li>II- La responsabilité envers les générations futures
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-humanite-et-valeur-33" target="_blank">A- Humanité et valeur</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-le-sentiment-de-responsabilite-35" target="_blank">B- Le sentiment de responsabilité</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-la-realite-de-la-menace-technologique-37" target="_blank">C- La réalité de la menace technologique</a></li>
</ul>
</li>
<li>III- Générations futures et populations actuellement damnées
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-les-damnes-de-la-terre-et-lutopie-technologique-39" target="_blank">A- Les damnés de la terre et l’utopie technologique</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-les-raisons-de-notre-irresponsabilites-41" target="_blank">B- Les raisons de notre irresponsabilité</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-des-solutions-pratiques-pour-developper-notre-responsabilite-44" target="_blank">C- Des solutions pratiques pour développer notre responsabilité</a></li>
</ul>
</li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-et-lethique-de-la-responsabilite-conclusion-46">Conclusion</a></li>
</ul>
<div>* Cliquer sur l&#8217;un des liens pour accéder au chapitre correspondant.</div>
</div>
<div>
<p>Voici la version PDF de mon mémoire :</p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 250px"><a href="http://djaphil.fr/Hans-Jonas-Responsabilite-et-utopie.pdf" target="_blank"><img class="  " title="Mémoire consacré à Hans Jonas : responsabilité et utopie technologique" src="http://djaphil.fr/pdf.jpg" alt="Mémoire consacré à Hans Jonas : responsabilité et utopie technologique" width="240" height="240" /></a><p class="wp-caption-text">Mémoire consacré à Hans JONAS : Responsabilité et utopie technologique</p></div>
</div>
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Ceci n'est pas sans rappeler la tension ...</p></div></div><hr style="clear:both;visibility:hidden;"/><div><div class="seo_alrp_rl_thumb" style="float:left; margin: 0 10px 5px 0; border: 2px solid #eee ; padding: 2px;"><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/memoire-consacre-a-hans-jonas-introduction-17" rel="bookmark"><img src="http://djaphil.fr/wp-content/uploads/2008/09/Hans-Jonas-Principe-responsabilité13.jpg" alt="Mémoire consacré à Hans Jonas : introduction" title="Mémoire consacré à Hans Jonas : introduction" width="90" height="60"  class="seo_alrp_thumb" /></a> </div><div class="seo_alrp_rl_content"><h3><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/memoire-consacre-a-hans-jonas-introduction-17" rel="bookmark">Mémoire consacré à Hans Jonas : introduction</a></h3><p>Les thèses défendues par Hans Jonas dans Le principe responsabilité le placent à l'écart de la pensée actuelle. Sa conception moniste et finaliste du vivant, ...</p></div></div><hr style="clear:both;visibility:hidden;"/><div><div class="seo_alrp_rl_thumb" style="float:left; margin: 0 10px 5px 0; border: 2px solid #eee ; padding: 2px;"><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-les-raisons-de-notre-irresponsabilites-41" rel="bookmark"><img src="http://djaphil.fr/wp-content/uploads/2008/09/Hans-Jonas-Principe-responsabilité4.jpg" alt="Hans Jonas : Générations futures et populations actuellement damnées &#8211; Les raisons de notre irresponsabilité" title="Hans Jonas : Générations futures et populations actuellement damnées &#8211; Les raisons de notre irresponsabilité" width="90" height="60"  class="seo_alrp_thumb" /></a> </div><div class="seo_alrp_rl_content"><h3><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-les-raisons-de-notre-irresponsabilites-41" rel="bookmark">Hans Jonas : Générations futures et populations actuellement damnées &#8211; Les raisons de notre irresponsabilité</a></h3><p>Nous avons vu en quel sens nous pouvons penser que notre système économique n'est pas acceptable : tant d'un point de vue écologique que d'un ...</p></div></div><hr style="clear:both;visibility:hidden;"/><div><div class="seo_alrp_rl_thumb" style="float:left; margin: 0 10px 5px 0; border: 2px solid #eee ; padding: 2px;"><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-des-solutions-pratiques-pour-developper-notre-responsabilite-44" rel="bookmark"><img src="http://djaphil.fr/wp-content/uploads/2008/09/Hans-Jonas-Principe-responsabilité2.jpg" alt="Hans Jonas : Générations futures et populations actuellement damnées &#8211; Des solutions pratiques pour développer notre responsabilité" title="Hans Jonas : Générations futures et populations actuellement damnées &#8211; Des solutions pratiques pour développer notre responsabilité" width="90" height="60"  class="seo_alrp_thumb" /></a> </div><div class="seo_alrp_rl_content"><h3><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-des-solutions-pratiques-pour-developper-notre-responsabilite-44" rel="bookmark">Hans Jonas : Générations futures et populations actuellement damnées &#8211; Des solutions pratiques pour développer notre responsabilité</a></h3><p>Les pôles de contestation du système de fonctionnement économique de nos sociétés, qu'il s'agisse d'organisations ou d'associations, sont de plus en plus présents sur la ...</p></div></div><hr style="clear:both;visibility:hidden;"/></div>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>L&#8217;ontologie de Hans JONAS vue par Carlo FOPPA</title>
		<link>http://djaphil.fr/hans-jonas/lecture-lontologie-de-hans-jonas-vue-par-carlo-foppa-162</link>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 12:01:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Hans Jonas]]></category>
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		<description><![CDATA[Lors de ma maîtrise de philosophie, j&#8217;ai été amené à lire un grand nombre de commentateurs de l&#8217;oeuvre du philosophe allemand Hans JONAS. Si la littérature qui lui est consacrée est surtout négative et particulièrement critique, certains proposent des analyses plus fines, par exemple Carlo FOPPA ou encore Paul RICOEUR. Concernant ce premier, je vous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="  alignleft" title="Carlo FOPPA - l'ontologie de Hans JONAS" src="http://www.chuv.ch/dgo/en/dgo_cfoppa.jpg" alt="Carlo FOPPA - l'ontologie de Hans JONAS" width="100" height="146" /></p>
<p style="text-align: justify;">Lors de ma maîtrise de philosophie, j&#8217;ai été amené à lire un grand nombre de commentateurs de l&#8217;oeuvre du philosophe allemand Hans JONAS. Si la littérature qui lui est consacrée est surtout négative et particulièrement critique, certains proposent des analyses plus fines, par exemple <a href="http://www.chuv.ch/dgo/en/dgo_home/umr/dgo_fer_equipe/dgo_fer_ethic_benaroyo.htm" target="_blank">Carlo FOPPA</a> ou encore Paul RICOEUR. Concernant ce premier, je vous conseille notamment &laquo;&nbsp;<em>L&#8217;ontologie de Hans JONAS à la lumière de la théorie de l&#8217;évolution</em>&laquo;&nbsp;, que l&#8217;on peut trouver dans l&#8217;ouvrage collectif <span style="text-decoration: underline;">Nature et descendance, Hans Jonas et le principe &laquo;&nbsp;Responsabilité&nbsp;&raquo;</span> (Dennis Müller et René SIMON éd.).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour rappel (Cf. articles précédemment publiés et notamment mon mémoire), Hans JONAS défend une ontologie moniste, notamment au travers de la théorie de &laquo;&nbsp;l&#8217;affirmation de l&#8217;être&nbsp;&raquo;, mise en exergue au travers du vivant et du métabolisme. Tentant de réintroduire le finalisme dans la compréhension du vivant, Hans JONAS semble alors tenir un discours en opposition avec le discours scientifique : &laquo;&nbsp;<em>Il est évident qu&#8217;une telle démarche n&#8217;est pas sans risques, et surtout que Jonas devient, ce faisant, la cible des scientifiques, qu&#8217;ils soient ou non positivistes</em>&laquo;&nbsp;. La problématique est alors la suivante : peut-on concevoir le vivant selon une perspective téléologique, sans cependant être en contradiction avec les sciences, et notamment la biologie ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-162"></span>La thèse de Carlo FOPPA est la suivante : &laquo;&nbsp;<em>Placée dans sa juste perspective, l&#8217;ontologie de JONAS révèle les implications philosophiques de la théorie de l&#8217;évolution et permet de dépasser la phase explicative du discours scientifique pour aboutir à une compréhension globale de l&#8217;Etre</em>&laquo;&nbsp;. Il nous invite donc à distinguer, dichotomie classique en philosophie, d&#8217;une part l&#8217;explication (la science) et, d&#8217;autre part, la compréhension (ici : la métaphysique). Mais la théorie de JONAS n&#8217;en est que plus dure à cerner car elle s&#8217;appuie très fortement sur des données scientifiques (l&#8217;évolutionnisme, &laquo;&nbsp;inventé&nbsp;&raquo; par DARWIN) tout en refusant son soubassement : le dualisme (grosso modo : la séparation corps / esprit, avec d&#8217;un côté l&#8217;explication physico-chimique, et de l&#8217;autre une compréhension téléologique).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi fonder son ontologie sur la théorie de l&#8217;évolution ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi Hans JONAS a-t-il décidé d&#8217;assoir son ontologie sur l&#8217;évolutionnisme ? Pour FOPPA, il y a deux raisons essentielles à cela :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>DARWIN a, ce faisant, réhabilité la nature (il lui a rendu sa dignité)</li>
