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	<title>Djaphil</title>
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	<description>{Le coin philosophique}</description>
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		<title>Les atomes existent-ils ? Rapport entre sciences et monde</title>
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		<pubDate>Fri, 21 May 2010 07:16:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sujets]]></category>

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		<description><![CDATA[La question initiale est la suivante : les atomes existent-ils ? Sujet d&#8217;une conversation animée, hier, au travail, avec des passionnés de sciences, je ne pouvais pas manquer d&#8217;en faire un billet.
Au premier abord, il paraît aller de soi que les atomes existent, que l&#8217;on peut les observer, notamment avec des appareils tels que des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La question initiale est la suivante : <strong>les atomes existent-ils ?</strong> Sujet d&#8217;une conversation animée, hier, au travail, avec des passionnés de sciences, je ne pouvais pas manquer d&#8217;en faire un billet.</p>
<p style="text-align: justify;">Au premier abord, il paraît aller de soi que les atomes existent, que l&#8217;on peut les observer, notamment avec des appareils tels que des accélérateurs de particules. La question semble donc n&#8217;avoir que peu d&#8217;intérêt, voire pousser vers la légèreté intellectuelle ceux qui osent répondre par la négative à cette question.<span id="more-296"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Dès à présent, pourtant, je pose la thèse suivante : bien que correspondant nécessairement à des propriétés du &#8220;monde réel&#8221;, <strong>les atomes n&#8217;existent pas réellement, mais uniquement au sein d&#8217;un ensemble de théories scientifiques qui offrent un certain découpage du monde</strong>. Autrement dit, les atomes n&#8217;existent que comme objets, entités scientifiques et non comme objets indépendants de l&#8217;esprit humain (objet en soi), bien qu&#8217;ils reposent cependant sur une adéquation forte avec le &#8220;monde réel&#8221;.</p>
<p><strong>Une question peut en cacher une autre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">De nombreux problèmes philosophiques (et non scientifiques) se cachent finalement derrière cette question à la réponse en apparence évidente. Quel est, par exemple, le rapport entre les sciences et le monde ? Les sciences nous donnent-elles à voir le monde tel qu&#8217;il est ? La notion même de vérité entre en jeu : les sciences visent-elles la monstration du &#8220;monde réel&#8221;, &#8220;tel qu&#8217;il est&#8221; et, en ce sens bien particulier, la vérité (comme adéquation totale et objective au réel) ? Les sciences sont-elles le seul moyen ou, du moins, le moyen le plus adéquat pour accéder au monde tel qu&#8217;il, essentiellement ? D&#8217;autres questions, connexes, sont également en jeu : y-a-til un progrès des sciences. Et même, plus pertinemment : y-a-til un état final des sciences (qui correspondrait finalement à la connaissance totale et parfaite du monde &#8220;tel qu&#8217;il est vraiment&#8221;) ?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce billet se veut plus une base de discussion qu&#8217;un exposé théorique de ma thèse. Je me contenterai donc ici de poser les piliers fondamentaux de celle-ci, sans m&#8217;astreindre à la rigueur d&#8217;un exposé complet et finement argumenté.</p>
<p><strong>Et l&#8217;ether : n&#8217;a-t-il pas existé ? Quand le scientiste, voire réductionniste se découvre&#8230;</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a quelques temps déjà, on tenait pour assurée l&#8217;existence de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Éther_(physique)" target="_blank">l&#8217;éther</a>. La nature a horreur du vide : cette croyance, qui remonte à l&#8217;antiquité grecque, a habité la science jusqu&#8217;au XXème siècle. Pour des générations entières de scientifiques, l&#8217;éther existait et occupait une place centrale dans les théories scientifiques. L&#8217;éther était essentiel dans leur vision du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle est la différence entre l&#8217;existence de l&#8217;éther et l&#8217;existence de l&#8217;atome ? Pour un scientifique convaincu du progrès des sciences vers la vérité, elle est énorme : l&#8217;existence de l&#8217;éther est une croyance erronée qui a été remplacée par une croyance vraie, par un <em>savoir</em>. Nous savons désormais que l&#8217;éther était une illusion et que le monde est, <em>réellement,</em> en fait constitué d&#8217;atomes. L&#8217;atomisme est la seule vision vraie du monde. Dans 500 ans, les scientifiques auront amélioré les théories scientifiques, mais les atomes existeront encore.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous pouvons déjà noté ici une mégalomanie de ce type de scientifique : il pense que ce qu&#8217;il sait est &#8220;vrai&#8221;, contrairement à ce que l&#8217;on peut observer dans les stades antérieurs des sciences. Autrement dit, nous approchons du stade ultime des sciences, de leur état final : de leur accomplissement, compris comme accès à la &#8220;réalité telle qu&#8217;elle est&#8221;, après 2000 ans d&#8217;errance des scientifiques. Le scientifique moderne (selon ce type de scientifique) détiendrait presque la vérité. Attention ! Je ne réduis pas tous les scientifiques à ce &#8220;type de scientifique&#8221;. J&#8217;analyse ici l&#8217;archétype du scientifique comme <strong>scientiste</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Le <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Scientisme" target="_blank">scientisme</a> consiste, notamment, à postuler que seule les sciences dures peuvent accéder à la vérité (pas de vérité en dehors de celles-ci, par exemple en sciences sociales) et que l&#8217;accès au monde réel est porté par les sciences dures, et par elles seules. Il s&#8217;agit, <em>in fine</em>, d&#8217;une confiance totale dans les sciences dures qui nécessairement nous feront apparaître la vérité.</p>
<p style="text-align: justify;">Le <strong>réductionniste</strong> ne se tient d&#8217;ailleurs pas loin : tout pourrait être expliqué par les sciences dures, jusqu&#8217;à notre pensée et la psychologie humaine. Tout, finalement, ne se réduirait-il pas à des phénomènes physico-chimiques et des relations mathématiques ? Ce n&#8217;est qu&#8217;une question de temps : la science, un jour, expliquera tout. Et cette explication totale approche&#8230; La réalité se réduit à un objet de la physique et de la chimie, surplombées par les mathématiques. Connaître cet objet n&#8217;est qu&#8217;une question de temps. Même  si les progrès ne sont pas continus vers la connaissance totale et vraie de cet objet, il y a un progrès indéniable et nous accèderons bientôt à cette connaissance totale.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette vision, exposée de manière expéditive et surtout un peu caricaturale (quoique&#8230;), me semble erronée et véhiculer de nombreuses illusions séculaires.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Méthodologie ou ontologie : le coup du canard-lapin</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Postuler que le monde se réduit à des phénomènes physico-chimiques est une exigence méthodologique. Par principe, pour la science, il faut mettre de côté tout ce qui ne serait pas d&#8217;ordre physique ou chimique. C&#8217;est grâce à ce principe méthodologique que les sciences dures ont tant progressé.</p>
<p style="text-align: justify;">Que le monde &#8220;réel&#8221;, &#8220;tel qu&#8217;il est&#8221;, se réduise uniquement à des phénomènes physico-chimiques est par contre une thèse métaphysique (et non scientifique). Il ne faut en effet pas confondre méthode et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Ontologie_(philosophie)" target="_blank">ontologie</a>. La science ne prétend pas faire apparaître le monde tel qu&#8217;il est en soi : elle prétend expliquer les phénomènes et leurs relation au sein d&#8217;un système, si possible unifié, de théories construites. La science développe des <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Paradigme" target="_blank">paradigmes</a>. L&#8217;image célèbre du &#8220;canard-lapin&#8221; illustre parfaitement cela :</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="aligncenter" title="Canard-lapin" src="http://www.illusions-optique.fr/images/illusion-canard-lapin-320.jpg" alt="Canard-lapin, sciences et paradigme" width="320" height="216" /></p>
<p style="text-align: justify;">Certains voient dans cette image un canard, d&#8217;autres un lapin. De la même manière, deux paradigmes différents nous conduisent à avoir deux visions différentes du monde. Le passage d&#8217;un paradigme à l&#8217;autre se fait via l&#8217;apparition d&#8217;une &#8220;science révolutionnaire&#8221; (ou d&#8217;un état révolutionnaire de certaines théories) qui, petit à petit, va devenir la &#8220;science normale&#8221;, après adoption progressive par les scientifiques du nouveau paradigme. Ainsi progresse la science : par révolutions et modification des modèles qui sont autant de visions du monde. Mais le monde en soi n&#8217;est ni canard, ni lapin&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le risque du relativisme et du subjectivisme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le risque de cette position est alors de tomber dans le <strong><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Relativisme" target="_blank">relativisme</a></strong>. Puisque la science ne progresse pas vers la monstration du monde tel qu&#8217;il est mais vers des modèles qui nous permettent d&#8217;expliquer le monde et les relations entre les phénomènes au sein d&#8217;un système donné de théories, ainsi que d&#8217;agir sur le monde (précision de ma thèse), il devient indifférent de choisir tel paradigme plutôt que tel autre ?</p>
<p style="text-align: justify;">Personnellement, je pense qu&#8217;il y a un progrès des sciences. L&#8217;état actuel des sciences est meilleur qu&#8217;à l&#8217;époque d&#8217;Aristote. Nos paradigmes actuels permettent de résoudre de très nombreux problèmes et de proposer un système particulièrement cohérent du monde (dans ses grandes lignes). Mais je reste persuadé que nos connaissances ne sont qu&#8217;une grille de perception que notre cerveau nous propose pour appréhender le monde, un intermédiaire, une médiation. Les théories scientifiques ne sont, je le répète, qu&#8217;un intermédiaire. Jamais elles ne nous feront accéder à &#8220;l&#8217;essence du monde&#8221;, à ce qu&#8217;il est &#8220;réellement&#8221;. Est-ce que la cause et l&#8217;effet existent ? Est-ce que les atomes existent ? Est-ce que la nature est réellement écrite en langage mathématique ? Je ne le pense pas. Par contre, il est indéniable que nous la saisissons grâce à cela et que nous avons réussi par ce moyen à maîtriser notre environnement et à développer les technosciences.</p>
<p style="text-align: justify;">Surtout, il faut nécessairement admettre que les objets scientifiques reposent bel et bien sur une certaine adéquation avec les données du monde. Si les sciences ont adopté l&#8217;atomisme, c&#8217;est bien parce que dans le monde, il y a quelque chose que nous pouvons ainsi &#8220;découper&#8221;. Mais le monde en lui-même n&#8217;est pas découpé : c&#8217;est toujours la science qui opère le découpage. Un autre découpage reste possible dans un autre ensemble de théories. Mais il est indéniable que les découpages ne sont pas tous équivalents. &#8220;L&#8217;existence&#8221; de l&#8217;atome a plus de raisons d&#8217;être défendu que &#8220;l&#8217;existence&#8221; de l&#8217;éther. Mais on ne parle ici que d&#8217;existence méthodologique et non ontologique.</p>
<p style="text-align: justify;">En défendant, comme je l&#8217;ai fait à l&#8217;instant, que les découpages correspondent bien à des données du monde, j&#8217;évite par la même occasion la casquette d&#8217;idéaliste. Pour rappel, l&#8217;idéaliste peut par exemple postuler que le monde n&#8217;est en fait qu&#8217;une représentation de l&#8217;esprit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Oui, les atomes existent, en tant qu&#8217;objet scientifique. Méthodologiquement, postuler que le monde doit être conçu sur des bases atomistes est pour l&#8217;instant le meilleur choix scientifique. Aucune théorie révolutionnaire n&#8217;incite à bouleverser cette vision du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Non, il n&#8217;est pas correct, scientifiquement, de dire que les atomes existent réellement et que le monde se réduit à des atomes et des relations entre les atomes. Cela demeure une croyance de type métaphysique. Le réductionnisme est ou bien méthodologique, ou bien métaphysique.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me suis interdit de citer des philosophes dans cet article afin de ne pas me voir reprocher d&#8217;obscurcir le débat pour les non philosophes. Pour ceux que cela intéresse, je livre néanmoins mes inspirations : Kant, Kuhn, Aristote, Wittgenstein, Démocrite, Cassirer, Chalmers, Bachelard, Nietzsche&#8230; et bien d&#8217;autres. Encore une fois, je me suis limité à un exposé rapide, simpliste même, pour que le sujet reste ouvert à la discussion.</p>
<p style="text-align: justify;">En dernière analyse, on peut se demander si &#8220;le monde en soi&#8221; existe&#8230; Mais là, on entre dans une réflexion encore plus complexe.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Ernst Cassirer et le concept de forme symbolique</title>
		<link>http://djaphil.fr/textes/ernst-cassirer-et-le-concept-de-forme-symbolique-275</link>
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		<pubDate>Sun, 25 Apr 2010 10:53:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes]]></category>
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		<description><![CDATA[Ernst Cassirer est un philosophe allemand néokantien de la fin XIXème &#8211; début XXème. Son apport majeur à la philosophie réside dans le concept de &#8220;forme symbolique&#8221;. Le concept de forme symbolique (in Trois essais sur le symbolique) constitue une excellente introduction à son système philosophique. Il s&#8217;agit pour Cassirer d&#8217;interroger notamment le rapport entre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Ernst Cassirer est un philosophe allemand néokantien de la fin XIXème &#8211; début XXème. Son apport majeur à la philosophie réside dans le concept de &#8220;forme symbolique&#8221;. <em>Le concept de forme symbolique</em> (in <span style="text-decoration: underline;">Trois essais sur le symbolique</span>) constitue une excellente introduction à son système philosophique. Il s&#8217;agit pour Cassirer d&#8217;interroger notamment le rapport entre l&#8217;esprit et le monde, la relation intime qui relie les deux. Ce rapport, pour Cassirer, prend la forme du symbole, quel que soit le domaine spirituel interrogé : religion, art, sciences, métaphysique&#8230; Autrement dit, l&#8217;esprit élabore des symboles pour appréhender le monde.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><span id="more-275"></span>La forme symbolique comme invariant des activités spirituelles</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque l&#8217;on s&#8217;interroge sur la vie de l&#8217;esprit, nous n&#8217;avons pas à faire qu&#8217;à du mouvant, du temporel, à une forme temporelle : &#8220;<em>quelque chose d&#8217;autre, de durable, portant en lui figure et permanence, doit se réfléchir sur l&#8217;arrière-plan mouvant de l&#8217;événement</em>&#8220;. Quel est donc cet &#8220;invariant&#8221; que l&#8217;on retrouve dans toute activité de l&#8217;esprit ? Quel que soit l&#8217;objet animant l&#8217;esprit, une unité se dégage : &#8220;<em>l&#8217;unité d&#8217;un domaine spirituel ne peut être ni définie ni sauvegardée à partir de l&#8217;objet, mais uniquement à partir de la fonction sur laquelle elle repose. Si l&#8217;on suit plus avant les directions que prend chacun des domaines particuliers de recherche, on se rend compte de plus en plus clairement qu&#8217;elles nous proposent un problème général : celui d&#8217;une systématique générale des formes symbolique</em><em>s</em>&#8220;. L&#8217;unité de toute activité spirituelle réside donc, selon Ernst Cassirer, dans la production de formes symboliques. La fonction unifiante de l&#8217;esprit réside dans la forme symbolique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Les formes symboliques, intermédiaires entre l&#8217;homme et le monde</strong></p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption alignright" style="width: 218px"><img class=" " style="margin-left: 5px; margin-right: 5px;" title="Cassirer et le concept de formes symboliques" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/eb/ErnstCassirer.jpg" alt="" width="208" height="265" /><p class="wp-caption-text">Cassirer - Le concept de formes symboliques</p></div>
<p style="text-align: justify;">Cassirer définit ce concept de la manière la plus générale possible comme &#8220;<em>l&#8217;expression, par des &#8220;signes&#8221; et des &#8220;images&#8221; sensibles, de quelque chose de spirituel ; il s&#8217;agit de savoir si cette forme d&#8217;expression, en dépit de toute la variété de ses emplois possibles, repose sur un principe qui la caractérise comme un procédé fondamental, unitaire et en soi cohérent</em>&#8220;. La mise en forme symbolique est une énergie de l&#8217;esprit : ce dernier accole une signification spirituelle à un signe sensible. Nous ne nous contentons pas de recevoir des impressions par nos sens : &#8220;<em>un monde de signes et d&#8217;images qui se sont créés d&#8217;eux-mêmes s&#8217;avance au devant de ce que nous appelons la réalité objective des choses et s&#8217;affirme contre elle dans sa plénitude autonome et sa force originelle</em>&#8220;. Autrement dit, l&#8217;homme n&#8217;est pas en contact direct avec le monde : le symbole lui sert d&#8217;interface dans ce rapport à ce dernier. Les symboles sont donc une médiation nécessaire, la seule possible, entre l&#8217;homme et le monde. La conscience est un flux incessant, se déroule dans le temps, mais en même temps, elle produit de la stabilité grâce aux formes symboliques. C&#8217;est là, remarque Cassirer, un étrange rapport antinomique. Dans son rapport aux choses, l&#8217;esprit génère des signes, des symboles : &#8220;<em>L&#8217;image cesse ainsi d&#8217;être quelque chose qui est simplement reçu de l&#8217;extérieur et devient quelque chose de figuré depuis l&#8217;intérieur dans lequel règne un principe fondamental de création libre</em>&#8220;. Dans le langage, le mythe, l&#8217;art, c&#8217;est ce travail qui est à l&#8217;oeuvre : on part de l&#8217;intuition sensible mais en lui donnant forme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Trois niveaux de construction des formes symboliques</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans un premier temps, &#8220;<em>le signe commence toujours par coller le plus possible au signifié, par l&#8217;absorber pour ainsi dire en lui pour le restituer le plus précisément et complètement possible. Ainsi, plus nous remontons dans le langage, et plus il semble s&#8217;enrichir d&#8217;harmonies imitatives et de métaphores phoniques</em>&#8220;. Signifiant et signifié sont donc tout d&#8217;abord très proche : la distance entre les deux est minime. On remarque par exemple, dans l&#8217;étude des &#8220;peuples primitifs&#8221;, la pure transcription des impressions reçues en sons. On a ainsi plus de trente images sonores pour exprimer le fait de marcher, selon des nuances, des modalités différentes dans la langue éwé. Il y a ainsi un mimétisme très fort entre impression et première forme de langage. A ce premier niveau, le son est encore directement confondu avec les éléments de l&#8217;intuition sensible. On pourrait nommer ce stade le s<strong>tade imitatif, onomatopéïque (concernant le langage), ou encore mimétique.</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un pas est ensuite franchi pour affranchir le signe de l&#8217;intuition sensible : on passe alors au <strong>stade analogique</strong>. &#8220;<em>Ce n&#8217;est plus tout simplement la &#8220;chose&#8221; mais l&#8217;impression que l&#8217;on en a, médiatisée par la subjectivité, ou bien c&#8217;est une forme de l&#8217;activité du sujet qui est censée trouver sa description et une certaine &#8220;correspondance&#8221; dans le son</em>&#8220;. Un changement de ton dans la voix peut alors par exemple exprimer une négation. Deux syllabes identiques peuvent exprimer suivant un ton différent une chose, un processus, un nom ou un verbe. Bref, dans ce stade, l&#8217;esprit commence à composer au coeur même de la signification et à s&#8217;abstraire de la &#8220;chose&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Au niveau le plus élevé de la construction des formes symboliques, l&#8217;esprit renonce totalement à l&#8217;imitation entre signe et sensation : &#8220;<em>la fonction de signification accède à l&#8217;autonomie pure. Moins la forme linguistique aspire encore à offrir une copie, fût-elle directe ou indirecte, du monde des objets, moins elle s&#8217;identifie avec l&#8217;être de ce monde et mieux elle accède à son rôle et son sens propre</em>&#8220;. C&#8217;est désormais le <strong>stade de l&#8217;expression symbolique</strong>. Cette expression symbolique, écartant toute analogie avec l&#8217;objet, acquiert grâce à cette distanciation et à cette renonciation un nouveau contenu spirituel.</p>