<li>l&#8217;évolutionnisme est, intrinsèquement, une sorte d&#8217;auto-dépassement du dualisme de la science classique</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">FOPPA relève d&#8217;autres raisons pouvant expliquer le choix de ce fondement chez Hans JONAS :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Hans JONAS conçoit une sorte de finalité sans fin, ce qui semble être ce qu&#8217;on trouvait déjà chez DARWIN (la sélection naturelle n&#8217;est pas une sélection opérée par la nature : pas de fin visée en tant que telle)</li>
<li>&laquo;&nbsp;<em>Si nous avons une obligation vers la nature parce qu&#8217;elle nous a produits, et qu&#8217;elle nous a produits parce qu&#8217;elle a évolué, alors il est assez clair que l&#8217;évolution mérite une considération particulière</em>&nbsp;&raquo; : l&#8217;évolutionnisme est au coeur de l&#8217;éthique jonassienne de par l&#8217;origine ontologique de la notion de responsabilité</li>
<li>La notion de hasard, au coeur de l&#8217;évolutionnisme, est capitale puisque la conception jonassienne de l&#8217;homme (&laquo;&nbsp;l&#8217;idée d&#8217;homme&nbsp;&raquo;) est profondément celle du possible, de l&#8217;ouverture : &laquo;&nbsp;<em>ce qu&#8217;il s&#8217;agit de préserver activement, c&#8217;est précisément cette part d&#8217;indétermination, cette ouverture de l&#8217;humanité à des individus toujours différents et surprenants ainsi que l&#8217;éclosion inattendue de l&#8217;humanité commune de grandes oeuvres ou de grandes découvertes</em>&laquo;&nbsp;</li>
<li style="text-align: justify;">La notion de continuité est essentielle dans le darwinisme, tout comme dans la philosophie de Jonas : c&#8217;est grâce à cette notion qu&#8217;il adopte une compréhension téléologique du vivant. De fins non conscientes (finalité sans fins), on s&#8217;élève progressivement par degrés jusqu&#8217;à la conscience humaine (fins conscientes)</li>
</ul>
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl class="wp-caption alignnone" style="width: 410px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img title="Hans JONAS - le principe responsabilité" src="http://www.philosophisches-forum.de/Archiv/Themengruppen/Gruppe_Ethik_und_Gesellschaft/Verantwortung/Hans_Jonas.jpg" alt="Hans Jonas - ontologie et théorie de l'évolution" width="400" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Hans JONAS</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une philosophie de la biologie plus qu&#8217;une philosophie de la nature : science et métaphysique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Carlo FOPPA analyse alors le texte de JONAS (Le fardeau et la grâce de la mortalité) pour appuyer son interprétation de JONAS : &laquo;&nbsp;<em>la démarche de Jonas est métascientifique : il n&#8217;interprète pas la nature, mais il interprète une interprétation de la nature, c&#8217;est-à-dire que la sienne est bien une philosophie de la biologie plus qu&#8217;une philosophie de la nature</em>&laquo;&nbsp;. Autrement dit, JONAS ne conteste absolument pas la valeur du discours scientifique dans la sphère de l&#8217;explication causale, mais lui adjoint une compréhension métaphysique, notamment pour la question du pourquoi. &laquo;&nbsp;<em>Il y a donc une profonde ambiguïté dans la théorie de l&#8217;évolution en ce que, d&#8217;une part, elle tente d&#8217;expliquer le réel selon un paradigme mécaniste et, de l&#8217;autre, elle contient des implications qui vont au-delà du soubassement moniste du mécanisme. Or, étant donné que ces implications sont d&#8217;ordre philosophique tout d&#8217;abord, ce n&#8217;est que dans une perspective philosophique, et non pas scientifique au sens classique, qu&#8217;il est possible d&#8217;identifier ces implications</em>&laquo;&nbsp;. La biologie explique le vivant : Hans JONAS admet cela sans aucun problème. Mais la biologie est totalement insuffisante pour le comprendre. C&#8217;est pour cela qu&#8217;il propose une sorte de <strong>vision complémentaire de la biologie</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Par exemple, l&#8217;émergence de la pensée, de la conscience, ne peut s&#8217;expliquer totalement par des causes mécaniques, physico-chimiques, telle que les mutations. L&#8217;évolutionnisme élimine, par principe, toute téléologie dans son explication de la nature, mais une partie de son explication a pour fondement une prétention métaphysique, considérée à tort comme une hypothèse scientifique. Croire que la science épuise le réel, c&#8217;est déjà adopter un système métaphysique et sortir de la science. Il faut donc distinguer entre la méthode et l&#8217;ontologie. Si la science doit évacuer toute trace de finalisme selon une nécessité méthodologique évidente, cela n&#8217;implique en rien qu&#8217;il faille faire de même concernant la compréhension du monde : &laquo;&nbsp;<em>si pour un certain nombre de raisons on procède comme si la propriété &laquo;&nbsp;x&nbsp;&raquo; n&#8217;existait pas dans l&#8217;objet observé, cela ne veut pas dire que la propriété &laquo;&nbsp;x&nbsp;&raquo; n&#8217;existe pas dans la réalité</em>&laquo;&nbsp;. Bref, méthodologie et ontologie sont bel et bien deux choses à ne pas confondre. La science ne doit pas être ontologie : elle basculerait alors dans le réductionnisme matérialiste. Si la science respecte ses limites (l&#8217;explication basée méthodologiquement sur le matérialisme), il reste une place pour une approche compréhensive de type métaphysique. C&#8217;est dans cet espace qu&#8217;intervient Hans JONAS.</p>
<p style="text-align: justify;">Carlo FOPPA insiste ainsi sur la distinction cruciale entre trois niveaux différents :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>les faits</li>
<li>l&#8217;explication</li>
<li>la compréhension</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Pour FOPPA, JONAS &laquo;&nbsp;<em>ne conteste ni les faits, ni l&#8217;explication de l&#8217;évolution, ce qu&#8217;il conteste, c&#8217;est la prétention de ces deux registres à épuiser la totalité du discours</em>&laquo;&nbsp;. Même si DARWIN a évacué la notion de finalité au profit de la sélection naturelle pour des raisons méthodologiques, la compréhension du vivant nous conduit à conserver une approche téléologique (une finalité sans fin). &laquo;&nbsp;<em>Nous n&#8217;irons pas jusqu&#8217;à prêter des propos jonassiens à Darwin, mais il nous paraît intéressant de nuancer la prétendue élimination définitive de la téléologie par la théorie du vivant</em>&laquo;&nbsp;. Il est tout simplement faux de dire que la science interdit toute approche téléologique du vivant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La force de ce commentaire éclairé et éclairant de FOPPA est d&#8217;éviter <a href="http://pagesperso-orange.fr/denis.collin/jonas.htm" target="_blank">les lectures rapides de JONAS</a> qui le font souvent apparaître comme un illuminé, un descendant de TEILARD de CHARDIN. N&#8217;oublions pas que JONAS a consacré un part importante de sa vie à la biologie. De ce fait, il nous propose une ontologie qui tient compte tout autant du savoir scientifique que de ses réflexions métaphysiques de philosophe majeur du XXème siècle.</p>
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		<title>David Hume,Traité de la nature humaine, I-4-6 : L&#8217;identité personnelle</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Jan 2009 18:53:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Situation de l&#8217;extrait analysé Texte analysé : David Hume, Traité de la nature humaine, livre I, 4ème partie, section VI. Dans cette oeuvre, Hume défend une conception empirique de la connaissance. La conséquence majeure en est une critique de la causalité, mais également des notions métaphysiques telles que le moi. La quatrième partie consiste en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft" style="border-style: initial; border-color: initial; text-align: justify;" title="Hume, enquête sur lentendement humain" src="http://g-ecx.images-amazon.com/images/G/08/ciu/77/c1/069536c622a0c9735daea110.L.gif" alt="" width="250" height="250" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Situation de l&#8217;extrait analysé</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Texte analysé : David Hume, <span style="text-decoration: underline;">Traité de la nature humaine</span>, livre I, 4ème partie, section VI. Dans cette oeuvre, Hume défend une conception empirique de la connaissance. La conséquence majeure en est une critique de la causalité, mais également des notions métaphysiques telles que le moi. La quatrième partie consiste en une opposition du système de Hume, c&#8217;est-à-dire sceptique, aux autres systèmes philosophiques. J&#8217;analyse ici les quatre premiers paragraphes.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-126"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>I</strong><strong>ntroduction</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet extrait polémique, Hume s&#8217;attaque au problème de l&#8217;existence du moi : y-a-t-il une unité, une identité derrière la diversité de nos perceptions. Autrement dit, peut-on parler d&#8217;un sujet conçu comme un support commun à tous les événements de la vie psychique ? La question est donc celle du rapport entre la multiplicité de nos perceptions et de nos idées et, d&#8217;autre part, une possible unité, une éventuelle unification sous un moi frappé du sceau de l&#8217;identité.</p>
<p style="text-align: justify;">Descartes posait une telle identité personnelle avec l&#8217;existence assurée du cogito (Cf. le &laquo;&nbsp;je pense donc je suis&nbsp;&raquo; de la quatrième partie du <span style="text-decoration: underline;">Discours de la méthode</span>). Hume, au contraire, répond par la négative : le moi n&#8217;existe pas. L&#8217;homme n&#8217;est, en dernière analyse, que multiplicité de perceptions, sans aucune unité. Le fondement de ce refus de l&#8217;existence du moi n&#8217;est autre que sa théorie empiriste de la connaissance. Selon cette dernière, toute idée provient des perceptions : l&#8217;idée du moi, pour être certaine, devrait provenir elle aussi d&#8217;une impression, d&#8217;une perception. Or ce n&#8217;est pas le cas. Donc le moi n&#8217;existe pas. Nous réduisons donc à une simple collection de perceptions, sans dénominateur commun, sans identité personnelle. Telle est la thèse que va défendre Hume dans cet extrait.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa critique de l&#8217;identité personnelle se déroule en quatre temps. Après avoir, dans un premier temps, présenté l&#8217;antithèse (existence du moi défendue par les philosophes antérieurs), Hume entreprend ensuite sa critique du moi. Dans un troisième temps, il tire la conséquence de cette non existence du moi : toutes nos perceptions sont atomiques et intermittentes. Enfin, Hume, après avoir repris l&#8217;énonciation de sa thèse, en offre une illustration au travers du théâtre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>I- Les adversaires</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;emblée, Hume pose la thèse qu&#8217;il va critiquer : &laquo;&nbsp;<em>Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo; ; que nous sentons son existence et sa continuité d&#8217;existence ; et que nous sommes certains, plus que par l&#8217;évidence d&#8217;une démonstration, de son identité et de simplicité parfaites.</em>&laquo;&nbsp;. Le verbe &laquo;&nbsp;imaginer&nbsp;&raquo; instaure immédiatement la prise de distance que va petit à petit prendre Hume vis-à-vis de cette thèse. La thèse présentée est donc celle de l&#8217;existence d&#8217;une identité et d&#8217;une unité du moi au cours du temps, une unité ininterrompue. L&#8217;homme pourrait en avoir une intuition, une idée claire et distincte. Bien évidemment, on retrouve ici par exemple le système cartésien et la conception du moi selon le philosophe français. Mais la critique touche aussi Locke ou encore Malebranche.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le système cartésien, il y a une connaissance immédiate, intuitive du sujet : le moi est une idée claire et distincte. Elle a le caractère de l&#8217;évidence. Dans les 2ndes <span style="text-decoration: underline;">Méditations Métaphysiques</span>, Descartes défend que même si un malin-génie, un Dieu trompeur s&#8217;évertue à me tromper sans cesse et à se jouer de moi, il est tout du mois certain que je suis. Car comment être trompé si je ne suis pas. Même si je suis trompé de cette manière (&laquo;&nbsp;doute hyperbolique&nbsp;&raquo;), je dois nécessairement exister pour cela. &laquo;&nbsp;Je suis, j&#8217;existe&nbsp;&raquo; est nécessairement vrai. Il y a donc une saisie du moi et de son existence. Dans la suite de ce texte de Descartes, où il cherche ce qu&#8217;il est (après avoir reconnu qu&#8217;il est), on arrive à la certitude que l&#8217;on est une chose qui pense : le &laquo;&nbsp;une&nbsp;&raquo; montre bien qu&#8217;il y a une conception de l&#8217;unité du moi pensant chez Descartes) : &laquo;&nbsp;c&#8217;est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent&nbsp;&raquo;). Quant à Malebranche, il défend l&#8217;idée d&#8217;une connaissance de notre existence et de ses propriétés par sentiment ou conscience (connaissance imparfaite mais vraie). Locke, lui, soutient enfin qu&#8217;il existe une conscience d&#8217;être soi et qu&#8217;on peut accéder par la réflexion sur les opérations de l&#8217;esprit à l&#8217;idée d&#8217;une substance spirituelle (mais que l&#8217;on ne connaît pas plus que la substance matérielle =&gt; Cf. <span style="-webkit-text-decorations-in-effect: underline; text-decoration: underline;">Essai</span>, II, 23, 5).</p>
<p style="text-align: justify;">Selon ces philosophes, la saisie du moi est renforcée par les sensations et les passions les plus fortes. On s&#8217;attendrait ici à ce qu&#8217;elles entravent cette intuitions, mais c&#8217;est tout le contraire. Hume expose l&#8217;argumentation ici en question : puisque les sensations et les passions occasionnent des sentiments de plaisir ou de peine, on voit par là leur effet sur le moi. Les passions permettent de saisir le moi par la manière dont il est affecté : selon les passions, le moi est affecté différemment. Donc les passions même les plus fortes renforcent notre saisie du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, l&#8217;évidence du moi et de l&#8217;ensemble de ses propriétés (existence, durée, identité et simplicité) serait telle qu&#8217;elle ne supposerait pas de démonstration. Vouloir appuyer cette vérité par des argumentations reviendrait même à l&#8217;affaiblir. Le moi est une vérité intuitive. On ne peut pas prouver l&#8217;existence du moi : c&#8217;est une vérité première, un fait évident. Cette vérité première servirait d&#8217;ailleurs à fonder d&#8217;autres vérités. Là encore, Descartes est très clairement visé : le cogito (le moi comme substance pensante) est la première certitude qui permet d&#8217;en chercher d&#8217;autres. C&#8217;est le premier noyau stable que Descartes trouve après l&#8217;effet déstabilisant du doute hyperbolique mis en oeuvre dans la première méditation. Si on se représente les connaissances sous forme de strates, la connaissance du moi est une basen un sol, un fondement. C&#8217;est un système que l&#8217;on nomme académiquement le &laquo;&nbsp;fondationnalisme&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Hume a ainsi exposé la conception notamment cartésienne selon laquelle il y a une évidence de l&#8217;idée du moi, évidence appuyée par les passions et les sensations qui n&#8217;a pas besoin d&#8217;être démontrée et fonde au contraire toute autre connaissance. Hume va alors s&#8217;attacher à en faire la critique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>II- La critique de l&#8217;idée du moi : la théorie empirique de la connaissance contre l&#8217;unité du moi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Hume prend alors un point de vue empiriste. Il se place sur le terrain de l&#8217;expérience pour réfuter la thèse précédente. La question qu&#8217;il pose est la suivante : de quelle impression, de quelle sensation peut bien découler cette idée du moi ? Si elle provient d&#8217;une sensation, alors elle existe bel et bien. Sinon, le moi n&#8217;est qu&#8217;une invention de l&#8217;esprit humain, une unité posée arbitrairement. Tel est l&#8217;articulation centrale de cet extrait. Il faut rappeler que dans la théorie empiriste de Hume, toute connaissance provient des sensations. Dans <span style="text-decoration: underline;">Enquête sur l&#8217;entendement humain</span> (Section II, de l&#8217;origine des idées), Hume distingue les impressions, perceptions de l&#8217;esprit et, d&#8217;autres part l&#8217;imagination et la mémoire. Si l&#8217;esprit semble libre de tout inventer (former des monstres, unir des apparences discordantes, etc.), son pouvoir créateur est en fait limité à la composition, la transposition, l&#8217;accroissement ou la diminution des matériaux qu&#8217;apportent les sens et l&#8217;expérience. Autrement dit, toutes les idées sont des copies des perceptions les plus vives, des impressions. Il s&#8217;agit donc ici d&#8217;examiner l&#8217;origine de l&#8217;idée du moi. Comme Hume le dit dans la section II de l&#8217;<span style="text-decoration: underline;">E</span><span style="text-decoration: underline;">nquête sur l&#8217;entendement humain</span>, la proposition selon laquelle toute idée provient des sens, c&#8217;est-à-dire la théorie empiriste de la connaissance, permet de rendre toute discussion intelligible et &laquo;&nbsp;<em>de bannir le jargon métaphysique qui ne renvoie pas à la réalité et qui ne correspond pas à des impression</em>s&nbsp;&raquo;. Hume déplace donc le problème de l&#8217;existence du moi et de l&#8217;identité sur le plan de leur origine. D&#8217;où proviennent ces idées : proviennent-elles des sens ou sont-elles des chimères ? Le moi ne serait-il pas une illusion métaphysique aveuglant les philosophes qui l&#8217;ont précédé ? Pour Hume, nulle impression n&#8217;est à l&#8217;origine de cette idée. Hume donne pour synonyme du &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo; la &laquo;&nbsp;personne&nbsp;&raquo;. On retrouve l&#8217;individu (idée d&#8217;unité), mais c&#8217;est aussi une référence au théâtre, de par son étymologie : personne est un mot d&#8217;origine étrusque signifiant le masque de théâtre. On retrouvera d&#8217;ailleurs ce thème à la fin de cet extrait comme illustration de sa thèse de la non existence du moi. Le moi est, selon Hume, non pas issu d&#8217;une impression, mais ce à quoi toutes nos impressions, toutes nos idées sont censées se rapporter : &laquo;&nbsp;censées&nbsp;&raquo; indique bien la prise de distance de Hume face à cette thèse.</p>