<p style="text-align: justify;">Cassirer analyse alors les grands domaines de l&#8217;esprit pour illustrer sa théorie ainsi formulée : mythe, religion, esthétique, connaissance&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;esthétique et le cheminement de l&#8217;imitation au style</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On retrouve par exemple dans l&#8217;esthétique ce cheminement, même si l&#8217;art n&#8217;apparaît réellement que lorsque l&#8217;artiste rompt avec les pures sensations. Cassirer s&#8217;appuie notamment sur Goethe, qui distinguait <strong>la simple imitation de la nature, la manière et le style</strong>. Au départ, l&#8217;artiste s&#8217;efforce de représenter ce qu&#8217;il a sous les yeux (stade imitatif). Ensuite, l&#8217;artiste développe une &#8220;manière&#8221; : l&#8217;esprit de l&#8217;artiste s&#8217;exprime davantage que les pures sensations qu&#8217;il retranscrit. Enfin, l&#8217;artiste peut peindre avec &#8220;style&#8221; et exprimer au plus haut niveau sa subjectivité, grâce au symbolisme artistique&#8221;. Le style est &#8220;<em>l&#8217;expression la plus haute de l&#8217;objectivité ; mais il ne s&#8217;agit plus de la simple objectivité de l&#8217;être-là mais de l&#8217;objectivité de l&#8217;esprit artistique, et ce qui s&#8217;exprime en lui ce n&#8217;est pas la nature de l&#8217;image mais celle du processus de création, à la fois libre et soumis à une loi</em>&#8220;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La connaissance : vers le pur symbolisme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au départ, la connaissance, comme perception, commence à s&#8217;orienter vers la &#8220;chose&#8221;, le &#8220;réel&#8221;. Dans la philosophie sensualiste, les images (eidola) servent ainsi de lien entre objet et sujet : ce sont des particules matérielles qui quittent les choses pour pénétrer dans la conscience. Voir par exemple à ce sujet la théorie de la vision développée par Aristote ou encore Epicure. On retrouve donc ici le stade imitatif du signe, au niveau de la connaissance. Il faudra attendre l&#8217;idéalisme moderne pour rompre avec cette théorie de la connaissance, notamment avec Descartes et Kant. Pour ce dernier, par exemple, il n&#8217;est pas possible pour l&#8217;homme de connaître &#8220;la chose en soi&#8221; (<em>noumène</em>, par opposition au<em> phénomène</em>). La connaissance se recentre donc sur elle-même et rompt avec le pur sensualisme. En physique, par exemple, l&#8217;exigence que nous avons des concepts &#8220;<em>n&#8217;est pas qu&#8217;ils copient un être-là unique et décelable par les sens, mais qu&#8217;ils demeurent réciproquement connectés de telle manière que, grâce à cette interconnexion, grâce aux séquences d&#8217;images nécessairement inhérentes à la pensée, nous puissions ordonner systématiquement et maîtriser la totalité de notre expérience</em>&#8220;. Il suffit pour s&#8217;en convaincre de voir à quelle point nous ne pouvons plus nous représenter le monde tel que les sciences nous le décrivent. Par exemple : le big bang et l&#8217;expansion de l&#8217;univers. Comme Bachelard le défend par ailleurs, l&#8217;expérience n&#8217;est-elle pas le premier obstacle des sciences ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le symbole, irréductible médiation entre l&#8217;homme et le monde ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons pu voir que l&#8217;homme, dans toute activité de l&#8217;esprit, élabore des symboles pour appréhender le monde. Dès lors, sommes nous condamnés à cette médiation ou pouvons néanmoins accéder au monde purement objectif ? Autrement dit, le symbole n&#8217;est-il pas finalement un obstacle, entre l&#8217;homme et l&#8217;objet, qu&#8217;il pourrait être tentant de dépasser afin d&#8217;accéder au monde lui-même, sans la médiation symbolique ? &#8220;<em>Ne doit-on pas se demander s&#8217;il ne serait pas possible de franchir cette barrière pour parvenir enfin à l&#8217;Être véritable, essentiel, voilé ?</em>&#8220;. La pure contemplation ne permet-elle pas par exemple à l&#8217;homme de saisir directement le monde ? C&#8217;est par exemple ici la question de l&#8217;intuition intellectuelle qui est posée. Si Bergson défend l&#8217;existence de ce type d&#8217;intuition, pour Cassirer, au contraire, il n&#8217;en est rien : &#8220;<em>Même si l&#8217;on parvenait vraiment à écarter tout le caractère médiat de l&#8217;expression langagière et toutes les conditions que celui-ci nous impose, le royaume de l&#8217;intuition pure, l&#8217;indicible plénitude de la vie ne viendraient pas d&#8217;eux-mêmes à notre rencontre, mais c&#8217;est de nouveau uniquement l&#8217;étroitesse et la touffeur de la conscience sensible qui nous enserrerait [...]. Notre analyse a cherché à montrer dans sa démarche que derrière chaque ensemble précis de symboles et de signes, qu&#8217;il s&#8217;agisse de signes linguistiques, mythiques, artistiques ou intellectuels, il y a toujours en même temps certaines énergies de mise en images. Se dépouiller du signe, non seulement dans l&#8217;une ou l&#8217;autre, mais dans toutes ses formes, signifierait du même coup la destruction de ces énergies</em>&#8220;.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n&#8217;est donc pas possible, pour l&#8217;homme, de s&#8217;affranchir du symbole. celui-ci est en dernière analyse la définition même de la vie de l&#8217;esprit et de l&#8217;homme : <strong>l&#8217;homme est un animal symbolique, qui crée des symboles et dont l&#8217;essence est de s&#8217;affranchir de la pure sensation</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne la philosophie et la métaphysique, &#8220;<em>la vie en elle-même ne peut jamais constituer le but ou la nostalgie de la contemplation avant toute mise en forme et en dehors d&#8217;elle ; mais pour elle, la vie et la forme constituent une unité indissoluble. Car c&#8217;est d&#8217;abord par la forme et sa médiation que l&#8217;immédiateté de la vie prend la forme de l&#8217;esprit</em>&#8220;. On l&#8217;aura compris : nul accès au monde sans formes symboliques. En philosophie, seul le concept nous permet de structurer le réel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusions personnelles</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette vision de l&#8217;activité de l&#8217;esprit est particulièrement enrichissante. Chaque domaine de l&#8217;esprit devient ainsi une sorte d&#8217;in-formation du réel. Par les signes et les symboles, l&#8217;homme construit son monde. Bien évidemment, le &#8220;monde réel&#8221; conditionne en grande partie le symbolisme. Mais Cassirer insiste sur ce point : l&#8217;énergie de mise en images de l&#8217;homme, l&#8217;énergie du symbole est avant tout une activité libre et autonome. Art, philosophie, sciences : autant de perspectives sur le monde, basées sur un découpage symbolique différent. Les différents systèmes symboliques nous en apprennent très certainement plus sur nous-mêmes que sur le monde en soi, que sur le monde purement objectif. Dans tous les cas, il faut accepter que ce dernier nous est à jamais inaccessible : car l&#8217;homme ne peut pas saisir les choses et le monde autrement que par ses constructions symboliques. En cela, Cassirer est bien un descendant de Kant. Ce serait une illusion que de croire que la connaissance a pour but de nous représenter le plus fidèlement le monde et que le but des sciences dures, par exemple, est de représenter le plus objectivement la réalité : les symboles scientifiques ne sont qu&#8217;une médiation (parmi d&#8217;autres) pour appréhender le réel. Si l&#8217;on comprend la vérité comme l&#8217;adéquation entre la théorie et le &#8220;monde en soi&#8221;, elle est tout simplement inexistante. Il faudrait sinon postuler l&#8217;existence de l&#8217;intuition intellectuelle pour combler le fossé entre l&#8217;esprit et le monde.</p>
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		<title>Hans Jonas : la responsabilité et l&#8217;utopie technologique au format PDF</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Apr 2010 09:46:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Prévue depuis de nombreuses années, la mise à disposition de la version électronique de mon mémoire consacré à l&#8217;oeuvre majeure de Hans JONAS (Le principe Responsabilité) a enfin trouvé la rencontre de ma volonté et de mon temps libre ! Un lien est désormais présent sur chaque billet consacré à mon mémoire, ainsi que sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Prévue depuis de nombreuses années, la mise à disposition de la version électronique de mon mémoire consacré à l&#8217;oeuvre majeure de Hans JONAS (Le principe Responsabilité) a enfin trouvé la rencontre de ma volonté et de mon temps libre ! Un lien est désormais présent sur chaque billet consacré à mon mémoire, ainsi que sur la présente page. N&#8217;hésitez pas à me contacter si des points ne sont pas clairs ou pour m&#8217;adresser vos critiques, négatives voire positives.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-263"></span>Par la même occasion, j&#8217;en ai profité pour améliorer la navigation au sein de la version online de ce mémoire en insérant systématiquement les liens vers les différentes parties de ma réflexion.</p>
<h2>Plan de l’étude de Hans Jonas * :</h2>
<div id="plan">
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/memoire-consacre-a-hans-jonas-introduction-17" target="_blank">Intro</a></li>
<li>I- Les fondements biologiques de l’éthique de la responsabilité
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-i-les-fondements-bilogiques-de-lethique-de-la-responsabilite-biologie-et-mecanisme-19" target="_blank">A- Biologie et mécanisme</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-les-fondements-biologiques-de-lethique-de-la-responsabilite-critique-du-dualisme-cartesien-24" target="_blank">B- La critique du dualisme d’origine cartésienne</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-les-fondements-biologiques-de-lethique-de-la-responsabilite-monisme-et-specificite-humaine-28" target="_blank">C- Monisme et spécificité humaine</a></li>
</ul>
</li>
<li>II- La responsabilité envers les générations futures
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-humanite-et-valeur-33" target="_blank">A- Humanité et valeur</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-le-sentiment-de-responsabilite-35" target="_blank">B- Le sentiment de responsabilité</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-la-responsabilite-envers-les-generations-futures-la-realite-de-la-menace-technologique-37" target="_blank">C- La réalité de la menace technologique</a></li>
</ul>
</li>
<li>III- Générations futures et populations actuellement damnées
<ul>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-les-damnes-de-la-terre-et-lutopie-technologique-39" target="_blank">A- Les damnés de la terre et l’utopie technologique</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-les-raisons-de-notre-irresponsabilites-41" target="_blank">B- Les raisons de notre irresponsabilité</a></li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-generations-futures-et-populations-actuellement-damnees-des-solutions-pratiques-pour-developper-notre-responsabilite-44" target="_blank">C- Des solutions pratiques pour développer notre responsabilité</a></li>
</ul>
</li>
<li><a href="http://djaphil.fr/hans-jonas/hans-jonas-et-lethique-de-la-responsabilite-conclusion-46">Conclusion</a></li>
</ul>
<div>* Cliquer sur l&#8217;un des liens pour accéder au chapitre correspondant.</div>
</div>
<div>
<p>Voici la version PDF de mon mémoire :</p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 250px"><a href="http://djaphil.fr/Hans-Jonas-Responsabilite-et-utopie.pdf" target="_blank"><img class="  " title="Mémoire consacré à Hans Jonas : responsabilité et utopie technologique" src="http://djaphil.fr/pdf.jpg" alt="Mémoire consacré à Hans Jonas : responsabilité et utopie technologique" width="240" height="240" /></a><p class="wp-caption-text">Mémoire consacré à Hans JONAS : Responsabilité et utopie technologique</p></div>
</div>
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		</item>
		<item>
		<title>Lecture &#8211; Les enfants sauvages de Lucien MALSON</title>
		<link>http://djaphil.fr/textes/lecture-les-enfants-sauvages-de-lucien-malson-186</link>
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		<pubDate>Tue, 13 Apr 2010 18:45:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes]]></category>
		<category><![CDATA[définition de l'homme]]></category>
		<category><![CDATA[devenir homme]]></category>
		<category><![CDATA[éducation et nature humaine]]></category>
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		<category><![CDATA[enfants sauvages]]></category>
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		<category><![CDATA[état de nature]]></category>
		<category><![CDATA[jumeaux et philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[la part de nature en l'homme]]></category>
		<category><![CDATA[nature et culture]]></category>
		<category><![CDATA[nature humaine]]></category>
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		<category><![CDATA[sociologie des génies]]></category>

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		<description><![CDATA[S&#8217;il est un livre philosophique qui nous en apprend beaucoup sur la &#8220;nature humaine&#8221; et qui fait voler en éclat nombre de préjugés, c&#8217;est bien ce livre : Les enfants sauvages. Pour aller droit au but, ce livre pose parfaitement la question de la distinction entre nature et culture, entre l&#8217;inné et l&#8217;acquis en l&#8217;homme. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">S&#8217;il est un livre philosophique qui nous en apprend beaucoup sur la &#8220;nature humaine&#8221; et qui fait voler en éclat nombre de préjugés, c&#8217;est bien ce livre : <strong>Les enfants sauvages</strong>. Pour aller droit au but, ce livre pose parfaitement la question de la distinction entre nature et culture, entre l&#8217;inné et l&#8217;acquis en l&#8217;homme. Beaucoup y apprendront que l&#8217;humanité est davantage un processus d&#8217;acquisition que de l&#8217;ordre de l&#8217;innéité. Plus largement, il permettra même de se demander s&#8217;il existe une &#8220;nature humaine&#8221;, cette dernière se réduisant comme peau de chagrin à la lumière des analyses de Lucien MALSON. A moins de changer le sens de l&#8217;expression &#8220;nature humaine&#8221; auquel on pense spontanément et de déplacer ce concept vers celui de culture : en l&#8217;homme, nature et culture sont intimement liées.</p>
<p><span id="more-186"></span></p>
<h2><strong>Les enfants sauvages : plan</strong></h2>
<p>En ce qui concerne la construction de l&#8217;ouvrage, voici le découpage adopté par l&#8217;auteur :</p>
<ul>
<li>une rapide introduction de quelques pages qui annonce l&#8217;idée essentielle : il n&#8217;y a pas de nature humaine</li>
<li>chapitre 1 (&#8220;l&#8217;hérédité de l&#8217;individu et l&#8217;hérédité de l&#8217;espèce&#8221;) : il n&#8217;y a qu&#8217;une hérédité biologique, et non psychologique ; le développement psychologique de l&#8217;homme dépend de son inscription en société (acquis)</li>
<li>chapitre 2 (&#8220;Les compositions légendaires et les relations historiques&#8221;) : les cas historiques d&#8217;isolement et les débats concernant leur sens</li>
<li>chapitre 3 (&#8220;Les trois espèces d&#8217;homines feri et leurs plus célèbres exemples&#8221;) : présentation et analyse des trois cas d&#8217;isolement que Lucien MALSON interroge</li>
</ul>
<div class="wp-caption alignnone" style="width: 150px"><img style="margin-left: 20px; margin-right: 20px;" title="Les enfants sauvages de Lucien Malson - analyse philosophique " src="http://recuerdo2.canalblog.com/images/1018_29058.jpg" alt="Les enfants sauvages de Lucien Malson - analyse philosophique " width="140" height="239" /><p class="wp-caption-text">Les enfants sauvages de Lucien Malson</p></div>
<p><span style="font-size: 20px; font-weight: 800;">Introduction</span></p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;<em>C&#8217;est une idée désormais conquise que l&#8217;homme n&#8217;a point de nature mais qu&#8217;il a &#8211; ou plutôt qu&#8217;il est &#8211; une histoire</em>&#8220;. MALSON part donc d&#8217;un constat. Cette thèse existentialiste est-elle une évidence pour tout un chacun ? Rien n&#8217;est moins sûr. Combien pensent encore que l&#8217;homme naît avec une grande part de facultés déjà constituées ? S&#8217;il défend l&#8217;évidence de cette thèse, MALSON va néanmoins assoir cette thèse sur l&#8217;analyse des &#8220;enfants sauvages&#8221;, c&#8217;est-à-dire d&#8217;enfants qui se sont retrouvés à l&#8217;état sauvage très jeunes, avant même d&#8217;avoir appris au sein de la société des hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;humanité est conçue par MALSON comme une &#8220;<em>structure de possibilités, voire de probabilités qui ne peut passer à l&#8217;être sans contexte social, quel qu&#8217;il soit</em>&#8220;. Autrement dit, l&#8217;homme est un animal politique (Aristote). En dehors de la cité, l&#8217;homme n&#8217;est plus vraiment homme, en dehors de la cité, l&#8217;homme reste un animal. L&#8217;hérédité n&#8217;est pas d&#8217;ordre psychologique : les caractéristiques et compétences psychologiques se transmettent grâce à l&#8217;éducation. MALSON distingue d&#8217;ailleurs ici l&#8217;hérédité (physique, biologique) et l&#8217;héritage (psychologique) : &#8220;<em>La nature, en l&#8217;homme, c&#8217;est ce qui tient à l&#8217;hérédité, le culturel c&#8217;est ce qui tient à l&#8217;héritage</em>&#8220;. Bref, pas d&#8217;hérédité psychologique, ni au niveau de l&#8217;individu, ni au niveau de l&#8217;espèce : on ne nait pas homme, on le devient.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2><strong>Chapitre 1 : l&#8217;hérédité de l&#8217;individu et l&#8217;hérédité de l&#8217;espèce</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">MALSON commence dans ce premier chapitre par examiner la notion d&#8217;hérédité au niveau de l&#8217;individu. Sa thèse, encore une fois, est qu&#8217;il n&#8217;existe pas d&#8217;hérédité psychologique en l&#8217;homme pris comme individu. Les idées, la morale, les croyances ne se transmettent pas spontanément entre parents et enfants. On ne nait pas intelligent ou idiot, ni croyant ou athée, ni bon ou mauvais : ces qualités relèvent de la culture, de l&#8217;éducation. La seule transmission spontanée est d&#8217;ordre biologique : je nais blond ou brun, petit ou grand, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">La <strong>sociologie des familles</strong> (étude des familles de génies ou d&#8217;arriérés) pourrait laisser penser qu&#8217;il y a pourtant une transmission à l&#8217;enfant des dispositions spirituelles, du &#8220;génie&#8221; ou, à l&#8217;inverse, des déficiences (hors maladies). La famille de Bach, par exemple, est composée de près de 50 musiciens sur 8 générations. N&#8217;est-ce pas là la preuve d&#8217;une transmission héréditaire du génie musical et donc de compétences intellectuelles ? A l&#8217;inverse, on retrouve des familles composées historiquement d&#8217;un très grand nombre de clochards et d&#8217;alcooliques. Ne peut-on pas en déduire la même chose que dans le cas de la famille Bach ? MALSON défend que dans les deux cas, cette &#8220;hérédité&#8221; est en fait un &#8220;héritage&#8221;, c&#8217;est-à-dire que cette transmission dépend du milieu et de l&#8217;éducation. On pourra à ce sujet se tourner vers des auteurs tels que DURKHEIM ou BOURDIEU pour en apprendre davantage sur la dimension sociologique de l&#8217;éducation et du développement des qualités intellectuelles. Si on place un enfant de mère &#8220;débile&#8221; dans une famille au milieu culturel élevé, l&#8217;enfant aura un QI dans la moyenne. Les affects et les connaissances sont donc bel et bien fonction du milieu et de l&#8217;éducation, et non d&#8217;une base biologique (encore une fois : hors maladies).</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;autre part, <strong>l&#8217;étude de la gémélité </strong>(les cas de jumeaux) pourrait faire penser que la ressemblance au niveau psychique des jumeaux proviendrait d&#8217;une hérédité commune. Mais la ressemblance, encore une fois, est liée au milieu familiale et à l&#8217;éducation reçue : &#8220;<em>L&#8217;entourage a tendance à traiter de la même manière ceux qui s&#8217;offrent au regard dans une indifférenciation objective</em>&#8220;. Surtout, chaque enfant, même dans le cas des jumeaux,  a foncièrement une personnalité unique et originale. Dans le cas des familles de génies comme dans le cas des jumeaux, nous n&#8217;avons pas à faire à une hérédité mais bien à une transmission culturelle. A la limité, l&#8217;hérédité s&#8217;arrête à l&#8217;air de famille (physique) que peuvent partager les enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">MALSON a donc défendu dans ces deux cas qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;hérédité psychologique au niveau de l&#8217;individu humain. Il reste à voir si au niveau de l&#8217;espèce humaine, on ne peut pas retrouver néanmoins une hérédité des principales caractéristiques intellectuelles et affectives de l&#8217;être humain. Sans cela, il faudrait renoncer à la notion de nature humaine au sens où on l&#8217;entend habituellement.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Pour MALSON, c&#8217;est de son milieu social que l&#8217;homme reçoit le sens moral et une certaine manière de concevoir le monde, de penser et de ressentir des affects. &#8220;<em>Les peuples ont développé un &#8220;style de vie&#8221; que chaque individu, en eux, tient &#8211; non sans réagir, du reste &#8211; pour un prototype</em>&#8220;. Mais cette conception est purement subjective, et non objective. On s&#8217;aperçoit d&#8217;ailleurs, argument avancé par MALSON, que les peuples qui migrent changent de comportements.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, les phases de développement de l&#8217;enfant (conceptualisées par exemple par Freud : Oedipe, stade anal, etc.) ne sont pas universelles. On se rend compte en étudiant les peuples &#8220;primitifs&#8221; (terme abominable s&#8217;il en est !) que certaines phases de développements que l&#8217;on croyait inscrites profondément en l&#8217;homme ne sont que des caractéristiques relatives à telle ou telle culture, à tel ou tel mode de vie. Par exemple, MALSON rapporte que l&#8217;Oedipe n&#8217;existe pas dans les îles d&#8217;Alor.</p>
<p style="text-align: justify;">En conclusion, il n&#8217;y a pas de &#8220;nature humaine&#8221; au sens de l&#8217;innéité. L&#8217;homme ne doit rien à l&#8217;inné et doit intégralement se construire, grâce à son milieu et son éducation, bref : c&#8217;est la société humaine qui crée l&#8217;être humain. Sans appartenance sociale initiale, l&#8217;homme n&#8217;est qu&#8217;un animal.</p>
<p style="text-align: justify;">N&#8217;y-a-t-il alors aucune différence en l&#8217;homme et le reste du règne animal ? MALSON nuance son propos en précisant qu&#8217; &#8220;<em>il demeure que l&#8217;homme, en société, actualise des possibilités qui le différencient sans conteste de l&#8217;animal supérieur</em>&#8220;. Par exemple, en dehors de la société, l&#8217;homme est incapable de parler. Pourtant, seul l&#8217;homme pourra parler au sein du règne animal, après une phase d&#8217;éducation. L&#8217;homme présente donc un certain nombre de possibilités, de puissances (au sens aristotélicien) que la société permettra d&#8217;&#8221;actualiser&#8221; (idem).</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">La &#8220;nature humaine&#8221; est donc construite, socialement déterminée. MALSON indique ce qu&#8217;il considère comme les caractéristiques de la nature humaine.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le plan de l&#8217;intelligence, il suit KÖHLER en définissant l&#8217;homme par :</p>
<ul>
<li>la liberté dans l&#8217;espace (l&#8217;homme, pour manger, peut par exemple enlever un obstacle) et dans le temps (l&#8217;homme peut partir à la chasse avec un bambou sur l&#8217;épaule)</li>
<li>la pensée de la pure chose : l&#8217;homme peut donner plusieurs sens à une même chose, et donc séparer la chose de ses sens possible</li>
<li>la capacité combinatoire (ex : construction d&#8217;un pont avec planches et caisses)</li>
</ul>
<p>Ces caractéristiques que MALSON tient pour proprement humaines peuvent néanmoins ici être largement critiquées, notamment en s&#8217;appuyant sur les plus récentes études des grands mammifères&#8230;</p>
<p>Sur le plan de l&#8217;affectivité, MALSON s&#8217;appuie sur LEVI-STRAUSS :</p>
<ul>
<li>l&#8217;exigences de règles (coutumes et rites)</li>
<li>le voeu de réciprocité (égalité)</li>
<li>le mouvement oblatif (le don)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">De la même manière, la spécificité humaine de ces trois caractéristiques est critiquable.</p>
<p style="text-align: justify;">Quoi qu&#8217;il en soit, MALSON a défendu que la nature humaine est une construction, le fruit d&#8217;un processus d&#8217;apprentissage et d&#8217;une inscription dans un milieu socio-culturel et qu&#8217;aucune caractéristique psychologique est héréditairement transmise, que ce soit au niveau de l&#8217;individu ou au niveau de l&#8217;espèce. A la question &#8220;qu&#8217;est-ce que l&#8217;homme ?&#8221;, MALSON répond donc : un être déterminé et constitué au travers de sa relation à autrui au sein de la société. C&#8217;est l&#8217;autre qui me fait advenir, exister, sortir de mon animalité : d&#8217;abord ma famille, puis mes amis, puis la société dans son ensemble me conduisent à m&#8217;humaniser.</p>
<p style="text-align: justify;">
<h2><strong>Chapitre 2 : Les compositions légendaires et les relations historiques</strong></h2>
<p style="text-align: justify;">MALSON rappelle alors les grands cas historiques d&#8217;isolement. Rappelons que Lucien MALSON va analyser par la suite trois grands cas d&#8217;isolement et qu&#8217;il va s&#8217;appuyer sur cette étude pour défendre l&#8217;idée que l&#8217;homme, par nature, est bien peu de chose, la &#8220;nature humaine&#8221; devant tout à l&#8217;éducation et aux stimulations de son milieu social.</p>
<p style="text-align: justify;">Romulus et Rémus, enfants recueillis par une louve, et qui fonderont Rome sont l&#8217;exemple (fictif) le plus connu des enfants sauvages, élevés par un animal, en dehors de la société humaine. L&#8217;enfant-loup de la Hesse (cité par ROUSSEAU dans <span style="text-decoration: underline;">Le Discours sur l&#8217;origine&#8230;</span>), surnommé ainsi car recueilli par un loup, est également fameux (enfant découvert en 1344). De nombreux cas en Inde ont été rapportés. MALSON analysera d&#8217;ailleurs un exemple localisé en Inde (Amala et Kamala, découvert à Midnapore en 1920).</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Quels sont les caractéristiques de l&#8217;homo ferus, nom latin donné aux &#8220;enfants sauvages&#8221; ? LINNE, que critique en partie MALSON, les définissait comme étant :</p>
<ul>
<li>quadripèdes : MALSON rappelle que certains deviennent cependant bipèdes</li>
<li>muet : certains, nuance MALSON, réussissent à parler par la suite</li>
<li>velu : ce point relève de la légende (MALSON rappelle que l&#8217;on présente des hommes velus dans les fêtes foraines comme soit-disant sauvages, ce qui n&#8217;est pas le cas)</li>
</ul>
<p>Quels sont alors, pour MALSON, les caractéristiques essentielles de l&#8217;homo ferus ? Voici la définition minimaliste de l&#8217;homme à l&#8217;état de nature, sans éducation humaine :</p>
<ul>
<li>indifférence sexuelle</li>
<li>certains (habitués à vivre la nuit) voient mal le jour</li>
<li>ne deviennent pudiques qu&#8217;avec l&#8217;éducation</li>
<li>sensations auditives et olfactives exacerbées</li>
<li>insensibilité thermique</li>
<li>ni rire, ni sourire (alors qu&#8217;on définit souvent le rire comme étant le propre de l&#8217;homme !)</li>
<li>préfère souvent la compagnie des animaux</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Tel est le portrait de l&#8217;homo ferus dressé par MALSON et que l&#8217;analyse de trois cas d&#8217;enfants sauvages lui a permis de développer. Et ce dernier de citer JASPERS : &#8220;c<em>e sont nos acquisitions, nos imitations, notre éducation qui font de nous des hommes au point de vue psychologique</em>&#8220;.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">Avant d&#8217;étudier dans le détail les cas d&#8217;enfants sauvages, MALSON étudient les critiques qui sont faites à ces cas d&#8217;isolement et qui cherchent à nier les cas &#8220;d&#8217;enfants sauvages&#8221;. Certains disent que soit les enfants ont moins de 3-4 ans et ne puvent pas survivre, soit ils ont davantage, mais portent alors la trace de culture. Par conséquent, au sens strict, les enfants &#8220;sauvages&#8221; seraient une illusion. Cette objection est fausse puisque les enfants ont été recueillis par des animaux, d&#8217;où leur survie malgré leur très jeune âge. Les enfants plus âgés ont vu leur développement psychologiques stoppé, voire régressé. Autant de faits qui atteste de la réalité de l&#8217;enfant sauvage.</p>
<p style="text-align: justify;">On retrouvent également, au travers des récits de tels cas, de nombreuses similitudes alors que les auteurs ne se connaissent pas : quadrupèdes, mutilité initiale, pas d&#8217;instinct sexuel, et souvent l&#8217;incapacité de se reconnaître dans un miroir.</p>
<p style="text-align: justify;">Les cas d&#8217;isolement sont donc une base de travail fiable pour questionner la nature humaine. Ce sont d&#8217;ailleurs des cas inespérés d&#8217;expérience sur l&#8217;humain, expériences qui seraient au passage atroces si elles avaient été volontairement menées.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel est alors la signification de ces cas d&#8217;isolement ? Pour LEVI-STRAUSS, ces enfants ont été abandonnés car ils étaient demeurés. MERLEAU-PONTY rétorque qu&#8217;on ne peut pas déduire de l&#8217;absence de langage le fait qu&#8217;ils étaient initialement demeuré. C&#8217;est la frustration affective et l&#8217;absence de contacts sociaux qui est la véritable cause de l&#8217;homo ferus, et non l&#8217;inverse. D&#8217;ailleurs, leur survie n&#8217;est-elle pas une preuve de leur &#8220;normalité&#8221; ? MALSON invite ici à faire la distinction entre la débilité mentale d&#8217;origine organique (maladie) et celle liée à l&#8217;absence de milieu social humain. Les enfants sauvages retrouvés feront tous des progrès sur le plan intellectuel et sur celui des affects. En résumé, la thèse de MALSON est que les enfants sauvages sont déficients parce qu&#8217;ils sont été sauvages et non sauvages parce qu&#8217;ils étaient déficients au départ.</p>
<h2>chapitre 3 : Les trois espèces d&#8217;homines feri et leurs plus célèbres exemples</h2>
<p>Après avoir défendu sa thèse de la construction de la nature humaine et de son absence à l&#8217;état naturel, en dehors de la société humaine, MALSON termine son ouvrage par l&#8217;analyse de trois cas différents d&#8217;homo ferus :</p>
<ol>
<li>Gaspard Hauser (enfant reclus)</li>
<li>Kamala (enfant animalisé)</li>
<li>Victor de l&#8217;Aveyron (enfant solitaire)</li>
</ol>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Gaspard a été retrouvé habillé, portant une lettre de sa mère. Enfermé, il a appris la lecture et l&#8217;écriture. Sa mère l&#8217;envoie chercher du travail. Son corps est celui d&#8217;un homme, mail il a 3 ans d&#8217;âge mental. Il se lève et se couche en même temps que le soleil, marche difficilement, aime le pain et l&#8217;eau (pas le vin ni la viande : cela s&#8217;apprend !), pleure et crie souvent, il a peur de tout. Il connaît 6 mots et une expression en patois. Reclus, cet enfant a donc reçu une éducation minimaliste et n&#8217;a développé que très peu de caractéristiques humaines qui nous semblaient pourtant innées&#8230;</p>
<p>Recueilli par le professeur DAUMER, il va faire de nombreux progrès sur le plan de l&#8217;émotion et des sentiments. Il va même se marier, mais sans éprouver de sentiments amoureux. Il ne se reconnait pas dans le mirorir et a du mal à appréhender la perspective et les distances. Il apprend relativement rapidement, mais conserve une conscience très faible du passé.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Amala et Kamala, quant à elles, ont été capturées par le Révérend SINGH en 1920. Ces enfants-loups imitent l&#8217;halètement et laissent pendre leur langue : comportement peu humain&#8230; mais étrangement proche de celui d&#8217;un loup (qui les a recueilli et donc &#8220;éduqué&#8221; !). Elles sont photophobes et nyctalopes, hurlent à la mort et gémissent. Elles cherchent à s&#8217;évader et dorment peu (4 heures). Elles marchent sur les coudes et les rotules et courent très vite sur les mains et les pieds. Autant de comportement &#8220;hérités&#8221; du loup, autant de faits contre la notion de &#8220;nature humaine&#8221; au sens inné.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Amala meurt en 1921, Kamala sera plus longuement éduquée et étudiée. La motricité s&#8217;humanise lentement (marcher à 4 pattes relève de l&#8217;absence d&#8217;éducation et de contacts humains durant les premières années) : marcher sur 2 pieds s&#8217;apprend et n&#8217;est pas une caractéristique innée en l&#8217;homme. Chaque homme doit réapprendre grâce à sa famille à être bipède. Elle se socialise peu à peu. 3 ans après sa capture, Kamala a même peur la nuit ! Sa sensibilité gustative augmente peu à peu. Surtout, le langage se développe (une cinquantaine de mots à sa mort). Elle n&#8217;était donc pas demeurée (argument de fait contra la thèse de LEVI-STRAUSS précédemment énoncée).</p>
<p>La vie affective est donc déterminée par la relation émotionnelle entre l&#8217;enfant et sa mère (ou son père !) et la vie intellectuelle par le moment de l&#8217;apprentissage du langage. Ce n&#8217;est pas parce qu&#8217;ils étaient demeurés que ces enfants ont été abandonnés et sont donc sauvages. C&#8217;est au contraire parce qu&#8217;ils sont sauvages qu&#8217;ils n&#8217;ont pas pu s&#8217;épanouir sur le plan émotionnel et intellectuel.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 262px"><img class=" " title="Victor, dans le film inspiré de cas d'enfant sauvage" src="http://www.neccessaire.com/exposition/vitrine1/images/pic11_big.jpg" alt="Victor, dans le film inspiré de cas d'enfant sauvage" width="252" height="332" /><p class="wp-caption-text">Victor, dans le film inspiré de cas d&#39;enfant sauvage</p></div>
<p>Victor, enfin, se lève et se couche également en fonction du soleil, cherche aussi à s&#8217;évader et regarde derrière le miroir (car il ne s&#8217;y reconnait pas). Il n&#8217;a pas d&#8217;instinct sexuel à la puberté, présente une analgésie cutané (insensible au chaud et au froid), n&#8217;aime pas dormir dans un lit et a l&#8217;habitude de tout sentir.</p>
<p style="text-align: justify;">Egalement éduqué après avoir été trouvé, il va petit à petit s&#8217;humaniser : il va s&#8217;habiller lui-même, tendre son assiette pour être servi. Sa sensibilité affective et sa sensibilité se développent petit à petit, ainsi que son attention. Il apprend peu à peu à parler. Il s&#8217;évade de temps en temps, mais éprouve alors de la honte (sentiment lié à l&#8217;éducation, et non inné). Il rit quand il est félicité, mais geint quand il est réprimandé. &#8220;<em>Au bout de quelques mois Victor perd le statut de l&#8217;idiot : il sait saisir le sens des mots, les reproduire sans exemple et indiquer par l&#8217;écriture l&#8217;essentiel de ses désirs et de ses voeux</em>&#8220;. On lui a donc appris à devenir humain, grâce aux contacts sociaux et à l&#8217;éducation.</p>
<p style="text-align: justify;">Un extrait du film de TRUFFAUT que je vous recommande pour mieux comprendre ces cas d&#8217;isolement, présentés ici de manière théorique :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="344" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/LTAG9OgJIFw&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;color1=0x2b405b&amp;color2=0x6b8ab6" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/v/LTAG9OgJIFw&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;color1=0x2b405b&amp;color2=0x6b8ab6" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
<h2>Conclusion</h2>
<p style="text-align: justify;">&#8220;<em>L&#8217;homme en tant qu&#8217;homme, avant l&#8217;éducation, n&#8217;est qu&#8217;une simple éventualité, c&#8217;est-à-dire moins, même, qu&#8217;une espérance</em>&#8220;. Les caractéristiques psychologiques de l&#8217;homme (au sens affectif et intellectuel) sont le fruit de l&#8217;éducation et non innées. En ce sens, la nature (psychologique) humaine est une illusion si on comprend cette expression au sens strict de &#8220;nature&#8221;, c&#8217;est-à-dire de spontané, de naturel, indépendant de la culture. Si l&#8217;on souhaite conserver la notion de nature humaine, sans l&#8217;abaisser par exemple au tableau dressé par LINNE plus haut, il convient de préciser que la &#8220;nature humaine&#8221; au sens où on l&#8217;entend habituellement, c&#8217;est-à-dire au sens psychologique, est purement culturel. Pas d&#8217;homme sans éducation, pas d&#8217;homme sans appartenance et ancrage social. L&#8217;homme naturellement bon de Rousseau, par exemple, est donc une pure fiction.</p>