<p style="text-align: justify;">Suit l&#8217;examen de la nature de l&#8217;impression d&#8217;où devrait provenir l&#8217;idée du moi. Pour que le moi existe, c&#8217;est-à-dire pour que le moi découle d&#8217;une impression, il faudrait que cette impression soit toujours la même, pendant toute la durée de notre existence. Car au moi est traditionnellement associée l&#8217;idée d&#8217;identité, d&#8217;unité (Cf. Descartes). Le problème devient donc le suivant : existe-t-il une telle impression stable. Si oui, le moi peut exister, sinon, ce n&#8217;est pas possible.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour Hume, aucune impression n&#8217;est stable, constante. Autrement dit, il y a une sorte de flux perpétuel, une succession incessante d&#8217;impression (douleurs, plaisirs, passions, sensations). Il ne peut y avoir juxtaposition, addition simultanée de toutes les impressions. L&#8217;idée du moi ne peut provenir de ces impressions puisqu&#8217;elles ne peuvent exister en même temps, donc ne peuvent exister tout le temps de notre vie. L&#8217;idée du moi n&#8217;existe donc pas : c&#8217;est une simple illusion. En s&#8217;appuyant sur sa théorie empiriste de la connaissance, Hume est parvenu à démontrer que le moi n&#8217;existe pas.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>III- De la vacuité de l&#8217;idée du moi à la multiplicité des impressions atomiques</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Puisque le moi n&#8217;existe pas, toutes les perceptions particulières sont atomiques, atomisées : &laquo;&nbsp;<em>elles sont toutes différentes, discernables et séparables les unes des autres ; on peut les considérer séparément et elles peuvent exister séparément : elles n&#8217;ont besoin de rien pour soutenir leur existence.</em>&laquo;&nbsp;. La diversité de nos perceptions n&#8217;a pas besoin d&#8217;une réduction à l&#8217;unité sous la forme d&#8217;une identité personnelle. La question qu&#8217;il pose est celle du rapport entre cette multiplicité de perception et l&#8217;unité d&#8217;une personne, d&#8217;un sujet : &laquo;&nbsp;<em>de quelles manières appartiennent-elles donc au moi et comment sont-elles en connexion avec lui ?</em>&laquo;&nbsp;.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;introspection, selon Hume, ne fait nullement aboutir à une unité du sujet, mais à une perception particulière : chaud / froid, lumière / ombre, etc. Il n&#8217;y a pas de saisie, d&#8217;intuition du sujet : il n&#8217;y a de saisie possible que d&#8217;impressions, de perceptions atomisées. Il n&#8217;y a donc pas, chez Hume, de réduction de la multiplicité à une unité (le moi), mais au contraire une dissolution de l&#8217;unité fictive dans la multiplicité perceptive.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;ailleurs le &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo; (mais faut-il continuer à utiliser se concept ?) est tellement lié aux impressions particulières, l&#8217;unité est tellement &laquo;&nbsp;noyée&nbsp;&raquo;, effacée par les impressions particulières et diverses que quand il n&#8217;y a pas de perception, on peut aller jusqu&#8217;à dire que je n&#8217;existe pas. HUme reprend ici l&#8217;attribut d&#8217;existence que liaient les philosophes comme Descartes au moi et à l&#8217;unité personnelle. Mai contrairement à Descartes, il défend que l&#8217;existence du sujet ne dure pas, n&#8217;est pas continue. Dans quels cas rencontre-t-on ces interruption de l&#8217;existence du moi ? HUme évoque deux cas : la mort, bien sûr, mais aussi le sommeil. Quand je dors, je n&#8217;ai pas de perception (mais l&#8217;on peut critiquer cette idée =&gt; Cf. théorie du rêve selon Bergson). Puisque le moi se réduit à la diversité et la particularité irréductibles des perceptions, le moi est éclipsé : quand les impressions cessent, le moi se retire. Avec la mort, les impressions cessent définitivement : le moi est alors détruit. L&#8217;âme ne serait donc pas immortelle : encore une opposition, sous forme d&#8217;hypothèse formulée au conditionnel, à Descartes&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Hume conclut ce troisième temps pas l&#8217;idée d&#8217;un discours impossible avec les métaphysiciens. Ils défendent qu&#8217;ils ont une intuition du moi. Hume ne trouve pas en lui ce genre d&#8217;intuition. Pour reprendre la deuxième section de l&#8217;Enquête sur l&#8217;entendement humain, il ne peut y avoir de discussion rationnelle. Le métaphysicien pourrait très bien être dans le vrai : mais Hume, quant à lui, ne perçoit pas l&#8217;idée du moi. Même si on peut ici voir assez clairement que Hume conçoit ce genre de thèse métaphysique comme fausse et illusoire, il affirme en tous cas explicitement que la saisie intuitive du moi n&#8217;est pas universelle (puisque lui-même ne le saisit pas).</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, puisque le moi n&#8217;existe pas, on a vu que Hume en a tiré une théorie du moi comme divers, comme collection non unifiée de perceptions diverses et atomisée. Qui plus est le moi ne perdure pas : il n&#8217;existe que tant que les impressions existent. Le moi se réduit ainsi aux impressions diverses.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>IV &#8211; L&#8217;illustration théâtrale du moi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Hume termine la démonstration de sa thèse par une illustration. Avant de proposer celle-ci, Hume reformule sa thèse. Les hommes ne sont que des faisceaux, des collections de perceptions différentes. Nous ne sommes que des amas, des accumulations de perceptions successives. Nous ne sommes qu&#8217;un flux perpétuel de perceptions, d&#8217;impressions qui se présentent à l&#8217;esprit, nous nous réduisons à nos multiples perceptions. L&#8217;opposition à Descartes, on l&#8217;a vu, est franche est multiple. Le moi n&#8217;existe pas : il n&#8217;y a pas d&#8217;unité ni d&#8217;identité. La chose figée fait place au mouvement.</p>
<p style="text-align: justify;">Un simple mouvement corporel, comme le mouvement des yeux, fait varier nos perceptions, donc produit de la multiplicité (perception visuelle). Nos pensées varient encore plus car non seulement la vue modifient nos idées, mais les autre sens également. Toutes les idées provenant des sens, elles sont fortement changeantes puisque les impressions se succèdent et changent sans cesse. La mémoire et l&#8217;imagination participent également au mouvement incessant du &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo;. Finalement, le moi devient synonyme de flux, de mouvements de perceptions.</p>
<p style="text-align: justify;">Hume compare alors le moi à un théâtre (&laquo;&nbsp;une sorte de théâtre&nbsp;&raquo;). On a relevé auparavant le lien étymologique entre la personne et le théâtre. L&#8217;analogie prend donc ici tout son sens. Le moi est un théâtre où se succèdent les perceptions (ex : chaud / froid), où elles repassent plusieurs fois. Les perceptions changent sans cesse : elles entrent et sortent comme des personnages sur une scène de théâtre. Cette image utilisée par Hume sert à appuyer l&#8217;idée qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;unité, que rien ne reste le même : l&#8217;esprit, tout comme ce qui se passe sur scène, n&#8217;est jamais le même. Que ce soit à un moment précis ou continûment, il n&#8217;y a pas d&#8217;unité. Tout se passe donc comme dans théâtre où les acteurs bougent, changent de place, sont plusieurs, plus ou moins nombreux, etc. Mais le problème de cette image réside dans la notion de &laquo;&nbsp;lieu&nbsp;&raquo;. L&#8217;esprit serait un lieu comme le théâtre est situé physiquement ? Y a-t-il une notion d&#8217;esprit comme substance ?</p>