<p style="text-align: justify;">On perçoit mieux, dès lors, le poids d&#8217;autrui et de la société dans l&#8217;élaboration de notre &#8220;nature&#8221;.</p>
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		<title>Lecture &#8211; Nietzsche : Il faut apprendre à aimer</title>
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		<pubDate>Sat, 10 Apr 2010 10:18:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
				<category><![CDATA[Textes]]></category>
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		<description><![CDATA[S&#8217;il est un auteur qui a profondément marqué ma conception du monde, c&#8217;est bien Nietzsche. Découvert vers mes 18 ans, Le gai savoir est l&#8217;un de mes plus précieux ouvrages de philosophie. Simple de lecture en apparence, il ne s&#8217;ouvre pourtant qu&#8217;à celui qui lit et relit avec patience les aphorismes dont il est composé. L&#8217;argumentation [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">S&#8217;il est un auteur qui a profondément marqué ma conception du monde, c&#8217;est bien Nietzsche. Découvert vers mes 18 ans, <span style="text-decoration: underline;">Le gai savoir</span> est l&#8217;un de mes plus précieux ouvrages de philosophie. Simple de lecture en apparence, il ne s&#8217;ouvre pourtant qu&#8217;à celui qui lit et relit avec patience les aphorismes dont il est composé. L&#8217;argumentation est souvent complexe et subtile. Aujourd&#8217;hui, je vous propose de découvrir un des courts aphorismes de ce livre : &#8220;Il faut apprendre à aimer&#8221;. Ce texte défend l&#8217;idée qu&#8217;aimer une chose n&#8217;est bien souvent pas spontané, mais requiert au contraire des efforts et de la patience.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-180"></span></p>
<div class="wp-caption alignright" style="width: 172px"><img title="Friedrich Nietzsche - apprendre à aimer" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/23/Nietzsche1882.jpg/270px-Nietzsche1882.jpg" alt="Friedrich Nietzsche - apprendre à aimer" width="162" height="257" /><p class="wp-caption-text">Friedrich Nietzsche</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le point de départ de son analyse est la musique. Il faut, selon Nietzsche, apprendre à aimer une oeuvre musicale. Cet apprentissage nécessite des efforts. Nietzche distingue trois phases dans le fait de tomber amoureux d&#8217;une oeuvre de musique. Il faut tout d&#8217;abord apprendre à la discerner. Tout comme on apprend, par exemple, à percevoir des mots dans le brouhaha d&#8217;une langue au départ étrangère. Cette première étape est donc celle de l&#8217;identification et de l&#8217;analyse : concernant un morceau de musique, on découvre la mélodie, les différents moments, la composition, etc. D&#8217;abord inconnue, surprenante, étrange, l&#8217;oeuvre est petit à petit, à force d&#8217;effort, saisie, identifiée. Vient ensuite une seconde phase, que Nietzsche décrit comme étant celle de l&#8217;effort :  en effet, une fois identifié, l&#8217;oeuvre doit être &#8220;supportée&#8221;. De par son étrangeté, l&#8217;oeuvre implique un effort de notre part pour être identifiée, comprise, acceptée : &#8220;ensuite, il faut de l&#8217;effort et de la bonne volonté pour la supporter, en dépit de son étrangeté, user de patience pour son regard et pour son expression, de tendresse pour ce qu&#8217;elle a de singulier&#8221;. Autrement dit, la nouveauté de l&#8217;oeuvre fait que nous ne sommes pas dans un rapport reposant : il est pénible d&#8217;être en relation avec elle, précisément parce qu&#8217;elle rompt avec ce que nous connaissons. Vient, enfin, la troisième phase : celle de la fascination. Après avoir exigé de nous de l&#8217;identifier, puis de la supporter patiemment, l&#8217;oeuvre &#8220;ne cesse pas d&#8217;exercer sur nous sa contrainte et sa fascination jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle ait fait de nous ses amants humbles et ravis, qui ne conçoivent de meilleure chose au monde et ne désirent plus qu&#8217;elle même, et rien qu&#8217;elle-même&#8221;. Nietzsche a décrit ici la manière dont nous arrivons à aimer une oeuvre musicale. La fascination et l&#8217;amour découle d&#8217;un travail et d&#8217;une disposition. Au passage, c&#8217;est peut-être d&#8217;ailleurs là ce qui peut aujourd&#8217;hui distinguer la musique &#8220;pré-machée&#8221; des véritables oeuvres. Aimer immédiatement un morceau ou un disque est, quelque part, toujours un peu suspect. Aimer, par exemple, des oeuvres de musique classique ou de jazz implique une éducation. Et qu&#8217;est-ce que cette dernière si ce n&#8217;est la mise en pratique des deux premières étapes décrites précédemment par Nietzsche ? C&#8217;est à ce prix seulement que nous pouvons connaître les joies des grandes oeuvres musicales. Personnellement, cette analyse décrit par excellence &#8220;mon entrée&#8221; dans la musique classique et, notamment, l&#8217;intense joie que j&#8217;ai appris à éprouver en écoutant Schubert ou Tchaïkowski. Ou, plus récemment et en ce qui concerne le jazz, Duke Ellington.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Revenons sur l&#8217;analyse de Nietzche. A partir de cette analyse préliminaire, le philosophe développe alors une généralisation. Selon lui, ce processus n&#8217;est pas seulement à l&#8217;oeuvre dans le domaine musique, mais pour tout chose que nous aimons : &#8220;c&#8217;est justement de la sorte que nous avons appris à aimer tous les objets que nous aimons maintenant&#8221;. Tout objet du monde nous est, par nature, étrange, voire étranger par rapport à nous-mêmes. Nietzsche insiste d&#8217;ailleurs sur la notion d&#8217;étrangeté. Il faut se mettre dans une certaine disposition, faire preuve de bonne volonté, éviter d&#8217;être en position de résistance et de fermeture pour que l&#8217;étrange se dévoile, se dissipe : &#8220;l&#8217;étrangeté peu à peu se dévoile et vient s&#8217;offrir à nous en tant que nouvelle et indicible beauté&#8221;. Nietzsche utilise alors une formulation tout à la fois poétique et anthropomorphique : &#8220;c&#8217;est là sa gratitude pour notre hospitalité&#8221;. Sa thèse, reformulée, est donc que tout ce que nous aimons à nécessité que nous nous placions dans un certain rapport, un rapport qui exige de nous un effort (identifier puis supporter), en ce sens que ce n&#8217;est pas une attitude naturelle. L&#8217;amour est donc initié par le sujet, et non par l&#8217;objet (bien que Nieztsche parle de gratitude de l&#8217;étrangeté). Cette position est donc à l&#8217;opposé de la thèse de Platon et du Beau comme origine de l&#8217;Eros.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;une des conséquences de cette généralisation est que s&#8217;aimer soi-même implique précisément cette disposition à l&#8217;hospitalité. Comment ne pas penser ici au précepte &#8220;Connais toi toi-même&#8221;. Il est  ici troublant de noter, à nouveau, le terme d&#8217;étrangeté, qui n&#8217;est pas sans rappeler le concept que forgera Freud quelques années plus tard : &#8220;l&#8217;inquiétante étrangeté&#8221;. M&#8217;aimer, c&#8217;est d&#8217;abord apprendre à me connaître, supporter ensuite cette vision de moi-même et la distance, par exemple, par rapport à mes représentations initiales et mes fantasmes, c&#8217;est-à-dire m&#8217;accepter tel que je suis.</p>
<p style="text-align: justify;">De l&#8217;analyse de la fascination d&#8217;une oeuvre musicale, Nietzsche a donc élaboré une conception de l&#8217;amour, à comprendre comme un travail actif (reconnaissance puis ouverture bienveillante), qui vaut pour tout objet (y compris le sujet lui-même).</p>
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		<title>Lecture &#8211; L&#8217;ontologie de Hans JONAS vue par Carlo FOPPA</title>
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		<pubDate>Wed, 07 Apr 2010 12:01:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
				<category><![CDATA[Hans Jonas]]></category>
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		<description><![CDATA[
Lors de ma maîtrise de philosophie, j&#8217;ai été amené à lire un grand nombre de commentateurs de l&#8217;oeuvre du philosophe allemand Hans JONAS. Si la littérature qui lui est consacrée est surtout négative et particulièrement critique, certains proposent des analyses plus fines, par exemple Carlo FOPPA ou encore Paul RICOEUR. Concernant ce premier, je vous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<div class="wp-caption alignright" style="width: 110px"><img title="Carlo FOPPA - l'ontologie de Hans JONAS" src="http://www.chuv.ch/dgo/en/dgo_cfoppa.jpg" alt="Carlo FOPPA - l'ontologie de Hans JONAS" width="100" height="146" /><p class="wp-caption-text">Carlo FOPPA</p></div>
<p style="text-align: justify;">Lors de ma maîtrise de philosophie, j&#8217;ai été amené à lire un grand nombre de commentateurs de l&#8217;oeuvre du philosophe allemand Hans JONAS. Si la littérature qui lui est consacrée est surtout négative et particulièrement critique, certains proposent des analyses plus fines, par exemple <a href="http://www.chuv.ch/dgo/en/dgo_home/umr/dgo_fer_equipe/dgo_fer_ethic_benaroyo.htm" target="_blank">Carlo FOPPA</a> ou encore Paul RICOEUR. Concernant ce premier, je vous conseille notamment &#8220;<em>L&#8217;ontologie de Hans JONAS à la lumière de la théorie de l&#8217;évolution</em>&#8220;, que l&#8217;on peut trouver dans l&#8217;ouvrage collectif <span style="text-decoration: underline;">Nature et descendance, Hans Jonas et le principe &#8220;Responsabilité&#8221;</span> (Dennis Müller et René SIMON éd.).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour rappel (Cf. articles précédemment publiés et notamment mon mémoire), Hans JONAS défend une ontologie moniste, notamment au travers de la théorie de &#8220;l&#8217;affirmation de l&#8217;être&#8221;, mise en exergue au travers du vivant et du métabolisme. Tentant de réintroduire le finalisme dans la compréhension du vivant, Hans JONAS semble alors tenir un discours en opposition avec le discours scientifique : &#8220;<em>Il est évident qu&#8217;une telle démarche n&#8217;est pas sans risques, et surtout que Jonas devient, ce faisant, la cible des scientifiques, qu&#8217;ils soient ou non positivistes</em>&#8220;. La problématique est alors la suivante : peut-on concevoir le vivant selon une perspective téléologique, sans cependant être en contradiction avec les sciences, et notamment la biologie ?</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-162"></span>La thèse de Carlo FOPPA est la suivante : &#8220;<em>Placée dans sa juste perspective, l&#8217;ontologie de JONAS révèle les implications philosophiques de la théorie de l&#8217;évolution et permet de dépasser la phase explicative du discours scientifique pour aboutir à une compréhension globale de l&#8217;Etre</em>&#8220;. Il nous invite donc à distinguer, dichotomie classique en philosophie, d&#8217;une part l&#8217;explication (la science) et, d&#8217;autre part, la compréhension (ici : la métaphysique). Mais la théorie de JONAS n&#8217;en est que plus dure à cerner car elle s&#8217;appuie très fortement sur des données scientifiques (l&#8217;évolutionnisme, &#8220;inventé&#8221; par DARWIN) tout en refusant son soubassement : le dualisme (grosso modo : la séparation corps / esprit, avec d&#8217;un côté l&#8217;explication physico-chimique, et de l&#8217;autre une compréhension téléologique).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi fonder son ontologie sur la théorie de l&#8217;évolution ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi Hans JONAS a-t-il décidé d&#8217;assoir son ontologie sur l&#8217;évolutionnisme ? Pour FOPPA, il y a deux raisons essentielles à cela :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>DARWIN a, ce faisant, réhabilité la nature (il lui a rendu sa dignité)</li>
<li>l&#8217;évolutionnisme est, intrinsèquement, une sorte d&#8217;auto-dépassement du dualisme de la science classique</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">FOPPA relève d&#8217;autres raisons pouvant expliquer le choix de ce fondement chez Hans JONAS :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>Hans JONAS conçoit une sorte de finalité sans fin, ce qui semble être ce qu&#8217;on trouvait déjà chez DARWIN (la sélection naturelle n&#8217;est pas une sélection opérée par la nature : pas de fin visée en tant que telle)</li>
<li>&#8220;<em>Si nous avons une obligation vers la nature parce qu&#8217;elle nous a produits, et qu&#8217;elle nous a produits parce qu&#8217;elle a évolué, alors il est assez clair que l&#8217;évolution mérite une considération particulière</em>&#8221; : l&#8217;évolutionnisme est au coeur de l&#8217;éthique jonassienne de par l&#8217;origine ontologique de la notion de responsabilité</li>
<li>La notion de hasard, au coeur de l&#8217;évolutionnisme, est capitale puisque la conception jonassienne de l&#8217;homme (&#8220;l&#8217;idée d&#8217;homme&#8221;) est profondément celle du possible, de l&#8217;ouverture : &#8220;<em>ce qu&#8217;il s&#8217;agit de préserver activement, c&#8217;est précisément cette part d&#8217;indétermination, cette ouverture de l&#8217;humanité à des individus toujours différents et surprenants ainsi que l&#8217;éclosion inattendue de l&#8217;humanité commune de grandes oeuvres ou de grandes découvertes</em>&#8220;</li>
<li style="text-align: justify;">La notion de continuité est essentielle dans le darwinisme, tout comme dans la philosophie de Jonas : c&#8217;est grâce à cette notion qu&#8217;il adopte une compréhension téléologique du vivant. De fins non conscientes (finalité sans fins), on s&#8217;élève progressivement par degrés jusqu&#8217;à la conscience humaine (fins conscientes)</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp" style="text-align: justify;">
<dl class="wp-caption alignnone" style="width: 410px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img title="Hans JONAS - le principe responsabilité" src="http://www.philosophisches-forum.de/Archiv/Themengruppen/Gruppe_Ethik_und_Gesellschaft/Verantwortung/Hans_Jonas.jpg" alt="Hans Jonas - ontologie et théorie de l'évolution" width="400" height="300" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Hans JONAS</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Une philosophie de la biologie plus qu&#8217;une philosophie de la nature : science et métaphysique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Carlo FOPPA analyse alors le texte de JONAS (Le fardeau et la grâce de la mortalité) pour appuyer son interprétation de JONAS : &#8220;<em>la démarche de Jonas est métascientifique : il n&#8217;interprète pas la nature, mais il interprète une interprétation de la nature, c&#8217;est-à-dire que la sienne est bien une philosophie de la biologie plus qu&#8217;une philosophie de la nature</em>&#8220;. Autrement dit, JONAS ne conteste absolument pas la valeur du discours scientifique dans la sphère de l&#8217;explication causale, mais lui adjoint une compréhension métaphysique, notamment pour la question du pourquoi. &#8220;<em>Il y a donc une profonde ambiguïté dans la théorie de l&#8217;évolution en ce que, d&#8217;une part, elle tente d&#8217;expliquer le réel selon un paradigme mécaniste et, de l&#8217;autre, elle contient des implications qui vont au-delà du soubassement moniste du mécanisme. Or, étant donné que ces implications sont d&#8217;ordre philosophique tout d&#8217;abord, ce n&#8217;est que dans une perspective philosophique, et non pas scientifique au sens classique, qu&#8217;il est possible d&#8217;identifier ces implications</em>&#8220;. La biologie explique le vivant : Hans JONAS admet cela sans aucun problème. Mais la biologie est totalement insuffisante pour le comprendre. C&#8217;est pour cela qu&#8217;il propose une sorte de <strong>vision complémentaire de la biologie</strong>.</p>
<p style="text-align: justify;">Par exemple, l&#8217;émergence de la pensée, de la conscience, ne peut s&#8217;expliquer totalement par des causes mécaniques, physico-chimiques, telle que les mutations. L&#8217;évolutionnisme élimine, par principe, toute téléologie dans son explication de la nature, mais une partie de son explication a pour fondement une prétention métaphysique, considérée à tort comme une hypothèse scientifique. Croire que la science épuise le réel, c&#8217;est déjà adopter un système métaphysique et sortir de la science. Il faut donc distinguer entre la méthode et l&#8217;ontologie. Si la science doit évacuer toute trace de finalisme selon une nécessité méthodologique évidente, cela n&#8217;implique en rien qu&#8217;il faille faire de même concernant la compréhension du monde : &#8220;<em>si pour un certain nombre de raisons on procède comme si la propriété &#8220;x&#8221; n&#8217;existait pas dans l&#8217;objet observé, cela ne veut pas dire que la propriété &#8220;x&#8221; n&#8217;existe pas dans la réalité</em>&#8220;. Bref, méthodologie et ontologie sont bel et bien deux choses à ne pas confondre. La science ne doit pas être ontologie : elle basculerait alors dans le réductionnisme matérialiste. Si la science respecte ses limites (l&#8217;explication basée méthodologiquement sur le matérialisme), il reste une place pour une approche compréhensive de type métaphysique. C&#8217;est dans cet espace qu&#8217;intervient Hans JONAS.</p>
<p style="text-align: justify;">Carlo FOPPA insiste ainsi sur la distinction cruciale entre trois niveaux différents :</p>
<ul style="text-align: justify;">
<li>les faits</li>
<li>l&#8217;explication</li>
<li>la compréhension</li>
</ul>
<p style="text-align: justify;">Pour FOPPA, JONAS &#8220;<em>ne conteste ni les faits, ni l&#8217;explication de l&#8217;évolution, ce qu&#8217;il conteste, c&#8217;est la prétention de ces deux registres à épuiser la totalité du discours</em>&#8220;. Même si DARWIN a évacué la notion de finalité au profit de la sélection naturelle pour des raisons méthodologiques, la compréhension du vivant nous conduit à conserver une approche téléologique (une finalité sans fin). &#8220;<em>Nous n&#8217;irons pas jusqu&#8217;à prêter des propos jonassiens à Darwin, mais il nous paraît intéressant de nuancer la prétendue élimination définitive de la téléologie par la théorie du vivant</em>&#8220;. Il est tout simplement faux de dire que la science interdit toute approche téléologique du vivant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La force de ce commentaire éclairé et éclairant de FOPPA est d&#8217;éviter <a href="http://pagesperso-orange.fr/denis.collin/jonas.htm" target="_blank">les lectures rapides de JONAS</a> qui le font souvent apparaître comme un illuminé, un descendant de TEILARD de CHARDIN. N&#8217;oublions pas que JONAS a consacré un part importante de sa vie à la biologie. De ce fait, il nous propose une ontologie qui tient compte tout autant du savoir scientifique que de ses réflexions métaphysiques de philosophe majeur du XXème siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Lecture &#8211; Epictète, Entretiens, III-XIII : la paix intérieure dans le stoïcisme</title>
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		<comments>http://djaphil.fr/textes/lecture-epictete-entretiens-iii-xiii-la-paix-interieure-dans-le-stoicisme-140#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 20 Feb 2009 17:20:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Situation du texte étudié
Le texte dont nous allons entreprendre aujourd&#8217;hui l&#8217;étude est extrait des Entretiens d&#8217;Epictète (III-XIII). Il a pour thème des éléments essentiels de la philosophie d&#8217;Epictète et, plus généralement, du stoïcisme, à savoir la tranquillité et l&#8217;indépendance. 

Introduction
L&#8217;objet de ce texte est d&#8217;exposer la voie d&#8217;accès à la paix et à l&#8217;indépendance. Le problème [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Situation du texte étudié</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le texte dont nous allons entreprendre aujourd&#8217;hui l&#8217;étude est extrait des Entretiens d&#8217;Epictète (III-XIII). Il a pour thème des éléments essentiels de la philosophie d&#8217;Epictète et, plus généralement, du stoïcisme, à savoir la tranquillité et l&#8217;indépendance. </p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-140"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Introduction</strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;objet de ce texte est d&#8217;exposer la voie d&#8217;accès à la paix et à l&#8217;indépendance. Le problème est ainsi de savoir par quel moyen l&#8217;homme peut espérer atteindre l&#8217;absence de trouble : la paix. L&#8217;ordre politique ne suffit-il pas pour assurer la paix des citoyens, par exemple en réglant les relations entre les hommes et en prévenant toute violence ? Cependant, le pouvoir politique semble être tout à fait impuissant vis-à-vis par exemple des aléas de la fortune ou encore des passions des hommes. Dès lors, comment l&#8217;homme peut-il espérer être en paix ? La thèse d&#8217;Epictète consiste à défendre que seule la philosophie permet d&#8217;accéder à la véritable paix et de faire disparaître la possibilité même des maux. Il s&#8217;agit donc, pour l&#8217;homme, s&#8217;il recherche la paix intérieure, de prêter attention à l&#8217;enseignement philosophique.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;argumentation se déplie en trois temps. Epictète commence par faire états des limites et de l&#8217;impuissance du pouvoir politique pour apporter la paix à l&#8217;homme, notamment en défendant qu&#8217;il se heurte aux obstacles de la fortune et des passions de l&#8217;homme. A partir de là, sa thèse est avancée : seule la philosophie peut permettre d&#8217;accéder à la paix intérieure. Enfin, Epictète en vient à soutenir qu&#8217;il n&#8217;existe pas de mal pour le philosophe puisque nulle chose ne peut être un obstacle pour le philosophe et, d&#8217;autre part, que la mort n&#8217;est pas à craindre. </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>I- Le pouvoir politique ne saurait apporter la paix véritable à l&#8217;homme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Epictète défend dans un premier temps que le pouvoir politique ne saurait apporter la véritable paix à l&#8217;homme. Il commence par l&#8217;antithèse, à savoir par l&#8217;exposé de la thèse selon laquelle la pouvoir politique semble &#8220;procurer une grande paix&#8221;, puis montre ensuite que cette paix est finalement restreinte : le pouvoir et l&#8217;ordre politique étant impuissants face à la fortune et aux passions ne peuvent permettre d&#8217;accéder à la paix véritable. </p>
<p style="text-align: justify;">A première vue, le pouvoir politique, symbolisé dans cet extrait par l&#8217;empereur romain tout puissant César, offre une &#8220;grande paix&#8221;. Le verbe qu&#8217;utilise Epictète (&#8220;<em>semble</em>&#8220;) fait apparaître d&#8217;emblée une prise de distance vis-à-vis précisément de l&#8217;étendue de la paix offerte par César. En quoi consiste-t-elle ? L&#8217;ordre politique permet la fin des guerres tout d&#8217;abord. On peut voir assez clairement en quoi cela est synonyme de paix : ne définit-on pas en un sens la paix comme l&#8217;absence de guerre, de conflit. De même, l&#8217;ordre politique permet de ne pas être attaqué et dépouillé de ses biens (César met en effet fin à la piraterie et au brigandage) : ici, la paix est synonyme d&#8217;absence de violence et de protections des biens.  Enfin, la paix apportée par César est aussi étendue à la mer : je peux librement naviguer et ne connais nulle entrave à mon mouvement. Permettant l&#8217;absence de conflit, d&#8217;atteinte à mes biens et, enfin, à ma liberté de mouvement, l&#8217;ordre politique semble bel et bien instaurer la paix. En effet, il semble permettre d&#8217;éviter les troubles et les obstacles. Mais l&#8217;importance et l&#8217;étendue de cette paix vont être fortement relativisées par Epictète.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce dernier défend en effet l&#8217;impuissance de la politique pour assurer la paix face à deux ordres de choses : la fortune et les passions. L&#8217;idée est que la paix qu&#8217;apporte le pouvoir politique est une paix extérieure, concernant nos relations extérieures aux hommes. Cette relative absence de troubles extérieurs rend possible une relative absence de troubles, d&#8217;agitations de l&#8217;âme. Mais l&#8217;ordre politique n&#8217;étend pas son emprise sur toute chose. La santé de mon corps, par exemple, ne dépend pas des dirigeants politiques : que je tombe malade ou demeure en bonne santé n&#8217;est pas sous leur juridiction, ni d&#8217;ailleurs sous la mienne. Or, la &#8220;fièvre&#8221;, c&#8217;est-à-dire la maladie corporelle est ordinairement source de trouble pour l&#8217;homme. On comprend dès lors que César ne puisse pas &#8220;nous mettre en paix avec la fièvre&#8221;. De même pour le naufrage, l&#8217;incendie, les tremblements de terre ou encore la foudre qui sont autant d&#8217;événements sur lesquels nous n&#8217;avons pas de prise, qui relèvent de la fortune, de la liaison nécessaire de toutes choses, propre au stoïcisme. Or tous ces événements, qui &#8220;ne dépendent pas de nous&#8221; pour reprendre la première règle du <strong><span style="text-decoration: underline;">Manuel</span></strong> sont le plus souvent , pour le commun des mortels, source d&#8217;agitation, de chagrin, de douleur ou encore de crainte pour l&#8217;homme et, en ce sens, éloignent l&#8217;homme de la paix intérieure.  Le pouvoir politique, puisqu&#8217;il n&#8217;a pas de prise sur ces choses, ne peut donc pas nous apporter la paix vis-à-vis d&#8217;elles : elles relèvent de la fortune. En outre, le pouvoir politique rencontre une deuxième limite : il n&#8217;a aucun pouvoir sur nos passions, sources de troubles pour l&#8217;homme. César ne peut pas faire que je n&#8217;éprouve pas de jalousie si je suis jaloux, ou faire disparaître mon chagrin. Puisque César est impuissant face à ce qu&#8217;éprouve l&#8217;homme, il ne peut pas lui permettre de paix relativement à ses passions. Par conséquent, la paix qu&#8217;apporte César est simplement extérieure et surtout relative puisque ne permettant pas de maîtriser ce qui, de fait, ne dépend pas de nous, c&#8217;est-à-dire n&#8217;est pas sous notre pouvoir, ou de maîtriser nos passions : la pouvoir politique n&#8217;apporte pas le calme intérieur, la paix de l&#8217;âme. Il ne s&#8217;agit donc pas d&#8217;entendre la paix comme absence de conflits extérieurs ou obstacles extérieurs, mais comme absence de troubles de l&#8217;âme, donc comme paix intérieure (comme va le développer Epictète par la suite). Puisque César n&#8217;a pas de pouvoir sur des choses qui cependant troublent ordinairement l&#8217;homme (même si cette idée ainsi formulée est fausse puisqu&#8217;Epictète pense que ce ne sont pas les choses mais nos idées sur les choses qui nous troublent), il est incapable de fournir à l&#8217;homme une véritable paix, c&#8217;est-à-dire la paix de l&#8217;âme.</p>
<p style="text-align: justify;">Faut-il alors renoncer à toute paix véritable, puisque l&#8217;ordre politique est impropre à nous y faire accéder ? N&#8217;y-a-til pas une autre voie d&#8217;accès à la paix de l&#8217;âme ? La thèse d&#8217;Epictète est que seule la philosophie peut nous y conduire, ce qu&#8217;il va défendre dans le deuxième temps de son argumentation. Il commence par énoncer d&#8217;une manière très générale sa thèse  : la philosophie promet la paix de l&#8217;âme.  Puis il précise en quoi consiste cette promesse : l&#8217;impassibilité et l&#8217;indépendance. Enfin, il évoque l&#8217;idée de l&#8217;autosuffisance du philosophe.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>II- Seule la philosophie permet la paix de l&#8217;âme</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons pu voir dans le premier temps que le pouvoir politique n&#8217;apporte pas la paix véritable, c&#8217;est-à-dire la tranquillité de l&#8217;âme face aux aléas de la fortune et nos passions. La thèse d&#8217;Epictète consiste à défendre que la philosophie permet d&#8217;accéder en ces deux circonstances à l&#8217;ataraxie. Lorsqu&#8217;Epictète parle de &#8220;l&#8217;enseignement des philosophes&#8221;, il faut ici entendre celui des Stoïciens, par exemple son propre enseignement tel qu&#8217;il apparaît dans les <strong><span style="text-decoration: underline;">Entretiens</span></strong> mais aussi dans son <span style="text-decoration: underline;"><strong>Manuel</strong></span>. Quoi qu&#8217;il en soit, la philosophie est synonyme de promesse. Ce terme pourrait laisser penser qu&#8217;elle peut ne pas être tenue : la suite du texte permet de soutenir par exemple que le manque d&#8217;attention aux enseignements stoïciens peut faire manquer la paix de l&#8217;âme, mais l&#8217;échec de la promesse ne tient pas au stoïcisme lui-même. Epictète a formulé la promesse de la la philosophie : permettre la paix de l&#8217;âme face aux événements qui ne dépendent pas de nous et face aux passions. Mais il reste à préciser en quel sens il faut entendre  cette paix et comment elle est atteinte. Bref, il s&#8217;agit de préciser davantage le contenu de la promesse philosophique, ce qu&#8217;Epictète va s&#8217;évertuer à faire dans la deuxième partie de ce deuxième temps.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;Que dit-il donc ?&#8221; : Epictète interroge l&#8217;enseignement de la philosophie. Celle-ci permet à l&#8217;homme, en toutes circonstances (&#8220;où que vous soyez, quoi que vous fassiez&#8221;) de connaître le calme de l&#8217;âme et l&#8217;absence de contrainte. En effet, l&#8217;ataraxie, c&#8217;est-à-dire l&#8217;absence de trouble de l&#8217;âme que promet la philosophie est bel et bien promise par le stoïcisme. Le calme de l&#8217;âme est donc le premier élément de l&#8217;enseignement stoïcien. Le second évoqué consiste en l&#8217;absence d&#8217;obstacle et de contrainte. Autrement dit, celui qui suit l&#8217;enseignement philosophique ne trouvera dans les choses ou dans les hommes nul obstacle. Comment comprendre cette thèse ? Il faut ici se référer à la distinction-clef qu&#8217;opère Epictète, notamment sans sa première règle, entre ce qui dépend de nous et ce qui n&#8217;en dépend pas. Seul ce qui dépend de nous, &#8220;nos oeuvres propres&#8221;, c&#8217;est-à-dire notre volonté  est libre. Nos opinions, notre tendance, c&#8217;est-à-dire notre inclination à la vie raisonnable et nos passions, c&#8217;est-à-dire nos désirs et nos aversions dépendent de nous : ils dépendent de notre volonté. Ils ne peuvent donc pas rencontrer d&#8217;obstacles et restent sous notre plein pouvoir. Tout le reste, c&#8217;est-à-dire les biens extérieurs (notre corps, les richesses, le pouvoir..) dépendent d&#8217;autrui. Cet &#8220;autrui&#8221; correspond en fait aux hommes ou Dieu, sous la forme de la liaison nécessaire de toutes choses. Bref, tout le reste est de nature serve, peut rencontrer des obstacles car ne dépend pas de moi, de ma volonté. Sur ce qui ne dépend que de moi, de ma volonté, il ne peut y avoir de contrainte. Dès lors, je peux accéder au calme de l&#8217;âme en limitant mon pouvoir par la sphère de ma volonté : je dois prendre conscience que ce que je peux, ce sur quoi j&#8217;ai une emprise se limite à mes oeuvres volontaires. On voit ici en quel sens ataraxie et indépendance sont liées et dépendent d&#8217;une bonne application du premier (dans l&#8217;ordre d&#8217;importance) des enseignements d&#8217;Epictète : la distinction entre ce qui dépend et ce qui ne dépend pas de nous. Les deux concepts importants que mobilise ici Epictète sont donc l&#8217;impassibilité (par opposition à l&#8217;agitation de l&#8217;affairé) et la liberté. Telles sont donc les deux choses que promet la philosophie : le sage ne voit plus son âme troublée et ne rencontre plus d&#8217;obstacle puisque son pouvoir est délimité par sa volonté. Encore une fois, la condition d&#8217;accès à ces deux choses est l&#8217;attention aux enseignements philosophiques : il faut y consacrer du temps et des efforts, par exemple en abandonnant la recherche de certains biens, tels que le pouvoir ou la richesse. Par cet effort, l&#8217;homme peut modifier ses opinions et notamment être indifférent vis-à-vis des idées concernant les choses qui ne dépendent pas de lui. </p>
<p style="text-align: justify;">Epictète distingue alors deux origines en ce qui concerne la paix. La paix civile, concernant les relations des hommes qu&#8217;apporte l&#8217;ordre politique, a pour origine les dirigeants politiques, c&#8217;est-à-dire une origine humaine, en l&#8217;occurrence César. Au contraire, la paix de l&#8217;âme (l&#8217;ataraxie) a une origine divine : elle est &#8220;<em>proclamée par Dieu</em>&#8220;, le sage y accède par le verbe divin (le logos). Autrement dit, le sage, par son ataraxie, suit sa destination, posée par Dieu, et se rend en ce sens divin, puisque Dieu lui-même est indépendant et non soumis aux troubles. Cet accès au divin passe par l&#8217;intermédiaire du langage, de la réflexion s&#8217;appuyant sur le logos, dont Dieu a doté les hommes, leur indiquant ainsi leur destination propre, par distinction d&#8217;avec le reste du règne animal.  Celui qui connaît cette paix d&#8217;origine divine est alors, selon Epictète, même s&#8217;il en fait une formulation interrogative, autosuffisant : le sage se suffit à lui-même et n&#8217;a pas besoin de la défense de l&#8217;ordre politique pour être libre et en paix. Bref, la paix véritable dépend de l&#8217;homme seul grâce à l&#8217;enseignement stoïcien qui est par excellence le moyen d&#8217;atteindre l&#8217;ataraxie.</p>
<p style="text-align: justify;">Epictète a donc, dans le deuxième temps de son argumentation, défendu l&#8217;idée que c&#8217;est la philosophie qui permet de procurer la paix à l&#8217;homme, celle de l&#8217;âme, notamment en appliquant la première règle stoïcienne. De cette manière, l&#8217;homme est libre car il ne rencontre plus de contrainte : l&#8217;absence de trouble caractérise alors son état. Mais est-ce à dire que nul mal n&#8217;existe pour le philosophe ? La mort n&#8217;est-elle pas une pierre d&#8217;achoppement pour le sage ? Epictète va défendre dans le troisième et dernier temps de son argumentation que le sage ne rencontre aucun mal puisque même le pire des maux, la mort, n&#8217;en est pas un.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>III- Le sage ne rencontre aucun mal, pas même en la mort</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Epictète commence dans ce troisième temps par défendre que nul mal n&#8217;existe pour le sage. En effet, celui qui jouit de la paix d&#8217;origine divine, c&#8217;est-à-dire la paix de l&#8217;âme acquise grâce à la philosophie stoïcienne, s&#8217;il médite, accède à l&#8217;idée qu&#8217;aucun mal ne peut lui arriver. Il prend alors pour exemples ce qui au début de son argumentation apparaissait comme des maux : le brigandage et les tremblements de terre. Parvenu à la paix de l&#8217;âme, ces choses ne sont plus des maux car ces deux choses ne sont plus des obstacles et des sources de trouble pour l&#8217;âme. En effet, elles ne relèvent pas de ma volonté, ne sont donc pas sous mon pouvoir : elles ne sont rien pour moi. On retrouve ici l&#8217;idée qu&#8217;Epictète développe à la fin de la première règle du Manuel : il faut dissocier l&#8217;idée de ce dont elle est l&#8217;idée, puis examiner cette idée, notamment à la lumière de la première règle. Si cette idée se rapporte à des choses qui ne dépendent pas de nous, il faut lui être indifférent. Non philosophe, je peux craindre les brigands et les tremblements de terre par exemple. Mais la philosophie, notamment la première règle d&#8217;Epictète, nous invite à prendre conscience que ces choses ne dépendent pas de nous et, par conséquent, que les idées pénibles qu&#8217;elles pourraient susciter en nous ne sont en fin de compte rien pour nous. Elles ne se rapportent en effet pas à ce qui nous est vraiment propre, c&#8217;est-à-dire le domaine de notre volonté. Rien de ce qui ne dépend pas de l&#8217;homme n&#8217;est pour lui un mal : Epictète place les bien au coeur même de l&#8217;homme. Dès lors, le sage ne connaît que la paix et le calme : &#8220;<em>tout est plein de paix et de tranquillit</em>é&#8221;. Le sage entretient en ce sens un rapport serein au monde et aux choses puisqu&#8217;il ne peut rencontrer ni obstacle ni mal. Ce qui, aux yeux du non philosophe est un mal lui apparaît tel parce qu&#8217;il ne distingue pas ce qui dépend ou non de lui et prend, par exemple, pour propre à lui ou libre ce qui dépend d&#8217;autrui et est serf. La claire distinction proposée par la première règle fait disparaître tout mal pour le philosophe. Le brigand ou le tremblement de terre existent, mais ils ne sont plus sources de maux pour moi : je suis indifférent aux idées pénibles qu&#8217;elles peuvent susciter. Le sage ne rencontre donc plus d&#8217;ennemi : on ne peut plus lui faire de tort puisqu&#8217;il ne se livre pas à la fortune et à la dépendance d&#8217;autrui. Il place ses biens en lui-même, sous la forme de la vertu. La nourriture, les vêtements sont des biens extérieurs qui dépendent d&#8217;autrui. Mais mes perceptions et mes notions (le bonheur, la liberté&#8230; etc) proviennent d&#8217;une autre personne que celles qui me fournissent les autres biens. Cette autre personne doit ici être compris comme étant DIeu, mais aussi dans une certaine mesure le philosophe stoïcien qui permet d&#8217;avoir des opinions adéquates à la nature des choses. Quoi qu&#8217;il en soit, si je iens à manquer de l&#8217;indispensable, c&#8217;est-à-dire ici des biens permettant la survie (vêtements et nourriture), Epictète dit sous une forme imagée que ma retraite est sonnée, la porte ouverte. Comment comprendre cette retraite ? Comme le confirmera la suite du texte, il s&#8217;agit bien évidemment de la mort. Mais si l&#8217;absence de certains biens conduit à la mort, ne sont)ils pas par là-même source de trouble ? L&#8217;absence de biens nécessaires à la vie n&#8217;est-elle pas un mal ? Et, surtout, ne faut-il pas concevoir la mort comme un mal, le pire de tous, et donc comme source de troubles pour l&#8217;âme ?