<p style="text-align: justify;">Hume précise alors les limites de l&#8217;image utilisée : &laquo;&nbsp;<em>La comparaison du théâtre ne doit pas nous égarer</em>&laquo;&nbsp;. L&#8217;esprit n&#8217;est, encore une fois, que ses perceptions, c&#8217;est-à-dire multiplicité, mouvement et diversité. On ne doit pas le considérer comme un lieu, une chose unifiant. Il n&#8217;y a pas de connaissance possible ni d&#8217;idée du lieu où s&#8217;enchaînent les perceptions (&laquo;&nbsp;ces scènes&nbsp;&raquo;), ni de la façon dont est constitué l&#8217;esprit (si c&#8217;est une substance). L&#8217;image du théâtre peut donc être trompeuse, et c&#8217;est pour cette raison que Hume avance immédiatement ces précisions. En outre,Hume ne le dit pas ici, mais on peut penser au problème du spectateur qui voit cet enchaînement de scène et en fait la synthèse (ex : intrigue commune)&#8230; Bref, l&#8217;illustration est imparfaite.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans ce dernier temps, Hume a donc comparé l&#8217;esprit à une sorte de scène de théâtre où entrent et sortent en permanence les acteurs (impressions), tout en en pointant les limites. L&#8217;esprit n&#8217;est pas le lieu, l&#8217;unité du divers des perceptions : l&#8217;esprit reste flux, mouvement de perceptions sans unité ni identité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Hume a donc rejeté l&#8217;idée du moi et de l&#8217;identité personnelle dans le rang des idées métaphysiques, c&#8217;est-dire dénuées de sens grâce à sa théorie empiriste de la connaissance. L&#8217;esprit n&#8217;est que diversité de perception et non unité substancielle. En ce sens, le moi disparaît : il est évincé. C&#8217;est un non lieu, un nulle part, un rien où se déroulent pourtant toutes les scènes de notre vie, comme dans un théâtre virtuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Hume s&#8217;attache, à la suite de cet extrait, à montrer les raisons qui font pourtant que l&#8217;on a propension naturelle à poser une identité personnelle (on réduit les ressemblances à l&#8217;unité en délaissant les différences).</p>
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		<title>Hans Jonas &#8211; Le concept de Dieu après Auschwitz</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Sep 2008 18:04:17 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Introduction Comme Hans Jonas le précise lui–même dès les premières lignes de Le concept de Dieu après Auschwitz, ce texte constitue un « morceau de théologie franchement spéculative ». Autrement dit, Jonas va se livrer à une réflexion sur le concept de Dieu, et ainsi mettre en avant ses réflexion sur la façon dont on [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/lecture-hans-jonas-le-concept-de-dieu-apres-auschwitz-69/attachment/concept-de-dieu-apres-auschwitz" rel="attachment wp-att-494"><img class="alignleft size-medium wp-image-494" title="Concept de Dieu après Auschwitz de Hans Jonas" src="http://djaphil.fr/wp-content/uploads/2008/09/Concept-de-Dieu-après-Auschwitz-192x300.jpg" alt="Concept de Dieu après Auschwitz de Hans Jonas" width="192" height="300" /></a>Introduction</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="lettrine">C</span>omme Hans Jonas le précise lui–même dès les premières lignes de <span class="souligne">Le concept de Dieu après Auschwitz</span>, ce texte constitue un « <span class="citation">morceau de théologie franchement spéculative</span> ». Autrement dit, Jonas va se livrer à une réflexion sur le concept de Dieu, et ainsi mettre en avant ses réflexion sur la façon dont on doit concevoir Dieu après l’holocauste : en quoi cette tragédie nous oblige–t–elle particulièrement à modifier le concept que l’on a habituellement de Dieu ?</p>
<p style="text-align: justify;">Se livrant à de telles réflexions théologiques, Jonas, comme il le remarque lui–même, s’oppose par exemple à Kant pour qui nulle théologie rationnelle n’est possible (on ne peut pas connaître Dieu, ce n’est qu’une Idée de la raison) ou encore au positivisme (selon Carnap, les énoncés métaphysiques sont dénués de sens : ce ne sont que des simili–énoncés qui ne font qu’exprimer un Lebensgefühl, c’est–à–dire un sentiment de la vie). Est–ce alors se livrer à l’irrationalisme, aux divagations de la pure et irrationnelle croyance ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que va faire Jonas n’est en aucun cas un exercice irrationnel, inspiré par sa croyance religieuse, ce n’est pas un un acte de renoncement à la raison et à la rationalité : c’est précisément philosophiquement qu’il va se livrer à une analyse du concept de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-69"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dores et déjà noter que ce n’est pas d’une manière générale qu’il va examiner le concept de Dieu, mais circonstancié : c’est <span class="gras">après Auschwitz</span>. La question est donc de savoir ce que ce sommet de l’horreur humaine, ou plutôt de l’inhumanité, peut nous apprendre sur le concept de Dieu. Comment rendre compte du mal ? Comment concilier le concept de Dieu avec le constat de l’inhumanité, de la violence, de l’horreur extrême sans précédent que constitue l’extermination massive de juifs par les nazis ? On ne peut plus attribuer l’existence du mal à l’infidélité ou à la fidélité du peuple juif, à la croyance ou à l’impiété, à la faute et à son châtiment&#8230; Pourquoi Auschwitz ? Quel est le sens de ce massacre ? Pourquoi les juifs ont–ils été exterminés ? La question centrale est en fait celle–ci : « <span class="citation">Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire</span> ? ». En effet, nous sommes en droit de nous demander, si Dieu existe, comment il faut comprendre cet être s’il laisse perpétrer de telles atrocités. Jonas est juif, donc n’émet pas ici (il le fera cependant dans la suite du texte, sans cependant s’y attarder puisque ce n’est pas son but) l’hypothèse que cela a eu lieu car Dieu n’existe pas. Fidèle à sa conviction religieuse, Jonas de dire : « <span class="citation">Dieu laissa faire</span> ». D’où, encore une fois : « <span class="citation">Quel est ce Dieu qui a pu laisser faire</span> ? ». Car la visée de Jonas ici est celle d’une théodicée, comme il y en a eu de nombreuse auparavant, et dont celle de Leibniz demeure certainement la plus célèbre : il s’agit bel et bien de défendre la cause de Dieu, notamment en partant de l’aporie, de l’obstacle gigantesque que constitue l’existence du mal, qui plus est sous sa forme la plus abominable. Quel est ce Dieu qui a pu laisser agir les nazis et délaisser apparemment le « <span class="citation">peuple élu</span> » ? Jonas souligne au passage la situation du juif, pour qui, contrairement au chrétien, le monde n’est pas le lieu du mal mais celui de Dieu, de la création, de la rédemption : le « laisser–faire » de Dieu est bien plus dur à comprendre pour le juif. Dieu peut–il être encore le « seigneur de l’histoire » ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le mythe jonassien de la création</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="lettrine">P</span>our repenser à nouveau frais le concept de Dieu, Jonas propose un mythe de son invention, le mythe de la création qu’il a proposé auparavant dans <span class="souligne">Entre le néant et l’éternité</span>. « <span class="citation">Au commencement, par un choix insondable, le fond divin de l’Etre décida de se livrer au hasard, au risque, à la diversité infinie du devenir. Et cela entièrement </span>[...}. ». Autrement dit, l’acte même de la création consiste en un renoncement de Dieu : il renonce à toute modification ultérieure. Il se livre entièrement dans le processus créatif, il ne s’est pas retenu. Jonas ici multiplie les métaphores à la manière de Bergson, avec une écriture très parlante, qui ne serait pas sans déplaire aux philosophes analytiques... C’est la thèse de l’immanence, thèse opposé au dualisme, par exemple tel qu’on le trouve dans le christianisme. Dieu n’est pas en dehors du monde, infléchissant à son grès le processus créatif : il s’est donné entièrement , sans retenue dès l’origine, dès le passage du néant à l’être, dès le Big–Bang. Nulle providence extra–mondaine, le monde, nous–mêmes sommes en ce sens délaissés. Tel est le mythe, comme le nomme Jonas lui–même, de « <span class="citation">l’être–au–monde de Dieu </span>». Mais qui dit immanence ne dit pas identité de Dieu et du monde : ce n’est pas un panthéisme immanent. Dieu et le monde sont bel et bien distincts, mais Dieu s’est totalement abandonné dans son acte créatif : il faut bien remonter de l’étant à l’être pour reprendre un vocabulaire Heideggerien, mais l’Etre s’est donné sans réserve dans la production de l’étant. Jonas précise plus loin que Dieu a renoncé à son être propre, qu’il s’est « <span class="citation">dépouillé de sa divinité</span> ». Il s’est abandonné au profit du devenir, du processus de la création se poursuivant. Et c’est au travers du devenir que la Divinité peut se reconquérir et retrouver sa plénitude, qu’elle peut gagner&#8230; ou perdre.</p>