</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le stoïcisme, la mort n&#8217;est pas un mal. Epictète s&#8217;oppose à la doxa, pour laquelle la mort est le pire des maux et la mort est objet de crainte. Il faut tout d&#8217;abord noter que la mort abordée dans l&#8217;argumentation d&#8217;Epictète  semble n&#8217;être que la mort naturelle (et non le suicide, qui par ailleurs est légitimé et soutenu par le Stoïcisme). Epictète défend que la destination après la vie n&#8217;est pas redoutable, n&#8217;est pas à craindre. L&#8217;homme retourne d&#8217;où il provient. En effet, selon Epictète, l&#8217;homme est composé des quatre éléments primordiaux : l&#8217;eau, la terre, l&#8217;air et le feu. Au moment de la mort, les éléments composant l&#8217;homme se délient et retrouvent alors leur état naturel. En ce sens, l&#8217;homme retourne, quand s&#8217;échappe son dernier souffle, là d&#8217;où il est issu. La configuration et l&#8217;agencement physique qui le caractérisaient de son vivant sont modifiés et non détruit. Ce qui me compose n&#8217;est pas soumis à la destruction mais à un retour au même que lui-même. Ce qui, par exemple, en moi était feu retourne au feu. Epictète critique ainsi l&#8217;idée d&#8217;arrière-monde, d&#8217;Hadès que l&#8217;on retrouve par exemple chez Platon (Cf. par exemple le <em>mythe d&#8217;Er</em> à la fin de la <strong><span style="text-decoration: underline;">République</span></strong>). Il ne s&#8217;agit donc pas de craindre la mort, ce que susciterait par exemple l&#8217;idée d&#8217;un jugement dernier ou de l&#8217;enfer. La mort n&#8217;est qu&#8217;un retour à ce que l&#8217;on était avant d&#8217;exister. En ce sens, elle n&#8217;est donc pas à craindre, elle n&#8217;est pas un mal, encore moins le pire des maux comme le pense à tort le commun des mortels. Puisque la mort elle-même n&#8217;est pas un mal, le sage ne peut pas rencontrer de maux. Il ne doit craindre ni sa propre mort, ni celle des autres. </p>
<p style="text-align: justify;">Par conséquent, si l&#8217;homme garde à l&#8217;esprit cette conception de la mort, si, donc, il voit dans tout ce qui l&#8217;entoure ce vers quoi ses proches sont retournés ou retourneront et ce vers quoi lui-même retournera comme dans son lieu naturel, s&#8217;il y voit &#8220;<em>pleins de dieux et de démons</em>&#8220;, bref : s&#8217;il voit le monde comme l&#8217;oeuvre de Dieu et comme ce d&#8217;où tout provient et vers quoi tour retourne, il ne sera en fin de compte pas seul ni sans aide. Il apprendra à distinguer ce qui dépend ou non de lui et à placer ses biens en lui-même comme le veut Dieu. Il trouvera la paix de l&#8217;âme et, finalement, ne connaîtra pas de maux, puisque même la mort n&#8217;est pas redoutable. Dans le cas de la mort violente, ce n&#8217;est finalement pas moi que l&#8217;on tue, mais mon corps, qui est une chose qui ne dépend pas de moi : ce ne doit donc pas être une source de trouble. Le problème demeure ici de savoir si quand on tue mon corps on ne me tue pas, ce que je deviens moi-même, c&#8217;est-à-dire une partie de moi-même : ma volonté. L&#8217;argumentation déployée ici par Epictète n&#8217;aborde pas cette question.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Epictète a donc soutenu que seule la philosophie permet d&#8217;accéder à la paix véritable, c&#8217;est-à-dire à l&#8217;ataraxie, ce que ne permet pas le pouvoir politique qui n&#8217;offre qu&#8217;une paix extérieure et n&#8217;a pas de prise sur la fortune et les passions. Si la philosophie n&#8217;a pas non plus, à proprement parler, de prise sur la fortune, elle permet néanmoins de modifier nos opinions sur ce qui en dépend. Ainsi, essentiellement par la première règle de la philosophie d&#8217;Epictète, qui distingue les choses qui dépendent de nous de celles qui n&#8217;en dépendent pas, il est possible pour l&#8217;homme d&#8217;accéder à la paix intérieure. Car, et c&#8217;est l&#8217;une des idées essentiellement mises en avant par Epictète, il n&#8217;y a pas de mal pour le sage (cette idée reposant notamment sur la distinction entre les idées et ce dont elles sont idées) : même la mort n&#8217;est pas à craindre. Rien, donc, ne peut venir troubler l&#8217;âme du sage stoïcien qui demeure en toutes circonstances libre et impassible.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
]]></content:encoded>
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		<title>Lecture &#8211; David Hume,Traité de la nature humaine, I-4-6 : L&#8217;identité personnelle</title>
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		<pubDate>Sat, 17 Jan 2009 18:53:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
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Texte analysé : David Hume, Traité de la nature humaine, livre I, 4ème partie, section VI. Dans cette oeuvre, Hume défend une conception empirique de la connaissance. La conséquence majeure en est une critique de la causalité, mais également des notions métaphysiques telles que le moi. La quatrième partie consiste en une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Situation de l&#8217;extrait analysé</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Texte analysé : David Hume, <span style="text-decoration: underline;">Traité de la nature humaine</span>, livre I, 4ème partie, section VI. Dans cette oeuvre, Hume défend une conception empirique de la connaissance. La conséquence majeure en est une critique de la causalité, mais également des notions métaphysiques telles que le moi. La quatrième partie consiste en une opposition du système de Hume, c&#8217;est-à-dire sceptique, aux autres systèmes philosophiques. J&#8217;analyse ici les quatre premiers paragraphes.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-126"></span><img class="aligncenter" title="Hume, enquête sur lentendement humain" src="http://g-ecx.images-amazon.com/images/G/08/ciu/77/c1/069536c622a0c9735daea110.L.gif" alt="" width="500" height="500" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>I</strong><strong>ntroduction</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans cet extrait polémique, Hume s&#8217;attaque au problème de l&#8217;existence du moi : y-a-t-il une unité, une identité derrière la diversité de nos perceptions. Autrement dit, peut-on parler d&#8217;un sujet conçu comme un support commun à tous les événements de la vie psychique ? La question est donc celle du rapport entre la multiplicité de nos perceptions et de nos idées et, d&#8217;autre part, une possible unité, une éventuelle unification sous un moi frappé du sceau de l&#8217;identité. </p>
<p style="text-align: justify;">Descartes posait une telle identité personnelle avec l&#8217;existence assurée du cogito (Cf. le &#8220;je pense donc je suis&#8221; de la quatrième partie du <span style="text-decoration: underline;">Discours de la méthode</span>). Hume, au contraire, répond par la négative : le moi n&#8217;existe pas. L&#8217;homme n&#8217;est, en dernière analyse, que multiplicité de perceptions, sans aucune unité. Le fondement de ce refus de l&#8217;existence du moi n&#8217;est autre que sa théorie empiriste de la connaissance. Selon cette dernière, toute idée provient des perceptions : l&#8217;idée du moi, pour être certaine, devrait provenir elle aussi d&#8217;une impression, d&#8217;une perception. Or ce n&#8217;est pas le cas. Donc le moi n&#8217;existe pas. Nous réduisons donc à une simple collection de perceptions, sans dénominateur commun, sans identité personnelle. Telle est la thèse que va défendre Hume dans cet extrait.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa critique de l&#8217;identité personnelle se déroule en quatre temps. Après avoir, dans un premier temps, présenté l&#8217;antithèse (existence du moi défendue par les philosophes antérieurs), Hume entreprend ensuite sa critique du moi. Dans un troisième temps, il tire la conséquence de cette non existence du moi : toutes nos perceptions sont atomiques et intermittentes. Enfin, Hume, après avoir repris l&#8217;énonciation de sa thèse, en offre une illustration au travers du théâtre.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>I- Les adversaires</strong></p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;emblée, Hume pose la thèse qu&#8217;il va critiquer : &#8220;<em>Il y a certains philosophes qui imaginent que nous avons à tout moment la conscience intime de ce que nous appelons notre &#8220;moi&#8221; ; que nous sentons son existence et sa continuité d&#8217;existence ; et que nous sommes certains, plus que par l&#8217;évidence d&#8217;une démonstration, de son identité et de simplicité parfaites.</em>&#8220;. Le verbe &#8220;imaginer&#8221; instaure immédiatement la prise de distance que va petit à petit prendre Hume vis-à-vis de cette thèse. La thèse présentée est donc celle de l&#8217;existence d&#8217;une identité et d&#8217;une unité du moi au cours du temps, une unité ininterrompue. L&#8217;homme pourrait en avoir une intuition, une idée claire et distincte. Bien évidemment, on retrouve ici par exemple le système cartésien et la conception du moi selon le philosophe français. Mais la critique touche aussi Locke ou encore Malebranche. </p>
<p style="text-align: justify;">Dans le système cartésien, il y a une connaissance immédiate, intuitive du sujet : le moi est une idée claire et distincte. Elle a le caractère de l&#8217;évidence. Dans les 2ndes <span style="text-decoration: underline;">Méditations Métaphysiques</span>, Descartes défend que même si un malin-génie, un Dieu trompeur s&#8217;évertue à me tromper sans cesse et à se jouer de moi, il est tout du mois certain que je suis. Car comment être trompé si je ne suis pas. Même si je suis trompé de cette manière (&#8220;doute hyperbolique&#8221;), je dois nécessairement exister pour cela. &#8220;Je suis, j&#8217;existe&#8221; est nécessairement vrai. Il y a donc une saisie du moi et de son existence. Dans la suite de ce texte de Descartes, où il cherche ce qu&#8217;il est (après avoir reconnu qu&#8217;il est), on arrive à la certitude que l&#8217;on est une chose qui pense : le &#8220;une&#8221; montre bien qu&#8217;il y a une conception de l&#8217;unité du moi pensant chez Descartes) : &#8220;c&#8217;est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent&#8221;). Quant à Malebranche, il défend l&#8217;idée d&#8217;une connaissance de notre existence et de ses propriétés par sentiment ou conscience (connaissance imparfaite mais vraie). Locke, lui, soutient enfin qu&#8217;il existe une conscience d&#8217;être soi et qu&#8217;on peut accéder par la réflexion sur les opérations de l&#8217;esprit à l&#8217;idée d&#8217;une substance spirituelle (mais que l&#8217;on ne connaît pas plus que la substance matérielle =&gt; Cf. <span style="-webkit-text-decorations-in-effect: underline; text-decoration: underline;">Essai</span>, II, 23, 5).</p>
<p style="text-align: justify;">Selon ces philosophes, la saisie du moi est renforcée par les sensations et les passions les plus fortes. On s&#8217;attendrait ici à ce qu&#8217;elles entravent cette intuitions, mais c&#8217;est tout le contraire. Hume expose l&#8217;argumentation ici en question : puisque les sensations et les passions occasionnent des sentiments de plaisir ou de peine, on voit par  là leur effet sur le moi. Les passions permettent de saisir le moi par la manière dont il est affecté : selon les passions, le moi est affecté différemment. Donc les passions même les plus fortes renforcent notre saisie du moi.</p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, l&#8217;évidence du moi et de l&#8217;ensemble de ses propriétés (existence, durée, identité et simplicité) serait telle qu&#8217;elle ne supposerait pas de démonstration. Vouloir appuyer cette vérité par des argumentations reviendrait même à l&#8217;affaiblir. Le moi est une vérité intuitive. On ne peut pas prouver l&#8217;existence du moi : c&#8217;est une vérité première, un fait évident. Cette vérité première servirait d&#8217;ailleurs à fonder d&#8217;autres vérités. Là encore, Descartes est très clairement visé : le cogito (le moi comme substance pensante) est la première certitude qui permet d&#8217;en chercher d&#8217;autres. C&#8217;est le premier noyau stable que Descartes trouve après l&#8217;effet déstabilisant du doute hyperbolique mis en oeuvre dans la première méditation. Si on se représente les connaissances sous forme de strates, la connaissance du moi est une basen un sol, un fondement. C&#8217;est un système que l&#8217;on nomme académiquement le &#8220;fondationnalisme&#8221;.  </p>
<p style="text-align: justify;">Hume a ainsi exposé la conception notamment cartésienne selon laquelle il y a une évidence de l&#8217;idée du moi, évidence appuyée par les passions et les sensations qui n&#8217;a pas besoin d&#8217;être démontrée et fonde au contraire toute autre connaissance. Hume va alors s&#8217;attacher à en faire la critique.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>II- La critique de l&#8217;idée du moi :  la théorie empirique de la connaissance contre l&#8217;unité du moi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Hume prend alors un point de vue empiriste. Il se place sur le terrain de l&#8217;expérience pour réfuter la thèse précédente. La question qu&#8217;il pose est la suivante : de quelle impression, de quelle sensation peut bien découler cette idée du moi ? Si elle provient d&#8217;une sensation, alors elle existe bel et bien. Sinon, le moi n&#8217;est qu&#8217;une invention de l&#8217;esprit humain, une unité posée arbitrairement. Tel est l&#8217;articulation centrale de cet extrait. Il faut rappeler que dans la théorie empiriste de Hume, toute connaissance provient des sensations. Dans <span style="text-decoration: underline;">Enquête sur l&#8217;entendement humain</span> (Section II, de l&#8217;origine des idées), Hume distingue les impressions, perceptions de l&#8217;esprit et, d&#8217;autres part l&#8217;imagination et la mémoire. Si l&#8217;esprit semble libre de tout inventer (former des monstres, unir des apparences discordantes, etc.), son pouvoir créateur est en fait limité à la composition, la transposition, l&#8217;accroissement ou la diminution des matériaux qu&#8217;apportent les sens et l&#8217;expérience. Autrement dit, toutes les idées sont des copies des perceptions les plus vives, des impressions. Il s&#8217;agit donc ici d&#8217;examiner l&#8217;origine de l&#8217;idée du moi. Comme Hume le dit dans la section II de l&#8217;<span style="text-decoration: underline;">E</span><span style="text-decoration: underline;">nquête sur l&#8217;entendement humain</span>, la proposition selon laquelle toute idée provient des sens, c&#8217;est-à-dire la théorie empiriste de la connaissance, permet de rendre toute discussion intelligible et &#8220;<em>de bannir le jargon métaphysique qui ne renvoie pas à la réalité et qui ne correspond pas à des impression</em>s&#8221;. Hume déplace donc le problème de l&#8217;existence du moi et de l&#8217;identité sur le plan de leur origine. D&#8217;où proviennent ces idées : proviennent-elles des sens ou sont-elles des chimères ? Le moi ne serait-il pas une illusion métaphysique aveuglant les philosophes qui l&#8217;ont précédé ? Pour Hume, nulle impression n&#8217;est à l&#8217;origine de cette idée. Hume donne pour synonyme du &#8220;moi&#8221; la &#8220;personne&#8221;. On retrouve l&#8217;individu (idée d&#8217;unité), mais c&#8217;est aussi une référence au théâtre, de par son étymologie : personne est un mot d&#8217;origine étrusque signifiant le masque de théâtre. On retrouvera d&#8217;ailleurs ce thème à la fin de cet extrait comme illustration de sa thèse de la non existence du moi.  Le moi est, selon Hume, non pas issu d&#8217;une impression, mais ce à quoi toutes nos impressions, toutes nos idées sont censées se rapporter : &#8220;censées&#8221; indique bien la prise de distance de Hume face à cette thèse. </p>