<p style="text-align: justify;">La matière est tout d’abord sortie de cet acte créateur. Puis un « <span class="citation">nouveau langage du monde </span>» est apparu : la vie. Fruit du hasard, elle était ce qu’attendait la Divinité dans sa reconquête de soi. . Avec elle apparaît la sensation, la perception, le désir. Avec elle, « <span class="citation">l’éternité trouve une force, elle s’emplit, contenu après contenu, d’un acquiescement à soi, et pour la première fois le dieu qui s’éveille peut dire que la création est bonne </span>». C’est donc avec la vie que la Divinité commence au travers de la création à prendre conscience d’elle–même, du moins de sa création et même l’apprécier. Mais avec la vie apparaît son double nécessaire, la mort, le prix à payer nécessaire : qui dit vivre dit mourir (pour approfondir le rapport entre la vie et la mortalité, il faut lire absolument <span class="souligne">Le fardeau et la grâce de la mortalité</span>). C’est au travers de la finitude, de la mortalité, de la limite que Dieu accède à lui–même : « <span class="citation">c’est justement à travers la brève affirmation d’un sentiment de soi, d’un agir et d’un souffrir propres à des individus finis, devant la pression de la finitude, toute l’urgence et donc toute la fraîcheur de leurs émotions, que le divin paysage déploie son jeu de couleurs, et que la divinité accède à l’expérience d’elle–même </span>». Il faut noter que chaque expérience personnelle, que l’expérience des différentes espèces vivantes constitue autant de faces à l’auto–expérience de la divinité. Le développement des sens, des désirs, de la conscience sont autant d’intensification, d’élargissement de la conscience que Dieu acquiert de lui–même. Bref, c’est au travers du devenir, et notamment de l’évolution biologique apparue grâce à la hasardeuse rencontre de conditions favorables sur terre que Dieu reconquiert sa connaissance de lui–même et sa divinité. Même au travers de la souffrance, Dieu peut approfondir sa connaissance. A ce stade, Dieu ne peut pas perdre : il ne peut pas voir son dessein, notamment sa visée du bien, ne pas être réalisé.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais avec l’apparition de l’homme cesse l’innocence. Avec l’homme s’étend la connaissance et la liberté : l’homme est un être responsable, qui vit selon le bien et le mal. La connaissance et la liberté de l’homme le font entrer dans l’existence morale (Cf. la Genèse). L’innocence de la création cesse alors. A partir de ce stade, Dieu peut perdre ou gagner, alors qu’auparavant il ne pouvait que&#8230; ne pas perdre, mais non pas gagner. C’est entre les mains de l’homme qu’est confié le destin de Dieu et de son accomplissement, de son retour à soi : « <span class="citation">L’image de Dieu, ébauchée dans les balbutiements de l’univers physique, travaillée jusque–là– bien qu’encore indécidée– dans les spirales de la vie préhumaines, vastes cercles qui se resserrent ensuite, cette image, donc, passe sous la garde problématique de l’homme, pour être accomplie, sauvée, ou corrompue par ce que ce dernier fait de lui–même et du monde </span>». La divinité, la divinisation est donc confiée à l’homme qui a pour lourde charge d’assurer le retour à soi de Dieu, et l’accomplissement de son dessein.</p>
<p style="text-align: justify;">Ici s’achève le mythe originel sur lequel Jonas va alors revenir, ou plutôt dont il va tirer les conclusions en ce qui concerne le concept de Dieu. Si la création s’est déroulée ainsi, qu’est–ce que cela a comme conséquence sur le concept de Dieu ? Quelles sont les implications théologiques de ce mythe ? Jonas va ainsi traduire « <span class="citation">l’image en concepts </span>».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les implications théologiques du mythe</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="lettrine">D</span>u mythe précédemment esquissé, il apparaît tout d’abord que <span class="gras">Dieu est souffrant</span>. Cela semble s’opposer à sa représentation biblique qui le fait apparaître comme tout puissant. Pour Jonas, « <span class="citation">la relation de Dieu au monde implique une souffrance du côté de Dieu dès l’instant de la création, et sûrement dès l’instant de la création de l’homme </span>». Elle implique également une souffrance de la créature, mais cela a toujours été reconnu par la théologie en général. Par la suite, Jonas en appelle à des passages de l’Ancien Testament pour appuyer l’idée que finalement sa conception d’un Dieu souffrant n’est pas tant que cela en contradiction avec sa représentation biblique, c’est–a–dire qu’il met en avant des passages bibliques qui font apparaître Dieu comme souffrant (Dieu, méprisé par les hommes., qui s’en afflige ; Dieu qui regrette d’avoir créé l’homme et en est déçu ; &#8230;etc.).</p>
<p style="text-align: justify;">Il apparaît, en outre, que <span class="gras">Dieu est en devenir</span>. Dieu n’est pas un être immuable : il surgit, il apparaît dans le temps. Il y a un devenir du divin. Jonas rejette ainsi les caractères habituels de supratemporalité et d’immutabilité, mais également l’opposition ontologique classique entre Etre et devenir. Jonas défend que ce Dieu en devenir convient bien mieux au langage biblique. Dieu est en devenir, au moins dans le sens où il est affecté, altéré par ce qui se passe dans le monde, comme certains passages de la bibles précédemment évoqués le mettent en avant. De par sa relation au créé, Dieu reçoit une expérience du monde : il en est influencé. Dieu est donc en devenir, au moins de par sa relation au créé qui lui est en devenir. Dieu est en rapport avec le monde, monde qui est temporel, donc Dieu se temporalise : il y a un devenir progressif de Dieu au fur et à mesure de la création mondaine. Par ce devenir de Dieu, Jonas se sépare de la doctrine nietzschéenne de l’Eternel retour du même qu’il qualifie d’immanentisme absolu : puisque Dieu reçoit une expérience du monde, tout ne peut pas revenir au même éternellement, puisque Dieu conserve un souvenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Troisièmement, il apparaît que <span class="gras">Dieu est soucieux</span> : il est « <span class="citation">impliqué dans ce dont il a le soucis. Quel que soit l’état « primitif » de la divinité, il a cessé de s’enclore en lui–même dès l’instant où il s’est compromis avec l’existence d’un monde, en créant ce monde ou en acceptant qu’il naisse </span>». Mais si Dieu se soucie de ses créatures, il faut préciser que ce souci ne signifie pas ingérence : ce sont les créatures qui agissent, il ne peut pas pousser par son soucis à la réalisation d’un but. Dieu, être soucieux, est donc en péril, puisque la réalisation du but dont il se soucie ne dépend pas de lui mais de ses créatures (rappelons que Dieu s’est totalement abandonné dans le création). Si Dieu pouvait par son souci réalisé ses visées, le monde serait parfait. Mais les atrocités d’Auschwitz, par exemple, (mais on peut ici tout autant penser aux génocides en Afrique) attestent bien de l’imperfection du monde. D’où deux conséquences possibles : le monde est mauvais donc Dieu n’existe pas ; le monde est mauvais donc ce n’est pas Dieu qui agit et décide dans le monde. Encore une fois, Jonas ne retient pas la première hypothèse. Dieu existe, mais l’existence du mal pousse à en changer le concept habituel. « <span class="citation">D’une quelconque façon, par un acte de sagesse insondable, ou d’amour, ou quelle qu’ait pu être la divine motivation, il a renoncé à garantir sa propre satisfaction envers lui–même par sa propre puissance, après qu’il eut déjà renoncé, par la création elle–même, à être tout en tout</span> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais surtout, quatrièmement, <span class="gras">Dieu n’est pas tout puissant</span>. Pour appuyer cela, il commence par critiquer sur le plan de la logique la paradoxalité du concept de puissance absolue, puis dans un second temps avance un argument théologique.</p>
<p style="text-align: justify;">En quel sens le concept de toute–puissance est–il auto–contradictoire ? Une telle toute–puissance serait une puissance qui n’est pas limitée, qui n’a pas pour limite des choses existant en dehors d’elle–même. L’existence de l’altérité serait pour elle l’anéantissement de l’absoluïté de sa puissance : « <span class="citation">La puissance absolue, dès lors, n’a dans sa solitude aucun objet sur lequel agir </span>». Mais une puissance sans objet est une puissance sans pouvoir donc s’anéantirait. En ce sens la toute–puissance est un concept auto–contradictoire, dénué de sens. Avoir du pouvoir, c’est avoir du pouvoir sur quelque chose, c’est donc nécessairement ne pas être absolu (tout comme la liberté ne s’éprouve que dans la nécessité et la contrainte). Cela revient à définir le concept de puissance de manière relationnel. C’est ce caractère relationnel qui rend impossible le concept de toute–puissance. Et si la chose sur laquelle s’exerce le pouvoir n’offre aucune résistance, ce pouvoir exercé revient aux yeux de Jonas à un non–pouvoir, à une absence de puissance. La puissance n’existe que comme puissance exercé sur une chose qui possède elle–même une puissance. Puissance signifie capacité de vaincre quelque chose. Et la simple coexistence d’une chose suffit pour qu’il y ait puissance, car Jonas défend la synonymie entre exister et résister, ce qu’on lui concédera sans difficulté. Par conséquent, pour qu’il y ait puissance, celle–ci doit être partagée (même si par exemple la puissance des créatures provient de la puissance divine) : Dieu n’est pas un être tout–puissant.