<p style="text-align: justify;">Suit l&#8217;examen de la nature de l&#8217;impression d&#8217;où devrait provenir l&#8217;idée du moi. Pour que le moi existe, c&#8217;est-à-dire pour que le moi découle d&#8217;une impression, il faudrait que cette impression soit toujours la même, pendant toute la durée de notre existence. Car au moi est traditionnellement associée l&#8217;idée d&#8217;identité, d&#8217;unité (Cf. Descartes). Le problème devient donc le suivant : existe-t-il une telle impression stable. Si oui, le moi peut exister, sinon, ce n&#8217;est pas possible. </p>
<p style="text-align: justify;">Pour Hume, aucune impression n&#8217;est stable, constante. Autrement dit, il y a une sorte de flux perpétuel, une succession incessante d&#8217;impression (douleurs, plaisirs, passions, sensations). Il ne peut y avoir juxtaposition, addition simultanée de toutes les impressions. L&#8217;idée du moi ne peut provenir de ces impressions puisqu&#8217;elles ne peuvent exister en même temps, donc ne peuvent exister tout le temps de notre vie. L&#8217;idée du moi n&#8217;existe donc pas : c&#8217;est une simple illusion. En s&#8217;appuyant sur sa théorie empiriste de la connaissance, Hume est parvenu à démontrer que le moi n&#8217;existe pas. </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>III- De la vacuité de l&#8217;idée du moi à la multiplicité des impressions atomiques</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Puisque le moi n&#8217;existe pas, toutes les perceptions particulières sont atomiques, atomisées : &#8220;<em>elles sont toutes différentes, discernables et séparables les unes des autres ; on peut les considérer séparément et elles peuvent exister séparément : elles n&#8217;ont besoin de rien pour soutenir leur existence.</em>&#8220;. La diversité de nos perceptions n&#8217;a pas besoin d&#8217;une réduction à l&#8217;unité sous la forme d&#8217;une identité personnelle. La question qu&#8217;il pose est celle du rapport entre cette multiplicité de perception et l&#8217;unité d&#8217;une personne, d&#8217;un sujet : &#8220;<em>de quelles manières appartiennent-elles donc au moi et comment sont-elles en connexion avec lui ?</em>&#8220;. </p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;introspection, selon Hume, ne fait nullement aboutir à une unité du sujet, mais à une perception particulière : chaud / froid, lumière / ombre, etc. Il n&#8217;y a pas de saisie, d&#8217;intuition du sujet : il n&#8217;y a de saisie possible que d&#8217;impressions, de perceptions atomisées. Il n&#8217;y a donc pas, chez Hume, de réduction de la multiplicité à une unité (le moi), mais au contraire une dissolution de l&#8217;unité fictive dans la multiplicité perceptive. </p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;ailleurs le &#8220;moi&#8221; (mais faut-il continuer à utiliser se concept ?) est tellement lié aux impressions particulières, l&#8217;unité est tellement &#8220;noyée&#8221;, effacée par les impressions particulières et diverses que quand il n&#8217;y a pas de perception, on peut aller jusqu&#8217;à dire que je n&#8217;existe pas. HUme reprend ici l&#8217;attribut d&#8217;existence que liaient les philosophes comme Descartes au moi et à l&#8217;unité personnelle. Mai contrairement à Descartes, il défend que l&#8217;existence du sujet ne dure pas, n&#8217;est pas continue. Dans quels cas rencontre-t-on ces interruption de l&#8217;existence du moi ? HUme évoque deux cas : la mort, bien sûr, mais aussi le sommeil. Quand je dors, je n&#8217;ai pas de perception (mais l&#8217;on peut critiquer cette  idée =&gt; Cf. théorie du rêve selon Bergson). Puisque le moi se réduit à la diversité et la particularité irréductibles des perceptions, le moi est éclipsé : quand les impressions cessent, le moi se retire. Avec la mort, les impressions cessent définitivement : le moi est alors détruit. L&#8217;âme ne serait donc pas immortelle : encore une opposition, sous forme d&#8217;hypothèse formulée au conditionnel, à Descartes&#8230; </p>
<p style="text-align: justify;">Hume conclut ce troisième temps pas l&#8217;idée d&#8217;un discours impossible avec les métaphysiciens. Ils défendent qu&#8217;ils ont une intuition du moi. Hume ne trouve pas en lui ce genre d&#8217;intuition. Pour reprendre la deuxième section de l&#8217;Enquête sur l&#8217;entendement humain, il ne peut y avoir de discussion rationnelle. Le métaphysicien pourrait très bien être dans le vrai : mais Hume, quant à lui, ne perçoit pas l&#8217;idée du moi. Même si on peut ici voir assez clairement que Hume conçoit ce genre de thèse métaphysique comme fausse et illusoire, il affirme en tous cas explicitement que la saisie intuitive du moi n&#8217;est pas universelle (puisque lui-même ne le saisit pas). </p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, puisque le moi n&#8217;existe pas, on a vu que Hume en a tiré une théorie du moi comme divers, comme collection non unifiée de perceptions diverses et atomisée. Qui plus est le moi ne perdure pas : il n&#8217;existe que tant que les impressions existent. Le moi se réduit ainsi aux impressions diverses. </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>IV &#8211; L&#8217;illustration théâtrale du moi</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Hume termine la démonstration de sa thèse par une illustration. Avant de proposer celle-ci, Hume reformule sa thèse. Les hommes ne sont que des faisceaux, des collections de perceptions différentes. Nous ne sommes que des amas, des accumulations de perceptions successives. Nous ne sommes qu&#8217;un flux perpétuel de perceptions, d&#8217;impressions qui se présentent à l&#8217;esprit, nous nous réduisons à nos multiples perceptions. L&#8217;opposition à Descartes, on l&#8217;a vu, est franche est multiple. Le moi n&#8217;existe pas : il n&#8217;y a pas d&#8217;unité ni d&#8217;identité. La chose figée fait place au mouvement.</p>
<p style="text-align: justify;">Un simple mouvement corporel, comme le mouvement des yeux, fait varier nos perceptions, donc produit de la multiplicité (perception visuelle). Nos pensées varient encore plus car non seulement la vue modifient nos idées, mais les autre sens également. Toutes les idées provenant des sens, elles sont fortement changeantes puisque les impressions se succèdent et changent sans cesse. La mémoire et l&#8217;imagination participent également au mouvement incessant du &#8220;moi&#8221;. Finalement, le moi devient synonyme de flux, de mouvements de perceptions.</p>
<p style="text-align: justify;">Hume compare alors le moi à un théâtre (&#8220;une sorte de théâtre&#8221;). On a relevé auparavant le lien étymologique entre la personne et le théâtre. L&#8217;analogie prend donc ici tout son sens. Le moi est un théâtre où se succèdent les perceptions (ex : chaud / froid), où elles repassent plusieurs fois. Les perceptions changent sans cesse : elles entrent et sortent comme des personnages sur une scène de théâtre. Cette image utilisée par Hume sert à appuyer l&#8217;idée qu&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;unité, que rien ne reste le même : l&#8217;esprit, tout comme ce qui se passe sur scène, n&#8217;est jamais le même. Que ce soit à un moment précis ou continûment, il n&#8217;y a pas d&#8217;unité. Tout se passe donc comme dans théâtre où les acteurs bougent, changent de place, sont plusieurs, plus ou moins nombreux, etc. Mais le problème de cette image réside dans la notion de &#8220;lieu&#8221;. L&#8217;esprit serait un lieu comme le théâtre est situé physiquement ? Y a-t-il une notion d&#8217;esprit comme substance ? </p>
<p style="text-align: justify;">Hume précise alors les limites de l&#8217;image utilisée : &#8220;<em>La comparaison du théâtre ne doit pas nous égarer</em>&#8220;. L&#8217;esprit n&#8217;est, encore une fois, que ses perceptions, c&#8217;est-à-dire multiplicité, mouvement et diversité. On ne doit pas le considérer comme un lieu, une chose unifiant.  Il n&#8217;y a pas de connaissance possible ni d&#8217;idée du lieu où s&#8217;enchaînent les perceptions (&#8220;ces scènes&#8221;), ni de la façon dont est constitué l&#8217;esprit (si c&#8217;est une substance). L&#8217;image du théâtre peut donc être trompeuse, et c&#8217;est pour cette raison que Hume avance immédiatement ces précisions. En outre,Hume ne le dit pas ici, mais on peut penser au problème du spectateur qui voit cet enchaînement de scène et en fait la synthèse (ex : intrigue commune)&#8230; Bref, l&#8217;illustration est imparfaite.</p>
<p style="text-align: justify;"> Dans ce dernier temps, Hume a donc comparé l&#8217;esprit à une sorte de scène de théâtre où entrent et sortent en permanence les acteurs (impressions), tout en en pointant les limites. L&#8217;esprit n&#8217;est pas le lieu, l&#8217;unité du divers des perceptions : l&#8217;esprit reste flux, mouvement de perceptions sans unité ni identité. </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Hume a donc rejeté l&#8217;idée du moi et de l&#8217;identité personnelle dans le rang des idées métaphysiques, c&#8217;est-dire dénuées de sens grâce à sa théorie empiriste de la connaissance. L&#8217;esprit n&#8217;est que diversité de perception et non unité substancielle. En ce sens, le moi disparaît : il est évincé. C&#8217;est un non lieu, un nulle part, un rien où se déroulent pourtant toutes les scènes de notre vie, comme dans un théâtre virtuel.</p>
<p style="text-align: justify;">Hume s&#8217;attache, à la suite de cet extrait, à montrer les raisons qui font pourtant que l&#8217;on a propension naturelle à poser une identité personnelle (on réduit les ressemblances à l&#8217;unité en délaissant les différences). </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
]]></content:encoded>
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		<title>Sujet : Le doute est-il un échec de la raison ?</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Oct 2008 23:52:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Introduction
En première analyse, on parle d&#8217;échec lorsqu&#8217;un but est poursuivi mais manqué, non atteint, pour quelque raison que ce soit. Parmi les buts de la raison, on peut évoquer la distinction du vrai et du faux, les jugements corrects, l&#8217;établissements de liens entre les raisonnements, la compréhension, la connaissance, etc.

Dès, lors, le doute serait un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Introduction</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En première analyse, on parle d&#8217;échec lorsqu&#8217;un but est poursuivi mais manqué, non atteint, pour quelque raison que ce soit. Parmi les buts de la raison, on peut évoquer la distinction du vrai et du faux, les jugements corrects, l&#8217;établissements de liens entre les raisonnements, la compréhension, la connaissance, etc.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-113"></span></p>
<p style="text-align: justify;">Dès, lors, le doute serait un échec dans la poursuite de ces buts. Arrivant à douter, l&#8217;homme raterait la connaissance, il manquerait l&#8217;accès aux raisonnements droits et assurés. En doutant, l&#8217;homme hésiterait, il suspendrait son jugement et, par là-même, manquerait la cible de la raison. Ainsi la raison n&#8217;atteindrait-elle pas ses objectifs dans le doute. En ce sens, il semble bel et bien que le doute constitue un échec de la raison. </p>
<p style="text-align: justify;">Mais devons-nous bannir le doute ? Cela reviendrait à accepter les idées sans esprit critique. Ne peut-on pas au contraire  instituer le doute comme un élément essentiel dans l&#8217;accès à la connaissance et comme un moteur intrinsèque à la raison ? Bref, le doute est apparu comme un échec de la raison, mais il semble, en même temps, impossible de l&#8217;éliminer.  </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La position sceptique ou le doute comme demi-echec</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En ce qui concerne la connaissance sensible, l&#8217;homme doit reconnaître l&#8217;imperfection de ses sens : mirage dans le désert, expérience du bâton brisé de Descartes, etc. Les sens nous trompent. Dés lors, l&#8217;incertitude caractérise les conclusions que pourrait tirer la raison des sens. De même, on est contraint de reconnaître que les opinions à travers le monde sont en contradictions, s&#8217;opposent les unes aux autres. &#8220;<em>Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà</em>&#8221; comme l&#8217;exprimant Pascal dans ses Pensées. Que ce soit en s&#8217;appuyant sur l&#8217;imperfections de nos sens ou en soulignant la contradiction des opinions, le doute semble s&#8217;imposer dans notre saisie du monde et dans l&#8217;accès à la connaissance. </p>
<p style="text-align: justify;">Outre ces raisons externes, on peut également avancer une raison interne pour être conduit au doute dans l&#8217;accès à la connaissance. En effet, la vérité d&#8217;une conclusion dépend des prémisses. Mais chaque prémisses repose elle-même sur une démonstration, et ce, à l&#8217;infini : &#8220;Prouve ta preuve&#8221;. Et si l&#8217;on admet des vérités premières, quelles sont les fondements rationnels de celles-ci : pourquoi s&#8217;arrêter à ces fondations et ne pas continuer à l&#8217;infini ? </p>
<p style="text-align: justify;">Bref, le doute semble bel et bien un défaut de la raison elle-même dans sa quête de la connaissance et de la vérité. La raison échoue : comment ne pas douter ? Comment ne pas tomber dans le relativisme ? Les opinions s&#8217;opposent, se succèdent ; la vérité scientifique évolue avec le temps. Mais mieux vaut le doute que l&#8217;erreur ou l&#8217;ignorance. En un sens, seule l&#8217;erreur est un réel échec de la raison. En tombant dans l&#8217;erreur, l&#8217;homme trouve le faux alors qu&#8217;il cherchait la vérité : c&#8217;est un échec par excellence. Avec le doute, l&#8217;homme ne se prononce pas, il se tient sur la réserve : c&#8217;est une sorte de demi-échec. Au moins, le sceptique sait qu&#8217;il ne sait pas, d&#8217;où sa suspension du jugement. </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le doute comme étape pour accéder à la vérité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais on peut accepter une autre perspective sur le doute. N&#8217;est-ce pas en doutant d&#8217;une chose, d&#8217;une théorie, d&#8217;un discours que l&#8217;on se met véritablement en chemin vers la fondation du savoir ? Le doute méthodique semble bien être la voie même du savoir. Grâce au doute, il est possible d&#8217;établir des certitudes. Dans l&#8217;oeuvre de Descartes, on voit ainsi l&#8217;argument du rêve arriver à la certitude des mathématiques et des natures simples. Dans le cartésianisme, le doute hyperbolique (douter de tout) est l&#8217;arme par excellence de la raison pour lutter contre les croyances naturelles et accéder à la connaissance scientifique. Par le doute, on interroge la condition de possibilité de toute représentation. </p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette optique, le doute devient donc une étape, tout autant qu&#8217;un outil, voire une arme dans la recherche de la vérité. Loin d&#8217;être un échec, le doute devient le moyen d&#8217;atteindre le but de la raison : la connaissance et la vérité. Par le doute, la raison assoit fermement ses jugements et accède à la certitude. </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le doute comme moteur de la raison</strong></p>
<p style="text-align: justify;">A l&#8217;opposé de la position initiale, le doute n&#8217;est donc pas un échec mais l&#8217;allié précieux de la raison. La raison, c&#8217;est la capacité de réfléchir sur ses propres opinions, de les remettre en cause. On voit donc apparaître le lien très fort, indissociable et positif tissé entre la raison et le doute. Etre doué de raison, c&#8217;est faire preuve d&#8217;esprit critique. Est-ce que ce qui m&#8217;apparaît certain aujourd&#8217;hui l&#8217;est réellement ? Sans tomber dans le doute hyperbolique qui ne peut mouvoir que le seul philosophe et les fans de science fiction, il convient de reconnaître au doute toute sa valeur positive. </p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, raisonner revient à douter. N&#8217;est-ce pas d&#8217;ailleurs dans le doute que siège la philosophie ? S&#8217;étonner des choses, prendre du recul par rapport à ce qui nous entoure (idées, objets, théories&#8230;). En commençant à douter, l&#8217;homme franchit la première étape de la philosophie. </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le doute, conçu comme échec de la raison, paralyse celle-ci : le doute, en ce sens, empêche la raison de prendre parti après réflexion. Mais le doute s&#8217;avère être l&#8217;outil essentiel de la raison. Mieux, la raison et le doute ne font qu&#8217;un. Le doute peut être défini comme la raison en acte. </p>
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		<title>Lecture &#8211; Tuer et laisser mourir de faim par James RACHELS</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Sep 2008 14:02:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Fauquemberg</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lu et étudié lors de mon mémoire de maîtrise en 2002, je ne peux que vous recommander l&#8217;article du philosophe James RACHELS intitulé Tuer et laisser mourir de faim (in &#8220;La responsabilité, questions philosophiques&#8221; dirigé par Marc Neuberg, PUF) dont voici une brève analyse.