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais se dresse également une objection théologique à l’idée de toute–puissance divine. Dieu ne peut être tout–puissant ET bon qu’à condition d’être insondable : s’il était tout–puissant, on ne pourrait maintenir sa bonté qu’en concevant Dieu comme un être au dessein incompréhensible, au dessein insondable, qui échapperait à notre compréhension, à notre entendement : « <span class="citation">C’est seulement d’un Dieu complètement inintelligible qu’on peut dire qu’il est à la fois absolument bon et absolument tout–puissant, et que néanmoins il tolère le monde tel qu’il est </span>». Autrement dit, Jonas met en avant l’impossibilité de lier ensemble simultanément trois concepts en Dieu : toute–puissance, bonté suprême et compréhensibilité. Il s’agit donc de savoir quelles propriétés sont nécessairement liées au concept de Dieu. Autrement dit, de quelle propriété peut–on se passer pour poser le concept de Dieu ? Dieu est nécessairement bon. Cette propriété est inaliénable : Dieu est nécessairement un être bon, suprêmement bon. En ce qui concerne la connaissabilité de Dieu, elle est certes limitée, mais ne peut être abandonnée : le caractère totalement énigmatique de Dieu est inconciliable avec la Torah, qui insiste sur le fait qu’on peut connaître Dieu, une part de sa volonté et même de son essence (il y a eu révélation). Le judaïsme ne peut admettre un Dieu inintelligible. Sur ce point, Jonas reste fidèle à sa tradition religieuse. Dieu est donc absolument bon et connaissable. Par conséquent il ne peut pas être tout puissant. C’est la nécessité du point de vue judaïque de poser le concept de Dieu comme connaissable qui conduit à rejeter, sur le plan théologique tout du moins (car Jonas, en philosophe, a d’abord rejeté logiquement cette idée de toute–puissance) la toute–puissance divine. « <span class="citation">Après Auschwitz, nous pouvons affirmer, plus résolument que jamais auparavant, qu’une divinité toute–puissante ou bien ne serait pas toute bonne, ou bien resterait entièrement incompréhensible (dans son gouvernement du monde, qui seul nous permet de la saisir). Mais si Dieu, d’une certaine manière et à un certain degré, doit être intelligible (et nous sommes obligés de nous y tenir), alors il faut que sa bonté soit compatible avec l’existence du mal, et il n’en va de la sorte que s’il n’est pas tout–puissant. C’est alors seulement que nous pouvons maintenir qu’il est compréhensible et bon, malgré le mal qu’il y a dans le monde </span>».</p>
<p style="text-align: justify;">Jonas s’empresse d’ajouter alors que cette puissance limitée ne l’est pas selon le bon–vouloir de Dieu de manière révocable : Dieu ne peut pas retrouver sa toute–puissance et modifier le cours des choses, il n’y a pas de miracle : « <span class="citation">pendant toutes les années qu’a duré la furie d’Auschwitz, Dieu s’est tu </span>». Les seuls « miracles » ont été humains. Et si Dieu n’est pas intervenu c’est parce qu’il ne le pouvait pas. Encore une fois, Dieu ne s’est pas retenu lors de la création, il s’est totalement abandonné. Dieu n’est pas un être tout–puissant. Le concept de Dieu que développe Jonas est donc celui d’un « <span class="citation">Dieu qui donc répond au choc des événements mondains contre son être propre, non pas « d’une main forte et d’un bras tendu » – comme nous le récitons tous les ans, nous les juifs, pour commémorer la sortie d’Egypte– mais en poursuivant son but inaccompli avec un mutisme pénétrant </span>». Ici, Jonas rompt donc avec la tradition juive. Dieu veut le bien mais n’est pas tout–puissant, le mal vient de l’homme (Jonas critique le manichéisme, qui attribue le bien et le mal à deux puissances antagonistes). La liberté humaine atteste bien du renoncement à la toute–puissance. Jonas parle par la suite de la création comme « <span class="citation">acte d’autodépouillement divin</span> ». Dieu s’est entièrement dépouillé de sa puissance dans le fini à qui il confie son sort.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est par cet acte de négation de sa puissance que Dieu a pu créer le monde. Après ce total don de soi, Dieu n’a plus rien à donner : « <span class="citation">c’est maintenant à l’homme de lui donner. Et il peut le faire en veillant à ce que, dans les cheminements de sa vie, n’arrive pas, ou n’arrive pas trop souvent, et pas à cause de lui, l’homme, que Dieu puisse regretter d’avoir laissé devenir le monde </span>». Jonas inverse ici la relation habituelle entre Dieu et l’homme et donne ici tout son point à la liberté humaine, et donc à la responsabilité humaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><span class="lettrine">B</span>ref, l’idée essentielle que Jonas a développée dans ce court texte est celle du renoncement de la puissance divine au moment de la création mondaine. Établir le concept de Dieu après Auschwitz, c’est nécessairement scinder ce concept et celui de toute–puissance, d’une part parce que cela ne permet pas, sur le plan théologique, le maintien de la bonté divine et de la connaissabilité de Dieu, mais surtout, sur le plan logique, parce que la toute–puissance est un concept contradictoire : il est dès lors possible de maintenir rationnellement la bonté de Dieu, même après les atrocités d’Auschwitz. Ce Dieu qui a « laissé faire » est en fait un Dieu qui ne pouvait pas faire autrement, car il a abandonné toute sa puissance pour créer le monde. Il revient désormais à l’homme d’accéder au divin, et de réaliser le bonheur et la paix ici–bas. Cette conception de Dieu comme un être qui s’est dépouillé de sa toute–puissance pour faire advenir le monde a le mérite de chercher à concilier sans trop de compromis (Jonas maintient cependant que Dieu est connaissable, ce qui peut apparaître comme un a priori traditionnel, ou, par charité interprétative, comme un a priori de la rationalité) l’existence du mal et celle de Dieu (comme être bon). C’est ici une théodicée peu coûteuse que propose Jonas, et une conception de Dieu qui donne tout son poids à la responsabilité humaine, et donc toute sa valeur à l’humanité. Le Dieu d’après Auschwitz ne répond pas aux prières, il ne fait pas de miracle : il nous a légué de manière soucieuse son propre devenir dont il nous incombe d’assurer la réalisation.</p>
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		<title>Mémoire consacré à Hans Jonas : introduction</title>
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		<pubDate>Sat, 13 Sep 2008 17:17:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Hans Jonas]]></category>
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		<description><![CDATA[Les thèses défendues par Hans Jonas dans Le principe responsabilité le placent à l&#8217;écart de la pensée actuelle. Sa conception moniste et finaliste du vivant, l&#8217;objectivité du bien, le recours à la métaphysique et les conséquences politiques de sa pensée font que celle-ci semble ne pas pouvoir s&#8217;insérer dans la panorama actuel de la philosophie. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span class="lettrine"><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/memoire-consacre-a-hans-jonas-introduction-17/attachment/hans-jonas-principe-responsabilite-14" rel="attachment wp-att-573"><img class="alignleft size-full wp-image-573" title="Hans Jonas - Principe responsabilité" src="http://djaphil.fr/wp-content/uploads/2008/09/Hans-Jonas-Principe-responsabilité13.jpg" alt="Hans Jonas - Principe responsabilité" width="120" height="200" /></a>L</span>es thèses défendues par Hans Jonas dans Le principe responsabilité le placent à l&#8217;écart de la pensée actuelle. Sa conception moniste et finaliste du vivant, l&#8217;objectivité du bien, le recours à la métaphysique et les conséquences politiques de sa pensée font que celle-ci semble ne pas pouvoir s&#8217;insérer dans la panorama actuel de la philosophie. Cependant, les problèmes abordés par le philosophe se révèlent être d&#8217;actualité. Abordant le libéralisme par le biais des technologies, Jonas pénètre au cœur de l&#8217;utopie technologique qui anime l&#8217;homme moderne et qui risque de se transformer en menace pour l&#8217;humanité toute entière. Cette utopie, selon laquelle le bonheur réside dans la propriété d&#8217;objets technologique, nous apportant un confort de plus en plus important, n&#8217;est pas sans avoir des conséquences sur l&#8217;environnement et pourrait donc, à plus ou moins long terme, provoquer la disparition des générations futures.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-17"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Nous consacrons notre étude à la responsabilité telle que la conceptualise Hans Jonas, c&#8217;est-à-dire la prise de conscience et les changements de comportements qu&#8217;exigent de nous les conséquences à la fois écologiques et humanitaires de l&#8217;utopie technologique et du système économique mondial qui la nourrit.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour fonder son éthique de la responsabilité, Hans Jonas prend appui sur des données de la biologie, plus précisément de la théorie de l&#8217;évolution. Le but de l&#8217;auteur du Principe responsabilité est de montrer que le Bien n&#8217;est pas un fait humain mais précède au contraire la subjectivité et est présent dans la nature, notamment dans les organismes, sous la forme de fins objectives, indépendantes de tout jugement de valeur. Pour cela, Jonas développe une ontologie du vivant, du « phénomène de la vie ». Défendre cette thèse de l&#8217;objectivité du bien, c&#8217;est, semble-t-il, se mettre en désaccord avec la discipline qu&#8217;il prend pourtant comme point d&#8217;appui. En effet, Darwin n&#8217;a-t-il pas ruiné l&#8217;explication téléologique du vivant en introduisant l&#8217;idée que c&#8217;est une sélection naturelle qui est à l&#8217;origine de l&#8217;évolution, en élargissant l&#8217;utilisation des explications mécanistes au vivant ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le problème est donc de savoir si la position de Jonas est tenable ou si l&#8217;évolutionnisme, compris comme cadre logique général de toutes les branches de la biologie, ne vient pas la sanctionner. Si Jonas est autorisé à défendre sa conception téléologique du vivant, il s&#8217;agit alors de savoir dans quelle mesure nous pouvons trouver un accord (nécessaire) entre sa pensée et les acquis de l&#8217;évolutionnisme.