La thèse de RACHELS : laisser mourir équivaut à tuer 
 
Dans cet article, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">Lu et étudié lors de mon mémoire de maîtrise en 2002, je ne peux que vous recommander l&#8217;article du philosophe James RACHELS intitulé Tuer et <em>laisser mourir de faim</em> (in &#8220;La responsabilité, questions philosophiques&#8221; dirigé par Marc Neuberg, PUF) dont voici une brève analyse.</p>
<p style="text-align: justify;"><span id="more-98"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La thèse de RACHELS : laisser mourir équivaut à tuer </strong></p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<div class="wp-caption alignleft" style="width: 95px"><img class="     " title="James RACHELS : tuer ou laisser mourir de faim - la thèse de lEquivalence" src="http://djaphil.fr/divers/rachels.jpg" alt="James RACHELS : tuer ou laisser mourir de faim - la thèse de lEquivalence" width="85" height="104" /><p class="wp-caption-text">James RACHELS</p></div>
<p style="text-align: justify;">Dans cet article, James RACHELS s&#8217;évertue à montrer que, contrairement à ce que la plupart des hommes pensent, il est aussi grave de laisser mourir de faim que de tuer. L&#8217;auteur dénonce ainsi l&#8217;hypocrisie morale de nos sociétés qui laissent mourir les plus pauvres en leur sein mais aussi et surtout dans le tiers monde. Sa thèse est donc la suivante : &#8220;<em>laisser mourir quelqu&#8217;un est tout aussi grave que de le tuer</em>&#8220;. Il s&#8217;oppose ainsi aux philosophes qui défendent que notre &#8220;devoir positif&#8221; d&#8217;aider les autres ne nous contraint pas autant que celui négatif de ne pas nuire à autrui. Voyons l&#8217;argumentation de RACHELS. Voyons comment il défend la <strong>thèse de l&#8217;Equivalenc</strong>e : laisser mourir reviendrait bel et bien à tuer.</p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une thèse qui s&#8217;oppose au sens commun</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La thèse de RACHELS, tout d&#8217;abord, est contre-intuitive et va contre nos idées reçues : &#8220;<em>Quand on nous rappelle que des gens meurent de faim tandis que nous dépensons notre argent à des futilités, il se peut que nous nous sentions un peu coupables, mais nous n&#8217;avons pas l&#8217;impression d&#8217;être des criminels</em>&#8220;. Mais l&#8217;opposition au sens commun est-il un argument pour rejeter sans réflexion la thèse de l&#8217;auteur ? RACHELS va défendre que si sa théorie est fondée, il faut renoncer à certains présupposés et abandonner certaines intuitions. Sa thèse n&#8217;est pas neutre sur le plan moral. Autrement dit, on ne peut pas critiquer la thèse de l&#8217;Equivalence en prétextant que nos intuitions s&#8217;y opposent ; au contraire, il faut examiner la thèse et, si elle se trouve fondée, assumer l&#8217;immoralité de nos intuitions premières. Ces intuitions &#8220;<em>pourraient n&#8217;être rien d&#8217;autre que l&#8217;expression de nos préjugés, de notre égoïsme, ou de notre conditionnement culturel</em>&#8220;. La démarche philosophique consiste précisément à interroger la &#8220;doxa&#8221; et à être capable, au moins théoriquement, de s&#8217;en détacher.  </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L&#8217;excuse de la distance géographique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Selon RACHELS, la thèse de l&#8217;Equivalence est rejetée spontanément non pas parce que nous surestimons la gravité du fait de tuer, mais par sous-estimation du fait de laisser mourir un être humain. RACHELS met alors en avant une expérience. Imaginons un enfant en train de mourir de faim dans la même pièce que nous. Une personne qui ne l&#8217;aiderait pas serait taxé de monstre, d&#8217;inhumain. En revanche, nous ne nous estimons pas monstrueux en laissant mourir des millions d&#8217;individus à l&#8217;autre bout du monde ou dans nos rues. Quelle est donc la différence? Certes la distance géographique&#8230;. Mais ce n&#8217;est pas un élément pertinent : cela ne représente qu&#8217;une justification psychologique, mais non pas un argument rationnel. Si l&#8217;aide n&#8217;était pas possible, l&#8217;argument serait entendable : &#8220;malheureusement&#8221; pour nous, des organismes humanitaires sont réellement efficaces pour lutter contre la pauvreté dans les autres continents. </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Des millions de personnes en besoin : personne ne peut tous les sauver</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Un argument pourrait consister à dire : on ne peut pas sauver TOUT LE MONDE. Mais &#8220;<em>tout ce qu&#8217;on peut en déduire, c&#8217;est qu&#8217;aucun de nous n&#8217;a, en tant qu&#8217;individu, la responsabilité de sauver tout le monde. Il ne s&#8217;ensuit nullement que nous sommes dégagés de l&#8217;obligation de sauver tel ou tel individu, ou même le plus de gens possible</em>&#8220;. Certes. Pourtant, il y a une différence entre tuer et mourir de faim : autant on peut tout à fait s&#8217;empêcher de tuer, autant on laissera toujours mourir de faim quelqu&#8217;un (puisque justement on ne peut pas individuellement sauver tout le monde). Cette objection ne fait que rendre plus restreint le nombre de personnes que l&#8217;on peut sauver par rapport à celles qu&#8217;on ne peut pas sauver. Mais en aucun cas, la thèse de l&#8217;Equivalence ne se trouve ainsi démontée : laisser mourir de faim n&#8217;est pas forcément moins grave que de tuer.  Aucun argument évoqué auparavant ne permet d&#8217;atténuer la gravité de laisser mourir de faim.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pour chaque personne que je peux sauver, des milliers d&#8217;autres le pourraient : pourquoi moi ? </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Bien d&#8217;autres personnes pourraient ne pas laisser mourir de faim : pourquoi devrais-je, moi en particulier, assumer cette responsabilité ? Certains ont même beaucoup plus d&#8217;argent. Alors pourquoi moi ? Dans la pratique, on remarque que la plupart des gens ne font rien. Cela explique pourquoi nous n&#8217;éprouvons pas, le plus souvent, de sentiment de culpabilité tout en laissant des millions d&#8217;être humains mourir de faim, alors que nous bénéficions du confort occidental. &#8220;<em>L&#8217;acuité de notre éventuel sentiment de culpabilité dépend, dans une certaine mesure, du comportement de notre entourage</em>&#8220;. Puisque personne ne se mobilise autour de moi, je ne me sens pas coupable. Si mon entourage était constamment mobilisé, je me sentirais coupable en n&#8217;agissant pas. Mais notons que cette absence générale d&#8217;engagement ne permet pas de dire que nous ne sommes pas coupables : cela permet juste d&#8217;expliquer pourquoi nous n&#8217;avons pas de sentiment de culpabilité. </p>
<p style="text-align: justify;">Pour revenir sur l&#8217;enfant qui est en train de mourir de faim dans la même pièce que nous : imaginons que nous soyons plusieurs spectateurs. Chaque personne est autant coupable : la responsabilité ne se divise pas, mais se multiplie. Chaque personne est entièrement coupable. Il y a d&#8217;autant plus de responsabilité que les spectateurs sont nombreux. </p>
<p style="text-align: justify;">Bref, nous n&#8217;avons pas pu montrer pour l&#8217;instant, qu&#8217;il n&#8217;est pas grave de laisser mourir de faim. Nous avons même pu voir que bon nombre d&#8217;intuitions sont clairement fausses et relèvent du présupposé. </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Examen des raisons : l&#8217;appel à la logique pour appuyer la thèse de l&#8217;Equivalence</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En toute logique, pour qu&#8217;un jugement soit vrai, il doit <em>reposer sur de bonnes raisons</em>. D&#8217;où le problème de savoir quand les raisons sont bonnes. Il faudrait une théorie normative. Mais il y a certaines raisons qui sont équivalentes. RACHELS adopte alors le principe suivant : <strong>si les raisons pour ou contre A sont les mêmes que celles pour ou contre B, alors A et B sont équivalents</strong>. C&#8217;est  à l&#8217;aune de principe que RACHELS examine alors les deux thèses (Equivalence et la thèse opposée sur nos intuitions). </p>
<p style="text-align: justify;">Tuer a un effet négatif sur l&#8217;entourage de la victime et sur la victime elle-même (perd la vie). Mais laisser mourir de faim a les mêmes effets. &#8220;<em>En expliquant pourquoi il est mal de tuer, on se réfère donc à des éléments qui caractérisent également le fait de laisser mourir quelqu&#8217;un, et inversement</em>&#8220;. La thèse de RACHELS est que les raisons contre l&#8217;assassinat peuvent être invoqués contre le fait de laisser mourir de faim. En prenant comme acquis son point de départ initial (la règle logique évoquée plus haut), on ne peut que conclure que &#8220;<em>tuer et laisser mourir de faim sont moralement équivalent &#8211; l&#8217;un n&#8217;est pas préférable à l&#8217;autre</em>&#8220;. </p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Critique de l&#8217;Equivalence : 3 tentatives</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il doit cependant exister des différences, même subtiles, entre les deux actes. Pour TRAMMELL, la différence repose sur la possibilité ou non de s&#8217;acquitter d&#8217;un devoir. Comme évoqué auparavant, on peut totalement le faire pour le commandement &#8220;tu ne tueras point&#8221;. Au contraire, nous ne pouvons jamais ne pas laisser mourir de faim. Mais cela ne nous enlève pas le devoir de sauver au moins ceux que l&#8217;on peut sauver. Il s&#8217;agit juste d&#8217;une différence quantitative. Effectivement, il y a plus de personne qu&#8217;on ne tuera pas que de gens qu&#8217;on peut ne pas laisser mourir de faim. Mais il faut instaurer une différence nette entre ne pas pouvoir aider et laisser mourir de faim. Laisser mourir de faim, c&#8217;est laisser mourir de faim des personnes qu&#8217;on aurait pu empêcher de mourir : des personnes dans notre cercle de responsabilité et donc d&#8217;action possible.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;autre part, Paul RAMSEY défend qu&#8217;il y a une différence claire entre tuer et laisser mourir de faim. Tuer revient à faire quelque chose, une action, un acte. Au contraire, quad on laisse mourir une personne, on ne fait rien, on omet de faire un quelque chose. C&#8217;est une simple abstention. Pour RACHELS, bien au contraire, <strong>on fait quelque chose : justement, on laisse mourir de faim</strong>. Par exemple, on peut insulter quelqu&#8217;un (= faire quelque chose) en ne lui serrant pas la main. Et quand bien même ce serait une &#8220;non action&#8221;, en quoi serait-on moins responsable ? Le cas de la fraude fiscale est un très bon exemple d&#8217;un exemple de &#8220;non action&#8221; coupable. En ne communiquant pas certaines informations au fisc, on se positionne comme coupable. Pourquoi n&#8217;en irait-il pas de  même quand on laisse mourir de faim ? </p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, TRAMMELL évoque l&#8217;argument de l&#8217;optionnalité. Quelqu&#8217;un pourra toujours faire ce que nous, nous ne faisons pas : autrui peut toujours sauver les personnes que je ne sauve pas. Au contraire, quand je tue une personne, la victime est morte, et autrui n&#8217;y peut plus rien. Mais pour RACHELS, cela revient juste à poser une différence entre tuer et s&#8217;abstenir de sauver : ce n&#8217;est pas pertinent pour discriminer le fait de tuer et de laisser mourir de faim. &#8220;<em>Du fait que X ne sauve pas Y, il ne s&#8217;ensuit pas forcément que Y va mourir ; quelqu&#8217;un d&#8217;autre peut intervenir et le sauver. Mais si X laisse mourir Y, la conséquence est que Y meurt ; Y est mort, et puis c&#8217;est tout. Quand M. X regarde mourir l&#8217;enfant, il ne fait pas que s&#8217;abstenir de le sauver ; il le laisse mourir</em>&#8220;. Finalement, <strong>en ne s&#8217;investissant pas pour sauver les plus démunis, on sait que au moins quelques personnes ne seront pas sauvées</strong>. La théorie de l&#8217;optionnalité est une mauvaise excuse.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Conclusion</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La thèse de l&#8217;Equivalence de RACHELS est contre-intuitive. Mais son opposition à nos préjugés n&#8217;est pas une raison suffisante pour s&#8217;y opposer. En y regardant de plus prés, les différences entre tuer et laisser mourir s&#8217;estompent pour, au moins selon RACHELS, laisser apparaître une équivalence morale entre tuer et laisser mourir de faim.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;<em>Si les êtres humains sont altruistes dans une certaine mesure, ils sont, plus encore, égoïstes, et la façon dont ils jugent leur comportement et celui des autres est largement fonction de leurs propres intérêts et de ceux des quelques personnes qui leur sont chères. Or tant du point de vue des avantages que du point de vue des coûts, il est dans l&#8217;intérêt des habitants des pays riches d&#8217;estimer plus grave le fait de tuer que celui de laisser quelqu&#8217;un mourir. Tout d&#8217;abord, l&#8217;interdiction de tuer n&#8217;entraîne pas de coûts élevés : on peut vivre très bien sans jamais tuer personne. Mais le coût que représenterait l&#8217;obligation de ne pas laisser mourir les gens que nous pourrions sauver serait considérable. Pour chacun d&#8217;entre nous, le fait de considérer qu&#8217;il est de notre devoir de sauver les gens qui meurent de faim exigerait l&#8217;abandon de notre mode de vie opulent ; nous ne pourrions plus dépenser notre argent à des produits de luxe pendant que d&#8217;autres meurent de faim. Par ailleurs, nous avons beaucoup plus à gagner du strict interdit qui frappe l&#8217;acte de tuer que d&#8217;un impératif équivalent nous défendant de laisser mourir autrui. Comme nous ne courons pas le risque de mourir de faim, nous ne souffrons pas de ce que personne n&#8217;estime important de nourrir ceux qui ont faim ; par contre, nous sentirions menacés si l&#8217;acte de tuer n&#8217;était pas considéré comme extrêmement grave. Dés lors, tant du point de vue du coût que du point de vue des avantages, nous avons une tendance naturelle et égoïste à estimer qu&#8217;il est plus grave de tuer que de laisser mourir. Il est dans notre intérêt de le penser, et donc, nous le pensons</em>&#8220;. Comme le dit très clairement RACHELS dans cet extrait, la raison pour décréter une différence entre tuer et laisser mourir de faim résiderait donc bien dans notre attachement égoïste au confort que nous apporte notre mode de vie occidental. </p>
<p style="text-align: justify;">Le texte de RACHELS est vraiment agréable à lire. On peut ou non adhérer aux arguments avancés. Dans tous les cas, ce texte nous invite à questionner nos habitudes comportementales et notre indifférence face à la misère de la majeure partie de la population. Et vous, pensez-vous qu&#8217;il est aussi grave de laisser mourir de faim que de tuer ? </p>
<p style="text-align: justify;"> </p>
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