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, Jonas soutient une conception moniste de la vie, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il pense qu&#8217;il y a une continuité entre le phénomène de la conscience et celui de la vie : l&#8217;apparition de la conscience ne représente pas un saut. Elle se situe dans le prolongement de l&#8217;organique. Il s&#8217;oppose ainsi au dualisme d&#8217;origine cartésienne entre la substance étendue et la substance pensante, entre le corps et l&#8217;esprit. Il est alors d&#8217;autant plus étonnant que Jonas prenne appui sur une science s&#8217;inscrivant dans l&#8217;une des branches de ce dualisme que pourtant il condamne. Comment peut-il en effet défendre une totale continuité entre l&#8217;homme et les animaux, entre l&#8217;esprit et le vivant inférieur, alors qu&#8217;il appuie sa réflexion sur une discipline qui par définition pose la différence entre les deux, dans le sens où seul l&#8217;homme, de par son esprit, peut être compris téléologiquement, tandis que le vivant non conscient, c&#8217;est-à-dire le reste du monde vivant, doit être expliqué par des causes mécaniques, par un système de causes et d&#8217;effets où ne prend place aucune finalité ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cette continuité peut prendre deux formes : soit nous considérons que l&#8217;homme ne se distingue pas du reste du vivant, qu&#8217;il peut être compris selon le seul mécanisme, que la subjectivité et ses représentations de fins ne sont qu&#8217;une illusion, une « simple musique d&#8217;accompagnement », ces représentations n&#8217;ayant aucun pouvoir causal ; soit nous faisons le mouvement inverse et élargissons le règne des fins au vivant dans son ensemble, et même à l&#8217;être, en comprenant ainsi l&#8217;inférieur à la lumière du supérieur (l&#8217;esprit). Jonas, pour sa part, soutient cette seconde solution. Mais une telle conception permet-elle de saisir la spécificité humaine ?</p>
<p style="text-align: justify;">Le monisme et le finalisme de Hans Jonas pourraient faire penser que nous sommes responsables de l&#8217;ensemble du vivant, voire de l&#8217;être : le bien étant présent objectivement. Cependant, c&#8217;est une responsabilité envers les générations futures que soutient Jonas. Comment peut-il, alors, assigner une telle limite à la responsabilité ? En quel sens sommes-nous avant tout responsables de l&#8217;humanité future ? Qu&#8217;est-ce qui permet d&#8217;attribuer à l&#8217;homme davantage de valeur qu&#8217;au reste du vivant, alors que le vivant est placé sous le signe de l&#8217;unité ? Il s&#8217;agira ainsi de savoir en quel sens l&#8217;homme doit exister.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la légitimation théorique de l&#8217;obligation d&#8217;exister de l&#8217;humanité, essentiellement basée sur une métaphysique d&#8217;inspiration leibnizienne, ne rend pas nécessaire le sentiment de responsabilité. La question se pose donc de savoir comment ce sentiment peut apparaître, être suscité. D&#8217;autre part, Hans Jonas nous invite à éprouver de la crainte à l&#8217;idée que l&#8217;humanité puisse disparaître. Le sentiment de responsabilité se traduit-il alors par un tel sentiment négatif, ou n&#8217;est-il pas avant tout positif ? Se sentir responsable de l&#8217;humanité, n&#8217;est-ce pas l&#8217;aimer, lui attribuer de la valeur ?</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;un autre côté, Hans Jonas critique l&#8217;utopie technologique et s&#8217;élève contre elle, notamment du fait que cette utopie mettrait en jeu l&#8217;existence de l&#8217;humanité. Ainsi l&#8217;homme moderne menacerait-il l&#8217;humanité future de par sa trop importante utilisation des nouvelles technologies. Mais cette menace est-elle réelle ? Devons-nous réellement nous sentir responsables de nos descendants ? Il s&#8217;agit de savoir si cette menace est de l&#8217;ordre du fait, ou si Jonas ne fait pas au contraire preuve d&#8217;un pessimisme irrationnel. La réponse à cette interrogation n&#8217;est pas sans avoir des conséquences sur notre sentiment de responsabilité.</p>
<div class="imageGauche" style="text-align: justify;">La responsabilité jonassienne semble n&#8217;avoir pour objet que l&#8217;humanité future. Cependant, nous pouvons penser qu&#8217;il est préférable de penser d&#8217;abord aux générations actuelles, notamment aux populations défavorisées. N&#8217;ont-elles pas la priorité sur les générations futures ? Jonas prend cependant en considération les « damnés de la terre » et fait rentrer le problème des inégalités dans sa critique de l&#8217;utopie technologique. Ne s&#8217;agit-il pas, avant tout, de réduire les inégalités mondiales, c&#8217;est-à-dire de relever le niveau de vie des peuples les plus démunis, et, ce faisant, de prendre en compte l&#8217;obligation d&#8217;exister de l&#8217;humanité ? Nous serions ainsi responsables et des plus démunis, et de l&#8217;humanité future. Mais la question se pose alors de savoir si nous pouvons viser une communauté mondiale, si nous pouvons prendre l&#8217;humanité comme communauté de référence pour la distribution, la répartition des biens ou si, au contraire, les communautés politiques existantes sont les seules références possibles.</div>
<p style="text-align: justify;">Enfin, la responsabilité est une obligation, c&#8217;est un devoir. C&#8217;est en tout cas ce que soutient le philosophe allemand. Mais comment se fait-il, alors, que nos sociétés continuent d&#8217;agir de manière irresponsable en restant dans l&#8217;utopie technologique ? Quelles sont les raisons pour lesquelles nous ne nous sentons pas responsables des populations déshéritées ni de nos descendants ? Cela est-il dû à la grande distance qui nous sépare d&#8217;elles ? La raison ne se situe-t-elle pas au contraire au cœur de l&#8217;utopie technologique ?</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, nous essaierons, essentiellement à la lumière du Principe responsabilité, de savoir ce que signifie être responsable dans un monde libéral et technologique.</p>
<h2>Plan de l’étude de Hans Jonas * :</h2>
<div id="plan">
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/memoire-consacre-a-hans-jonas-introduction-17" target="_blank">Intro</a></li>
<li>I- Les fondements biologiques de l’éthique de la responsabilité
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-i-les-fondements-bilogiques-de-lethique-de-la-responsabilite-biologie-et-mecanisme-19" target="_blank">A- Biologie et mécanisme</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-les-fondements-biologiques-de-lethique-de-la-responsabilite-critique-du-dualisme-cartesien-24" target="_blank">B- La critique du dualisme d’origine cartésienne</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-les-fondements-biologiques-de-lethique-de-la-responsabilite-monisme-et-specificite-humaine-28" target="_blank">C- Monisme et spécificité humaine</a></li>
</ul>
</li>
<li>II- La responsabilité envers les générations futures
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-humanite-et-valeur-33" target="_blank">A- Humanité et valeur</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-le-sentiment-de-responsabilite-35" target="_blank">B- Le sentiment de responsabilité</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-la-realite-de-la-menace-technologique-37" target="_blank">C- La réalité de la menace technologique</a></li>
</ul>
</li>
<li>III- Générations futures et populations actuellement damnées
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-les-damnes-de-la-terre-et-lutopie-technologique-39" target="_blank">A- Les damnés de la terre et l’utopie technologique</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-les-raisons-de-notre-irresponsabilites-41" target="_blank">B- Les raisons de notre irresponsabilité</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-des-solutions-pratiques-pour-developper-notre-responsabilite-44" target="_blank">C- Des solutions pratiques pour développer notre responsabilité</a></li>
</ul>
</li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-et-lethique-de-la-responsabilite-conclusion-46">Conclusion</a></li>
</ul>
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</div>
<div>Voici la version PDF de mon mémoire :</p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 250px"><a href="http://djaphil.fr/Hans-Jonas-Responsabilite-et-utopie.pdf" target="_blank"><img class="  " title="Mémoire consacré à Hans Jonas : responsabilité et utopie technologique" src="http://djaphil.fr/pdf.jpg" alt="Mémoire consacré à Hans Jonas : responsabilité et utopie technologique" width="240" height="240" /></a><p class="wp-caption-text">Mémoire consacré à Hans JONAS : Responsabilité et utopie technologique</p></div>
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